Paris, 3 septembre 1861.
Mon cher Panizzi,
Je crois que la nomination de la Valette, combinée avec celle de
Benedetti, est un acheminement à la consommation que vous désirez. Ces
deux bons catholiques sont, je crois, très propres à persuader à notre
saint-père que son royaume n'est plus de ce monde. Peut-être aura-t-il
de la peine à le croire; mais il faudra qu'il s'y résigne, et qu'il
fasse beau c.., comme disait le général Beurnonville à un prince du Rhin
qu'on voulait médiatiser.
J'ai eu des nouvelles de Constantinople, où l'on se moque beaucoup des
histoires qu'on a faites de la chasteté du sultan, et de son goût pour
l'eau pure. L'un est aussi vrai que l'autre; mais son grand goût pour le
moment, c'est pour les poules. Il vient de commander un poulailler de
cinq cent mille francs pour élever ses volailles. Voilà comme il entend
l'économie! Croyez que nous aurons, d'ici à peu de temps, des choses
sérieuses en Orient, qui donneront un cruel démenti à lord Palmerston,
lequel veut absolument que l'empire turc se tienne debout tant qu'il
vivra. Je crois la Porte beaucoup plus près de sa fin que mylord.
Adieu, mon cher Panizzi. Dites-moi ce que vous devenez. Je ne suis pas
surpris que les eaux d'Ems ne vous aient pas immédiatement soulagé.
Vous savez qu'on n'en ressent les effets que quelques semaines après.