Des divers mouvements de la nature et de la grâce.
1. J.-C. Mon fils, observez avec soin les mouvements de la nature et de
la grâce: car, quoique très-opposées, la différence en est quelquefois
si imperceptible, qu'à peine un homme éclairé dans la vie spirituelle en
peut faire le discernement.
Tous les hommes ont le désir du bien et tendent à quelque bien dans
leurs paroles et dans leurs actions; c'est pourquoi plusieurs sont
trompés dans cette apparence de bien.
2. La nature est pleine d'artifice: elle attire, elle surprend, elle
séduit, et n'a jamais d'autre fin qu'elle-même.
La grâce, au contraire, agit avec simplicité, et fuit jusqu'à la moindre
apparence du mal: elle ne tend point de piéges, et fait tout pour Dieu
seul, en qui elle se repose comme en sa fin.
3. La nature répugne à mourir; elle ne veut point être contrainte, ni
vaincue, ni assujettie, ni se soumettre volontairement.
Mais la grâce porte à se mortifier soi-même, résiste à la sensualité,
recherche l'assujettissement, aspire à être vaincue, et ne veut pas
jouir de sa liberté; elle aime la dépendance, ne désire dominer
personne, mais vivre, demeurer, être toujours sous la main de Dieu; et à
cause de Dieu, _elle est prête à s'abaisser humblement au-dessous de
toute créature_[498].
[498] Pet., II, 13.
4. La nature travaille pour son intérêt propre, et calcule le gain
qu'elle peut retirer des autres.
La grâce ne considère point ce qui lui est avantageux, mais ce qui peut
être utile à plusieurs.