LXXIII

Paris, 11 mai 1861.

Mon cher Panizzi,

On m'a parlé, en termes assez vagues, il est vrai, d'une mission à

Londres pendant l'exposition universelle. J'ai répondu que je serais

volontiers membre du jury de l'exposition universelle, que cependant il

faudrait que je susse d'abord en quelle qualité et pour combien de

temps. En second lieu, je me suis réservé d'examiner quel effet une

semblable mission aurait sur ma petite bourse. Qu'est-ce qu'il en

coûterait pour vivre un peu bien pendant trois mois dans le West-End,

dans la position que je dis?

Il paraît que le prince Napoléon serait le président du jury français.

Je ne sais si c'est bien raisonnable, dans la position qu'il s'est faite

en ce pays-ci et probablement chez vous. Cela pourrait donner lieu à

d'assez drôles de choses. Ne parlez pas de ce que je vous dis, d'abord

parce qu'il n'y a rien de décidé et que je serais bien aise de conserver

ma liberté jusqu'au dernier moment. Dites-m'en votre avis _candide_, je

vous prie.

Il y a à l'exposition un portrait du pape qu'on a placé précisément en

face de celui du prince Napoléon. C'est une grosse tête, plus

intelligente que je ne la supposais, avec des yeux rouge foncé, très

injectés, et qui peuvent faire espérer un _accidente_, comme dénouement

probable.

Adieu, mon cher Panizzi. Je vous écris au milieu d'une séance du Sénat.

Nous en aurons une intéressante, lundi, à propos d'une pétition sur les

chrétiens de Syrie. Mauvaise affaire et dont il est, je crois,

impossible de sortir heureusement.

Lettres à M. Panizzi - 3eme édition, Tome I · 第 77 / 152 题