XLVIII

Paris, 23 octobre 1860.

Mon cher Panizzi,

Je reviens de Saint-Cloud, où j'ai déjeuné avec _Monsieur_ et _Madame_

et _leur garçon_. Tous très bien portants, _madame_ fort triste[9].

[Note 9: La duchesse d'Albe, soeur de l'Impératrice,

venait de mourir.]

Le _maître de la maison_ m'a chargé de le rappeler à votre souvenir et

de vous remercier de ce que vous dites et faites. Il est très content de

voir qu'il y a de l'amélioration dans les dispositions de vos amis

insulaires. Quant à ce qui lui avait attiré leur mauvaise humeur, il

s'est défendu avec la plus grande énergie d'avoir rien fait en actes ou

en pensée pour la provoquer. Nous avons causé des affaires d'Italie,

qu'il trouve, comme tout le monde, bien embrouillées. Les circonstances

ont pu motiver des actes extraordinaires; mais ces actes sont tellement

contraires à tous les principes reçus, qu'il est impossible de ne pas

les blâmer.

Nous avons causé de la campagne de Lamoricière, et je lui ai conté des

anecdotes qui l'ont fait rire, entre autres les compliments malicieux de

Changarnier sur les manoeuvres admirables de son ancien collègue et ami,

si belles que lui Changarnier ne les comprend pas. Il me semble qu'au

fond il pense sur l'Italie comme vous et moi, mais qu'il a des

convenances à garder. Je lui ai parlé très audacieusement de

l'impatience où j'étais de faire des copies dans des archives. Cela l'a

diverti. Il ignorait complètement la mauvaise grâce des archivistes à

l'égard des curieux d'études historiques.

Mon imbécile de domestique m'a quitté sans dire gare, à la suite d'une

querelle avec sa soeur. Je ne sais où en trouver un bon, aussi j'espère

n'en pas avoir un pire; d'ailleurs, cela serait difficile.

Adieu, mon cher Panizzi. Lisez _le Constitutionnel_ de demain. Il y

aura, dit-on, un article sur l'Italie qui aura de l'importance.

Lettres à M. Panizzi - 3eme édition, Tome I · 第 53 / 152 题