22 André Chevrillon, _Dans l'Inde_. Hachette, 1891, p. 250.

23 On trouvera dans l'_Esthétique_ d'Eugène Véron un intéressant

plaidoyer en ce sens. Il loue la poésie d'avoir, seule de tous les arts,

le privilège d'exprimer directement des pensées et de s'adresser

sans intermédiaire à l'intelligence. «L'effort pour exprimer

directement une pensée par la sculpture ou la peinture est presque

fatalement condamné à l'insuccès. La fusion entre les deux

éléments ne se fait pas ou se fait mal, et laisse l'impression d'une

sorte de placage. La poésie se prête bien plus facilement au

mélange de l'idée et du sentiment. Elle passe de l'un à l'autre sans

effort et souvent tire de cette union d'admirables effets. Quand le

poète joint aux facultés spéciales de l'artiste la hauteur et la

générosité de la pensée, il nous paraît deux fois grand et l'oeuvre

gagne à cette impression un redoublement de puissance... Les idées,

en somme, ont leur poésie comme les sentiments, et il n'y a pas de

raison pour que l'art néglige cette source d'émotions.»

L'_Esthétique_, Reinwald, 1878, p. 606.

24 Il est à remarquer que chez les philosophes la profondeur de la

pensée n'exclut nullement l'imagination. Il y aurait une étude

spéciale à faire de la poésie des philosophes. Quelques-uns ont eu

une merveilleuse imagination; il y a peu de choses plus poétiques

dans la littérature grecque que les mythes de Platon. Guyau, dans

tous ses ouvrages, a fait une large place à la poésie (Voir par

exemple, dans l'_Irréligion de l'avenir_, l'allégorie de la fiancée

toujours déçue qui tous les matins revêt sa robe blanche, ou du

voyageur épuisé de fièvre qui suit des yeux l'onduleuse caravane

de ses frères en marche vers les pays inconnus; dans la _Morale,

sans obligation ni sanction_, la page vraiment sublime qui dans les

flots en mouvement nous montre le symbole du roulis éternel qui

berce les êtres). Le style de H. Bergson est aussi très richement

imagé.

La rêverie esthétique; essai sur la psychologie du poète · 第 22 / 28 题