Paris, 17 novembre 1861.
Mon cher Panizzi,
J'ai longuement causé, l'autre jour, avec M. de la Valette, qui va
partir pour Rome la semaine prochaine. Je crois que vous auriez été
satisfait. Le chevalier Nigra, avec qui j'ai dîné avant-hier au
Palais-Royal, me paraît très content du choix de l'ambassadeur. Il me
semble avoir toutes les qualités désirables pour traiter avec des
ecclésiastiques. Une orthodoxie égale à la vôtre, et des dispositions à
donner aux cardinaux toute la confiance que leur habit inspire à un bon
catholique comme vous et moi. Malheureusement, je ne vois ni dans les
Chambres ni dans le public la résolution qu'il faudrait pour lui rendre
sa tâche facile.
Le prince m'a beaucoup demandé de vos nouvelles. Il y avait à dîner M.
Nigra; Ratazzi, qui ne dit pas grand'chose et qui n'a pas trop l'air
d'en penser beaucoup plus; le prince de San-Cataldo et sa femme, qui
est, je crois, Polonaise. Je m'étonnais, pendant tout le dîner, de lui
trouver l'air si peu sicilien.
J'ai dîné hier chez le duc Pasquier, qui a quatre-vingt-quinze ou
quatre-vingt-seize ans. Il nous a raconté toute l'histoire du mariage de
Napoléon Ier, d'une manière charmante; c'était à écrire sous sa dictée
d'un bout à l'autre du récit, qui a duré plus de vingt minutes. Si les
vieillards ne devenaient ni sourds ni aveugles, ce serait vraiment assez
agréable de vieillir.
Adieu, mon cher Panizzi. Faites-moi le plaisir de dire à M. Newton qu'il
y a, dans le vestibule de la villa Albani, à Rome, un Apollon exactement
semblable à celui que j'ai vu dans les marbres de Cyrène. Même
dimension, même attitude, même draperie; seulement il est plus mutilé.
Il y en a un plâtre au palais de l'Industrie. Cela prouve que ces deux
marbres, le vôtre et celui de Rome, sont des copies d'un original fameux
qui est à trouver.