Paris, 8 avril 1861.
Mon cher Panizzi,
Un mot à la hâte, car je suis pressé: j'ai un travail pour le _maître_,
et il faut le lui remettre promptement.
J'ai trouvé hier, chez M. Thiers, un Napolitain qui racontait que le
général Pinelli avait voulu engager le jeune roi à se montrer aux
soldats avant l'arrivée de Garibaldi, mais que Sa Majesté, plutôt que de
courir le risque d'une revue, avait donné l'ordre qu'on la saignât.
On dit que Garibaldi est tout à fait dans la main de Mazzini. C'est à
mon avis ce qu'il y a de plus malheureux, mais j'espère que ce n'est pas
vrai.
Adieu, mon cher Panizzi. Avant-hier, j'ai diné aux Tuileries. Nous
étions en très petit comité. Point de personnages officiels, sinon M.
Fould, à qui il m'a semblé qu'on faisait beaucoup de caresses. Sa
Majesté ne m'a pas parlé du pape, mais beaucoup de César. Je lui fais
un petit travail sur la religion des Romains, et j'insiste sur
l'avantage qu'ils avaient de se dire la messe à soi-même, au lieu de
payer un étranger pour cela.