Paris, 30 août 1861.
Mon cher Panizzi,
Le journal nous donne aujourd'hui une bonne circulaire de Ricasoli sur
les affaires de Naples. Le mal, c'est que ce n'est pas par des moyens
constitutionnels qu'on peut faire cesser cet état de choses. Il n'y a eu
dans le royaume de Naples qu'un temps d'ordre parfait; c'est quand le
général Manhès faisait fusiller tous les gens de mauvaise mine qui
n'avaient pas fait leur barbe; mais je ne sais pas trop comment on
prendrait aujourd'hui ces mesures énergiques.
Alexandre Dumas, qui est un grand blagueur, conte des choses curieuses
de l'état de Naples. Il dit qu'il y a une association de voleurs établie
sur des bases larges, qu'on appelle _la Camorra_, et dont tous les
affiliés s'aident entre eux contre la société des honnêtes gens. Un
article du règlement est que, lorsqu'un étranger prisonnier refuse de
payer sa bienvenue aux camorristes, et se bat avec eux à coups de
couteau, s'il est vainqueur, la société Camorra lui fait une pension.
Cela rappelle les beaux temps de la Grèce.
Il n'y a personne ici, en sorte qu'on ne fait même pas de nouvelles.
Cependant, par quelques mots échappés à un des infortunés ministres qui
sont de garde ici, je ne serais pas surpris que la question de
l'évacuation de Rome mûrit rapidement. Pourvu que cela n'amène pas une
attaque contre la Vénétie, ce serait au mieux.
Je n'ai pas encore de projets bien arrêtés. Il faut que j'aille, dans le
courant de septembre, voir M. Fould à Tarbes, et madame de Montijo à
Biarritz. J'ai, ici, en train, un petit travail pour _le maître_, que je
voudrais lui porter, afin de faire d'une pierre deux coups; mais je
n'avance pas comme je voudrais et j'en ai encore pour quelques jours.
D'un autre côté, je n'ai pas de nouvelles de madame de Montijo. Je la
crois à Biarritz ou en route pour y aller, et la durée de son séjour en
France aura une influence capitale sur mes projets pour le mois
prochain.
Adieu, mon cher Panizzi; mille amitiés et compliments. Miss Lagden et
mistress Ewers se rappellent à votre souvenir.