CHAPITRE LIII.

Que la grâce ne fructifie point en ceux qui ont le goût des choses de la

terre.

1. J.-C. Mon fils, ma grâce est d'un grand prix, et ne souffre point le

mélange des choses étrangères, ni des consolations terrestres.

Il faut donc écarter tout ce qui l'arrête, si vous désirez qu'elle se

répande en vous.

Retirez-vous dans un lieu secret, aimez à demeurer seul avec vous-même,

ne recherchez l'entretien de personne; mais que votre âme s'épanche

devant Dieu en de ferventes prières, afin de conserver la componction et

une conscience pure.

Comptez pour rien le monde entier, et occupez-vous de Dieu plutôt que

des oeuvres extérieures.

Car votre coeur ne peut être à moi, et se plaire en même temps à ce qui

passe.

Il vous faut séparer de vos connaissances et de vos amis, et sevrer

votre âme de toute consolation terrestre.

C'est ainsi que le bienheureux apôtre Pierre conjure les fidèles

serviteurs de Jésus-Christ _de se regarder ici-bas comme des étrangers

et des voyageurs_[491].

[491] I. Pet., II, 11.

2. Oh! qu'il aura de confiance à l'heure de la mort, celui que nul

attachement ne retient en ce monde!

Mais un esprit encore malade ne comprend pas que le coeur soit ainsi

détaché de tout; et l'homme charnel ne connaît point la liberté de

l'homme intérieur.

Cependant, pour devenir vraiment spirituel, il faut renoncer à ses

proches comme aux étrangers, et ne se garder de personne plus que de

soi-même.

Si vous parvenez à vous vaincre parfaitement, vous vaincrez aisément

tout le reste.

La parfaite victoire est de triompher de soi-même.

Celui qui se tient tellement assujetti, que les sens obéissent à la

raison, et que la raison m'obéisse en tout, est véritablement vainqueur

de lui-même et maître du monde.

3. Si vous aspirez à cette haute perfection, il faut commencer avec

courage et mettre la cognée à la racine de l'arbre, pour arracher et

détruire jusqu'aux restes les plus cachés de l'amour déréglé de

vous-même, et des biens sensibles et particuliers.

De cet amour désordonné que l'homme a pour lui-même, naissent presque

tous les vices qu'il doit vaincre et déraciner; et dès qu'il l'aura

subjugué pleinement, il jouira d'un calme et d'une paix profonde.

Mais parce qu'il en est peu qui travaillent à mourir parfaitement à

eux-mêmes, et à sortir d'eux-mêmes entièrement, ils demeurent comme

ensevelis dans la chair, et ne peuvent s'élever au-dessus des sens.

Celui qui veut me suivre librement, il faut qu'il mortifie toutes ses

inclinations déréglées, et qu'il ne s'attache à nulle créature par un

amour de convoitise ou particulier.

L'imitation de Jésus-Christ Traduction nouvelle avec des réflexions à la fin de chaque chapitre · 第 249 / 453 题