Dieu permet que notre âme soit quelquefois comme abandonnée. Nulle
consolation, nulle lumière; mais de toutes parts des épreuves, des
tentations, des angoisses: elle se croit près d'y succomber, parce
qu'elle n'aperçoit plus le bras qui la soutient. Que faire alors? dire
comme Jésus: _Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'avez-vous délaissé[478]?_
Et cependant demeurer en paix dans la souffrance et dans les ténèbres,
_jusqu'à ce que les ombres déclinent, et que nous découvrions l'aurore
d'un nouveau jour_[479]. Cet état est le plus grand exercice de la
foi; c'est pour l'âme une image de la mort: froide, sans mouvement,
insensible en apparence, elle est comme enfermée dans le tombeau, et
ne tient plus, ce semble, à Dieu, que par une volonté languissante,
dont elle n'est pas même assurée. Oh! que de grâces sont le fruit de
cette agonie supportée avec une humble patience! Oh! que de péchés
rachètent cette passion! C'est alors que s'achève en nous le mystère
du salut, et que nous devenons véritablement conformes à Jésus, pourvu
qu'avec une foi sincère, inébranlable, nous ne cessions de répéter
cette parole de résignation: _Oui, mon Père_, j'accepte ce calice: je
veux l'épuiser jusqu'à la lie; _oui, mon Père, parce qu'il vous a plu
ainsi_[480].
[478] Matth., XXVI, 46.
[479] Cant., II, 17.
[480] Matth., XI, 26.