Paris, 8 septembre 1861.
Mon cher Panizzi,
Je viens de recevoir un télégramme de Biarritz. On me dit que, quand j'y
viendrai, il y aura une chambre pour moi. Cela me jette dans un certain
embarras. J'ai répondu que j'étais aux ordres de Leurs Majestés; que,
lorsqu'on m'écrirait de venir, je viendrais; que cependant je préférais
attendre quelques jours encore, afin d'avoir fini la tartine destinée au
_maître de la maison_.
On nous dit tantôt blanc tantôt noir des affaires de Naples. Les agents
du saint-père ici ont honte, à ce qu'il paraît, des défenseurs de
l'autel et du trône qu'ils ont dans les Calabres: car ils démentent
énergiquement toute participation aux mouvements de Chiavone et
consorts. Comment expliquez-vous le discours de l'archevêque hongrois?
De temps en temps, j'espère qu'un schisme va se déclarer. Faites donc
une église ambroisienne et procurez-moi une place de chanoine quelque
part où il y ait des religieuses.
Je crains que le tableau dont je vous avais prié de parler au duc
d'Aumale ne soit plus ancien qu'il ne faut; cependant, je ne doute pas
qu'il ne fût accepté s'il était offert. Lorsque vous le rencontrerez,
vous pourriez lui parler de l'exposition en général, du petit nombre de
bonnes choses qu'on peut y mettre, et, si vous le voyiez disposé à
prêter ce qu'il a, vous lui diriez que la commission accepterait avec
reconnaissance, que tout se traiterait comme il voudrait. Vous pouvez
encore ajouter que M. Duchatel a promis de prêter _la Source_ de M.
Ingres.
Un de mes amis, venant de Vienne, me dit que les affaires y sont graves.
On a mauvaise opinion de l'avenir et presque pire du présent. On dit
l'empereur très borné, très entêté, et absolument dans les mains de sa
mère, laquelle est dans celles des jésuites. Les Hongrois sont
absolument hors d'état de rien faire; mais ils ne payent pas et ils
parviennent, en se ruinant, à ruiner leur ennemi. Il y a un système
d'incendies organisé: on met le feu aux fermes et aux maisons de
quiconque paye l'impôt sans avoir de garnisaires. L'archevêque a demandé
qu'on lui en envoyât.
Adieu, mon cher ami. Que faites-vous? Je ne partirai pas sans vous
écrire où je vais.