Paris, 4 novembre 1860.
Mon cher Panizzi,
Voici une lettre qui répond à vos questions. Je vous dirai
confidentiellement qu'on n'a pas ici le moindre doute que, dans fort peu
de jours, Gaëte ne soit rendu et qu'on agit même dans ce sens. Les
vaisseaux français emporteront le roi où il voudra aller.
On vient de me dire d'une assez bonne source que lord John avait écrit
ici afin que M. de Persigny assistât au banquet d'installation du lord
maire, où lui, lord John, devait dire quelques mots sur l'alliance dans
un sens agréable aux deux pays.
La Russie nous cajole fort. L'empereur Alexandre, ou plutôt Gortchakof a
remis à l'empereur François-Joseph un mémorandum dans lequel il lui
conseille très fortement de ne pas attaquer et de ne se mêler en rien de
ce qui se passe en Italie. Dans le cas où il serait attaqué et que la
fortune des armes lui fût favorable, qu'il ne pensât pas à reprendre la
Lombardie; que ce qu'il aurait de mieux à faire serait de demander
l'exécution du traité de Zurich; surtout qu'il se gardât de montrer la
moindre velléité de revenir sur l'annexion de la Savoie et de Nice.
Kisselef, ici, est tout miel et tout sucre. Il est évident que la
situation de l'Orient nous vaut toutes ces avances, et que les agents
russes voient les choses sous un tout autre point de vue que Henry
Bulwer, si tant est que Bulwer les voie ainsi, ce dont je doute très
fort.
Adieu, mon cher Panizzi. Je pars demain pour la campagne, où je resterai
cinq ou six jours; suite de l'aventure dont je vous ai parlé.
_P.-S._ Vous avez vu la lettre de M. de Grammont. Il a demandé l'épreuve
du _Journal de Rome_, et, au lieu de supprimer les mots: _par la force_,
on avait mis: _en adversaire_. Il a réclamé, et Antonelli a fini par
avouer que cette variante était de la main même de Sa Sainteté. Comment
trouvez-vous cela?