Selon la doctrine du grand Apôtre, nous avons en nous deux lois
opposées: la loi de la chair, qui nous asservit au péché, et la loi de
l'esprit qui nous retient dans l'ordre par le secours de la grâce que
Jésus-Christ nous a mérité[502]. Partagés entre ces deux lois, _entre
la chair et l'esprit qui se combattent sans cesse_[503], nous sommes
ici-bas comme flottant entre le bien et le mal, entre Dieu et le
monde, poussés vers l'un par la nature, attirés vers l'autre par la
grâce, qui n'abandonne jamais entièrement les plus grands pécheurs, de
même que la concupiscence ne cesse jamais de solliciter les plus
justes. Que deviendra notre pauvre âme en proie à cette guerre
terrible? Combien doit-elle trembler sur les suites d'un tel combat?
_Et c'est pourquoi_, dit saint Paul, _toute créature gémit, et est
comme dans le travail de l'enfantement: et nous aussi qui avons reçu
les prémices de l'Esprit, nous gémissons en nous-même, attendant
l'adoption des enfants de Dieu, et la délivrance de notre corps_[504].
Heureux jour! et quand viendra-t-il? Quand goûterons-nous la
délicieuse paix d'un amour immuable? _J'ai désiré la dissolution de ma
chair, afin d'être avec Jésus-Christ_[505]. _Mon âme a soif du Dieu
fort, du Dieu vivant. Quand viendrai-je et paraîtrai-je devant la face
de mon Dieu_[506]?
[502] Rom., VII, 23.
[503] Galat., V, 17.
[504] Rom., VIII, 22, 23.
[505] Philipp., I, 23.
[506] Ps. XLI, 3.