_Personne ne peut servir deux maîtres; car, ou il aimera l'un et nuira
l'autre, ou il s'attachera à l'un et méprisera l'autre_[492]. Nous ne
pouvons servir à la fois Dieu et le monde; et la vie chrétienne
consiste à s'affranchir de l'esclavage du monde, pour acquérir _la
liberté des enfants de Dieu_[493]. Or la grâce combat en nous pour
Dieu, contre la nature corrompue qui nous entraîne vers le monde;
combat terrible dont on ne sort vainqueur qu'en mourant à soi-même, à
ses pensées, à ses goûts, à ses inclinations; et la mort corporelle,
qui termine à jamais la lutte entre la nature et la grâce, est la
dernière victoire du chrétien; ce qui faisait dire à l'apôtre saint
Paul: _Qui me délivrera de ce corps de mort[494]?_ Exerçons-nous donc
à mourir: détachons-nous entièrement de la terre et de toutes les
choses de la terre; détachons-nous de nous-mêmes, et ne vivons plus
qu'en Dieu, de Dieu et pour Dieu. Que cherchons-nous hors de lui? Ne
renferme-t-il pas tous les biens? Oh! quand nous sera-t-il donné de le
voir _tel qu'il est, face à face_[495]; _de nous rassasier de son
être, de sa gloire_[496] infinie! Hâtons de nos voeux ce moment qui
fixera notre éternité; et dans l'ardeur de nos désirs, écrions-nous
avec le Prophète: _Malheur à moi, parce que mon exil a été prolongé!
J'ai habité avec les peuples de Cédar, et mon âme a été étrangère au
milieu d'eux_[497].
[492] Matth., VI, 24.
[493] Rom., VIII, 21.
[494] Rom., VII, 24.
[495] I. Joann., III, 2.
[496] Ps. XVI, 15.
[497] Ps. CXIX, 5.