Que l'homme ne doit pas se juger digne des consolations de Dieu, mais
plutôt de châtiment.
1. LE F. Seigneur, je ne mérite point que vous me consoliez et que vous
me visitiez: ainsi vous en usez avec moi justement, lorsque vous me
laissez pauvre et désolé.
Quand je répandrais des larmes aussi abondantes que les eaux de la mer,
je ne serais pas encore digne de vos consolations.
Rien ne m'est dû que la verge et le châtiment: car je vous ai souvent et
grièvement offensé, et mes péchés sont sans nombre.
Après donc un strict examen, je me reconnais indigne de la moindre
consolation.
Mais vous, ô Dieu tendre et clément, qui ne voulez pas que vos ouvrages
périssent, _pour faire éclater les richesses de votre bonté en des vases
de miséricorde_[485], vous daignez consoler votre serviteur au delà de
ce qu'il mérite, et d'une manière toute divine.
[485] Rom., IX, 23.
Car vos consolations ne sont point comme les vaines paroles des hommes.
2. Qu'ai-je fait, Seigneur, pour que vous me donniez quelque part aux
consolations du ciel?
Je n'ai point de souvenir d'avoir fait aucun bien; toujours, au
contraire, je fus enclin au vice, et lent à me corriger.
Il est vrai, et je ne puis le nier. Si je parlais autrement, vous vous
élèveriez contre moi, et personne ne me défendrait.
Qu'ai-je mérité pour mes péchés, sinon l'enfer et le feu éternel?
Je le confesse avec sincérité: je ne suis digne que d'opprobre et de
mépris; je ne mérite point d'être compté parmi ceux qui sont à vous. Et
bien qu'il me soit douloureux de l'entendre, je rendrai cependant contre
moi témoignage à la vérité, je m'accuserai de mes péchés, afin d'obtenir
de vous plus aisément miséricorde.