Paris, 19 août 1861.
Mon cher Panizzi,
Je crois assez à l'efficacité d'une cure de raisin, et si, après Ems,
vous avez une ordonnance _ad hoc_, nous pourrions faire ensemble un tour
à Bordeaux où, tout en mangeant les raisins du pays, vous pourriez
prendre des informations au sujet de la liqueur qu'on en extrait. Nous
ferions, en même temps, une visite à la comtesse de Montijo, qui sera à
Biarritz; peut-être à Leurs Majestés, et incontestablement à M. Fould.
Il n'y avait plus personne à Londres quand j'y ai repassé. J'ai trouvé
le Museum en place. Newton m'a montré l'Apollon debout. Je l'ai trouvé
très beau. Brandis, qui l'avait admiré couché, a dit qu'il n'avait
jamais rien vu de si laid. Newton en était un peu mortifié. Je lui ai
dit que c'était ce qu'on appelait en Allemagne du _Gemüth_, c'est-à-dire
du charlatanisme et de la blague scientifique.
Voulez-vous, _tempore et occasione prælibatis_, vous charger d'une
négociation? Vous savez que nous avons, en 1862, une exposition des
beaux-arts universelle à Londres. Nous y envoyons seulement les ouvrages
d'artistes vivants, ou morts depuis moins de dix ans. Nous n'en avons
pas beaucoup sous la main. M. le duc d'Aumale a un fort beau tableau de
Paul Delaroche, _la Mort du duc de Guise_. Croyez-vous qu'il voulût
l'exposer? Il rendrait service à l'école française, à la mémoire de Paul
Delaroche, et ferait plaisir à tout le monde. Il déterminerait
probablement de riches amateurs à suivre son exemple. Le tableau serait
exposé avec le nom du propriétaire sur le livret. Régulièrement, il
devrait être envoyé à la commission impériale avant d'être envoyé à
l'exposition de Londres, mais nous le dispenserions de ce voyage. Il
suffirait qu'il fit écrire qu'il mettra le tableau à la disposition de
la commission française à Londres. On lui répondrait qu'on accepte avec
reconnaissance. Voyez si vous voulez et pouvez vous charger de cette
négociation. Je désirerais que vous ne fissiez pas mention officielle de
mon nom; mais vous pourriez cependant dire au prince que vous avez pour
garant que l'offre serait acceptée.
Adieu, mon cher Panizzi. Je suis fort occupé et tracassé par cette
exposition; je suis repris par mes étouffements.