31 _De l'art et du beau_. Garnier, 1872, p. 170.

32 Voir le développement de l'opinion contraire par Paul Janet, La

psychologie dans les tragédies de Racine. _Revue des Deux

Mondes_, 15 septembre 1875, p. 267.

33 Sur l'objectivation des personnages dramatiques, voir F. de

Curel (Lettre citée par A. Binet, _Année psychologique_, 1894, p.

133.) Ces observations, faites sur lui-même par F. de Curel,

témoignent d'une remarquable faculté d'introspection et sont de

précieux documents psychologiques. A remarquer tout ce qui a

trait à l'utilisation de la rêverie, comme procédé d'invention.

34 «Ce n'est pas à dire que les romanciers se mettent en scène

dans leurs livres, mais, dans les personnages qu'ils nous présentent

et dans la façon dont ils nous les présentent, si minutieusement

observés qu'ils soient d'ailleurs, il y a toujours quelque chose de

leur âme. Ils sont pour ainsi dire marqués du sceau de la

personnalité de leur père spirituel». L. Prat, _Le caractère

empirique et la personne_, F. Alcan, 1906, p. 152.

35 H. Helmholtz, _Théorie physiologique de la musique_, trad.

Guéroult, Masson, 1868, p. 479.

36 V. par exemple les contes emboîtés l'un dans l'autre du

Pantcha-Tantra et des Mille et une Nuits, les récits parasites qui se

greffent sur le récit principal dans le Don Quichotte, les

monumentales digressions de Notre-Dame de Paris et des Misérables.

37 La réflexion jouera un rôle important, qui n'a pas toujours été

suffisamment étudié, dans la genèse des types romanesques ou

dramatiques. Nous avons vu comment ils se développent dans

l'esprit du poète, par la méthode d'inspiration. Mais d'où

proviennent-ils? Il est assez rare qu'ils soient fournis directement

par l'observation. Cela n'arrive guère que pour les personnages

secondaires, épisodiques, que le poète fait intervenir dans son

oeuvre comme de simples figurants, pour faire nombre. Les

personnages principaux sont presque toujours le produit d'une

élaboration artistique, où la réflexion intervient. Ils sont inventés

pour tenir un emploi, pour amener certaines situations, pour

remplir un cadre déterminé d'avance. Celui-ci devra être

l'Hypocrite (le _Tartuffe_ de Molière, le _Begears_ de Beaumarchais,

le _Sampson Brass_ de Dickens). Celui-là sera le Distrait,

ou le Rêveur. Parfois l'auteur se proposera de représenter

un type ethnique (l'Américain dans le _Roi de la mer_ de Vogué, le

Basque dans _Ramuntcho_, le Slave dans l'_Aventure de Ladislas

Bolscki_) ou un type social (Balzac, Zola) ou encore un type

professionnel (le clergé, dans _Mon oncle Célestin_ ou dans

_Lucifer_; la magistrature, dans _La robe rouge_, etc.). Dans

toutes les oeuvres à thèse (ainsi dans l'_Etape_ de Bourget) les

caractères sont composés précisément de manière à justifier les

théories de l'auteur. Étant donné un type comique, le dramaturge

aura soin dégrouper autour de lui les types accessoires qui en sont

comme les variétés (v. des exemples significatifs de cette théorie

dans l'_Essai sur le rire_ de H. Bergson). Un procédé très usité est

la création des types par contraste. Don Quichotte exige Sancho

pour lui faire pendant. Etant donné le caractère d'Augustin de

Chanteprie, dans le beau roman de la _Maison du Péché_ de

Marcelle Tinayre, il fallait que Fanny Manolé eût son âme tendre,

aimante et païenne. La petite Dorrit de Dickens étant toute

abnégation, il fallait que son père fût tout égoïsme. On peut

remarquer que dans les comédies et les romans, le mari et la

femme ont toujours des caractères opposés. Tous ces exemples

achèvent de prouver que le personnage romanesque ou dramatique

apparaît tout d'abord au poète comme une formule abstraite,

comme une sorte d'être schématique, produit de la réflexion, qu'il

complétera ensuite, et auquel il infusera la vie.

38 Le but que l'on se propose, en composant un plan, n'est pas le

même, selon qu'il s'agit d'une oeuvre didactique, ou d'une oeuvre

d'imagination. Si l'on compose un livre de science, un livre

d'histoire, c'est à fin de le rendre plus compréhensible et plus

assimilable. Une oeuvre d'imagination est surtout composée pour

l'effet. Il résulte de cette différence dans la fin poursuivie des

différences essentielles dans la forme du plan.

39 V. Sardou, en composant son scénario, évite avec soin de céder

à sa verve. «Jusque-là, dit-il, j'ai écrit par raisonnement, j'ai fait des

mathématiques et je me suis défendu contre l'entraînement de

l'écriture. Je craindrais de mettre dans l'ébauche une certaine

chaleur qui ne se trouverait plus dans l'exécution.» _Année

psychologique_, 1894, p. 68.

40 Donnons, en quelques citations morcelées, un aperçu de sa

théorie:

«Nous nous bornerons pour le moment à donner à la représentation

simple, développable en images multiples, un nom qui la fasse

reconnaître: nous dirons que c'est un schéma dynamique. Nous

entendons par là que cette représentation contient moins les images

elles-mêmes que l'indication des directions à suivre et des

opérations à faire pour les reconstituer... L'effort de rappel consiste

à convertir une représentation schématique, dont les cléments

s'entre pénètrent, en une représentation imagée dont les parties se

juxtaposent... L'effort intellectuel pour interpréter, comprendre,

faire attention, est donc un mouvement du «schéma dynamique»

dans la direction de l'image qui le développe... Le sentiment de

l'effort d'intellection se produit toujours sur le trajet du schéma à

l'image...

Travailler intellectuellement consiste à conduire une même

représentation à travers des plans de conscience différents, dans

une direction qui va de l'abstrait au concret, du schéma à l'image.»

H. Bergson, l'effort intellectuel. _Revue philosophique_, 1902, t. I,

pp. 6, 11, 15, 16, 17.

41 On pourrait même avancer, contre l'opinion courante, que les

poètes emploient assez rarement le style figuré; plus en effet les

pensées à exprimer sont concrètes, moins il est nécessaire de les

exprimer par symboles. On peut en faire l'expérience. On

reconnaîtra que c'est dans les pages de la philosophie abstraite que

pullulent les expressions métaphoriques: il est même parfois

amusant de les réaliser en images. D'où vient cependant qu'étant en

réalité plus métaphorique que les vers, la prose semble l'être moins?

C'est que chez le prosateur l'image ne sert qu'à présenter l'idée et

s'efface devant elle. La poésie se sert moins souvent de figures,

mais donne aux images évoquées une intensité plus grande. La

prose est donc faite d'images en voie de disparition, la poésie

d'images en voie de développement.

42 «Il est probable que chacun de nous a sa manière de se

représenter les idées abstraites, qui lui appartient en propre et

n'appartient qu'à lui.» F. Paulhan, _Revue philosophique_, XXVII,

p. 176.

La rêverie esthétique; essai sur la psychologie du poète · 第 24 / 28 题