26 Th. Ribot a bien montré que l'imagination inventive doit
toujours être stimulée par quelque émotion. «Toutes les formes de
l'imagination créatrice impliquent des éléments affectifs. Toutes
les dispositions affectives quelles qu'elles soient peuvent influer
sur l'imagination créatrice.» _Essai sur l'imagination créatrice_. F.
Alcan, 1900, p. 27 et 28.
27 Voir par exemple l'analyse que donne E. Poe de la genèse de
son poème du Corbeau, ou les procédés de composition de Paul
Hervieu (A. Binet, La création littéraire, _Année psychologique_,
1903).
28 Voici à ce sujet un certain nombre de témoignages: «La marche
a quelque chose qui anime et avive mes idées; je ne puis presque
penser quand je suis en place; il faut que mon corps soit en branle
pour y mettre mon esprit.» J.-J. Rousseau, _Confessions_, 1re
partie, livre IX.
G. Tarde trouve, _au cours d'une promenade_, sa théorie de
l'imitation (Cité par F. Paulhan, _Psychologie de l'invention_, p. 19.
F. Alcan, 1901).
«La promenade facilite singulièrement le travail d'assimilation des
matériaux intellectuels et leur mise en oeuvre . . . J'avoue, pour
mon compte, que toutes les idées neuves que j'ai eu le bonheur de
découvrir me sont venues dans mes promenades.» J. Payot,
_L'éducation de la volonté_. Alcan, 1894, p. 154 et 176.
«J'ai gardé de mon enfance le besoin de marcher rapidement
lorsque je cherche à inventer quelque chose: c'est une façon de
séquestrer mon esprit très facile à distraire.» F. de Curel (cité par A.
Binet et J. Passy, Études de psychologie sur les auteurs
dramatiques. _Année psychologique_, 1894, p. 187).
On pourrait multiplier à l'infini ces citations.
29 «Ce n'est pas tant par son jeu régulier, par un développement
normal que l'intelligence invente, que par le profit qu'elle sait tirer
de l'activité relativement libre et parfois capricieuse de ses
éléments... L'idée directrice générale intervient pour choisir, pour
accepter ou rejeter les éléments qui lui sont offerts, mais ces
éléments ce n'est généralement pas elle qui les évoque. Ils sont en
bien des cas le produit du jeu spontané, quoique surveillé, des
idées et des images, de tous les petits systèmes qui vivent dans
l'esprit... Si les éléments ne s'affranchissaient pas parfois quelque
peu, s ils ne se livraient pas à leurs affinités propres en rompant les
associations logiques habituelles, si la coordination de l'esprit était
trop serrée et trop raide, trop uniformément persistante, l'invention
serait beaucoup plus rare et resterait trop simple». F. Paulhan,
_Psychologie de l'invention_, F. Alcan 1901, pp. 4, 43, 56.
Voir aussi dans le reste de l'ouvrage un grand nombre
d'observations très intéressantes sur les procédés intimes de
l'invention littéraire.
30 On trouvera cités des exemples intéressants de cette difficulté
de la composition dans _Le labeur de la prose_, de G. Abel. Paris,
Stock, 1902. Voir notamment le fac-similé d'une épreuve corrigée
de Balzac.