XCI

Cannes, 31 décembre 1861.

Mon cher Panizzi,

Si M. Fould remet nos finances en bon ordre, il est probable que,

pendant quelque temps, nous serons dans la plus belle position politique

où la France ait été. Malheureusement tout dépend de la vie et de la

santé d'un seul homme. J'attends beaucoup de l'excellente mesure qu'il a

prise et que _notre ami_ a provoquée. Il s'est très sagement lié les

mains, se sentant entouré de gens disposés à lui tendre les leurs en

toute occasion. M. Fould a notablement augmenté le nombre de ses

ennemis, mais il n'en a cure. Je le crois très solide pour le présent,

parce qu'il est nécessaire. Plus tard, cela deviendra grave. Vous avez

dû être content de son discours au Sénat. C'est du langage vraiment

parlementaire et d'un homme d'affaires. On est très peu habitué à ce

style dans notre Luxembourg, où, à tout propos, on répète Magenta et

Solferino.

On prétend que l'adresse sera l'occasion d'un débat très vif. Le prince

Napoléon fera un autre discours. Je compte me priver de tout cela, et ne

revenir à Paris qu'après les grands froids passés.

Adieu, mon cher ami; je vous souhaite santé et prospérité pour 1862 et

la fin du siècle.

Lettres à M. Panizzi - 3eme édition, Tome I · 第 95 / 152 题