7. La nature aime l'oisiveté et le repos du corps.

La grâce ne peut être oisive, et se fait une joie du travail.

8. La nature recherche les choses curieuses et belles, et repousse avec

horreur ce qui est vil et grossier.

La grâce se complaît dans les choses simples et humbles; elle ne

dédaigne point ce qu'il y a de plus rude, et ne refuse point de se vêtir

de haillons.

9. La nature convoite les biens du temps, elle se réjouit d'un gain

terrestre, s'afflige d'une perte, et s'irrite d'une légère injure.

La grâce n'aspire qu'aux biens éternels, et ne s'attache point à ceux du

temps; elle ne se trouble d'aucune perte, et ne s'offense point des

paroles les plus dures, parce qu'elle a mis son trésor et sa joie dans

le Ciel, où rien ne périt.

10. La nature est avide, et reçoit plus volontiers qu'elle ne donne;

elle aime ce qui lui est propre et particulier.

La grâce est généreuse et ne se réserve rien; elle évite la singularité,

se contente de peu, et croit qu'_il est plus heureux de donner que de

recevoir_[500].

[500] _Ibid._, XX, 35.

11. La nature se porte vers les créatures, la chair, les vanités; elle

est bien aise de se produire.

La grâce élève à Dieu, excite à la vertu, renonce aux créatures, fuit le

monde, hait les désirs de la chair, ne se répand point au dehors, et

rougit de paraître devant les hommes.

12. La nature se réjouit d'avoir quelque consolation extérieure qui

flatte le penchant des sens.

La grâce ne cherche de consolation qu'en Dieu seul; et s'élevant

au-dessus des choses visibles, elle met toutes ses délices dans le

souverain bien.

13. La nature agit en tout pour le gain et pour son avantage propre;

elle ne sait rien faire gratuitement; mais, en obligeant, elle espère

obtenir quelque chose d'égal ou de meilleur, des faveurs ou des

louanges; et elle veut qu'on tienne pour beaucoup tout ce qu'elle fait

et tout ce qu'elle donne.

La grâce ne veut rien de temporel; elle ne demande d'autre récompense

que Dieu seul, et ne désire des choses du temps, même les plus

nécessaires, que ce qui peut lui servir pour acquérir les biens

éternels.

14. La nature se complaît dans le grand nombre des amis et des parents;

elle se glorifie d'un rang élevé, d'une naissance illustre; elle sourit

aux puissants, flatte les riches, et applaudit à ceux qui lui

ressemblent.

La grâce aime ses ennemis même, et ne s'enorgueillit point du nombre de

ses amis; elle ne compte pour rien la noblesse et les ancêtres, à moins

qu'ils ne se soient distingués par la vertu; elle favorise plutôt le

pauvre que le riche, compatit plus à l'innocent qu'au puissant,

recherche l'homme vrai, fuit le menteur, et ne cesse d'exhorter les bons

_à s'efforcer de devenir meilleurs_[501], afin de se rendre semblables

au Fils de Dieu par leurs vertus.

[501] I. Cor., XII, 31.

15. La nature est prompte à se plaindre de ce qui lui manque et de ce

qui la blesse.

La grâce supporte avec constance la pauvreté.

16. La nature rapporte tout à elle-même, combat, discute pour ses

intérêts.

La grâce ramène tout à Dieu, de qui tout émane originairement; elle ne

s'attribue aucun bien, ne présume point d'elle-même avec arrogance, ne

conteste point, ne préfère point son opinion à celle des autres; mais

elle soumet toutes ses pensées et tous ses sentiments à l'éternelle

sagesse et au jugement de Dieu.

17. La nature est curieuse de secrets et de nouvelles; elle veut se

montrer et voir, et examiner par elle-même; elle désire d'être connue,

et de s'attirer la louange et l'admiration.

La grâce ne s'occupe point de nouvelles, ni de ce qui nourrit la

curiosité; car tout cela n'est que la renaissance d'une vieille

corruption, puisqu'il n'y a rien de nouveau ni de stable sur la terre.

Elle enseigne à réprimer les sens, à fuir la vaine complaisance et

l'ostentation, à cacher humblement ce qui mérite l'éloge et l'estime, et

à ne chercher en ce qu'on sait, et en toute chose, que ce qui peut être

utile, en l'honneur et la gloire de Dieu.

Elle ne veut point qu'on loue ni elle, ni ses oeuvres; mais elle désire

que Dieu soit béni dans les dons qu'il répand par pur amour.

18. Cette grâce est une lumière surnaturelle, un don spécial de Dieu;

c'est proprement le sceau des élus, et le gage du salut éternel. De la

terre où son coeur gisait, elle élève l'homme jusqu'à l'amour des biens

célestes, et le rend spirituel, de charnel qu'il était.

Plus donc la nature est affaiblie et vaincue, plus la grâce se répand

avec abondance; et chaque jour, par de nouvelles effusions, elle

rétablit, au dedans de l'homme, l'image de Dieu.

L'imitation de Jésus-Christ Traduction nouvelle avec des réflexions à la fin de chaque chapitre · 第 254 / 453 题