Comment un homme dans l'affliction doit s'abandonner entre les mains de
Dieu.
1. LE F. Seigneur mon Dieu, Père saint, soyez béni maintenant et dans
toute l'éternité; parce qu'il a été fait comme vous l'avez voulu, et ce
que vous faites est bon.
Que votre serviteur se réjouisse, non en lui-même ni en nul autre, mais
en vous seul, parce que vous seul êtes la véritable joie; vous êtes,
Seigneur, mon espérance, ma couronne, ma joie, ma gloire.
_Qu'y a-t-il en votre serviteur qu'il n'ait reçu de vous_[468], et sans
l'avoir mérité?
[468] I. Cor., IV, 7.
Tout est à vous; vous avez tout fait, tout donné.
_Je suis pauvre dans les travaux, dès mon enfance_[469]. Quelquefois mon
âme est triste jusqu'aux larmes; et quelquefois elle se trouble en
elle-même, à cause des passions qui la pressent.
[469] Ps. LXXXVII, 16.
2. Je désire la joie de la paix, j'aspire à la paix de vos enfants, que
vous nourrissez dans votre lumière et vos consolations.
Si vous me donnez la paix, si vous versez en moi votre joie sainte,
l'âme de votre serviteur sera comme remplie d'une douce mélodie; et ravi
d'amour, il chantera vos louanges.
Mais si vous vous retirez, comme vous le faites souvent, il ne pourra
_courir dans la voie de vos commandements_[470]; alors il ne lui reste
qu'à tomber à genoux et se frapper la poitrine, parce qu'il n'en est
plus pour lui comme auparavant, lorsque _votre lumière resplendissait
sur sa tête_[471], et qu'_à l'ombre de vos ailes, il trouvait un abri
contre les tentations_[472].
[470] Ps. CXVIII, 32.
[471] Job, XXIX, 3.
[472] Ps. XVI, 10.
3. Père juste et toujours digne de louange, l'heure est venue où votre
serviteur doit être éprouvé.
Père aimable, il est juste que votre serviteur souffre maintenant
quelque chose pour vous.
Père à jamais adorable, l'heure que vous avez prévue de toute éternité
est venue, où il faut que votre serviteur succombe pour un peu de temps
au dehors, sans cesser de vivre toujours intérieurement en vous.
Il faut que, pour un peu de temps, il soit abaissé, humilié, anéanti
devant les hommes, brisé de souffrances, accablé de langueurs, afin de
se relever avec vous à l'aurore d'un jour nouveau, et d'être environné
de splendeur dans le ciel.
Père saint, vous l'avez ainsi ordonné, ainsi voulu; et ce que vous avez
commandé s'est accompli.
4. Car c'est la grâce que vous faites à ceux que vous aimez, de souffrir
en ce monde pour votre amour, et d'être affligé autant de fois et par
qui que ce soit que vous le permettiez.
Rien ne se fait sur la terre sans raison, sans dessein, et sans l'ordre
de votre Providence.
_Ce m'est un bien, Seigneur, que vous m'ayez humilié, afin que je
m'instruise de votre justice_[473], et que je bannisse de mon coeur tout
orgueil et toute présomption.
[473] Ps. CXVIII, 71.
Il m'est utile _d'avoir été couvert de confusion_[474], afin que je
cherche à me consoler plutôt en vous que dans les hommes.
[474] Ps. LXVIII, 11.
Par là, j'ai appris encore à redouter vos jugements impénétrables, selon
lesquels vous affligez et le juste et l'impie, mais toujours avec équité
et avec justice.
5. Je vous rends grâces de ce que vous ne m'avez point épargné les maux,
et de ce qu'au contraire vous m'avez sévèrement frappé, me chargeant de
douleurs, et m'accablant d'angoisses au dedans et au dehors.
De tout ce qui est sous le ciel, il n'est rien qui me console; je
n'espère qu'en vous, ô mon Dieu, céleste médecin des âmes, _qui blessez
et qui guérissez, qui conduisez jusqu'aux enfers, et qui en
ramenez_[475].
[475] I. Reg., II, 6; Tob., XIII, 2.
_Vous me guidez par vos enseignements, et votre verge même
m'instruira_[476].
[476] Ps. XVII, 36.
6. Père uniquement aimé, voilà que je suis entre vos mains, je m'incline
sous la verge qui me corrige.
Frappez, frappez encore, afin que je réforme, selon votre gré, tout ce
qu'il y a d'imparfait en moi.
Faites de moi, comme vous le savez si bien faire, un disciple humble et
pieux, toujours prêt à vous obéir au moindre signe.
Je m'abandonne, moi et tout ce qui est à moi, à votre correction. Il
vaut mieux être châtié en ce monde qu'en l'autre.
Vous savez tout, vous pénétrez tout, et rien ne vous est caché dans la
conscience de l'homme.
Vous connaissez les choses futures avant qu'elles arrivent, et il n'est
pas besoin que personne vous instruise ou vous avertisse de ce qui se
passe sur la terre.
Vous savez ce qui est utile à mon avancement, et combien la tribulation
sert à consumer la rouille des vices.
Disposez de moi selon votre bon plaisir, et ne me délaissez point à
cause de ma vie toute de péché, que personne ne connaît mieux que vous.
7. Faites, Seigneur, que je sache ce que je dois savoir, que j'aime ce
que je dois aimer, que je loue ce qui vous est agréable, que j'estime ce
qui est précieux devant vous, et que je méprise ce qui est vil à vos
regards.
Ne permettez pas que _je juge d'après ce que l'oeil aperçoit au dehors,
ni que je forme mes sentiments sur les discours insensés des
hommes_[477]; mais faites que je porte un jugement vrai des choses
sensibles et des spirituelles, et surtout que je cherche à connaître
votre volonté.
[477] Is., XI, 3.
8. Souvent les hommes se trompent en ne jugeant que sur le témoignage
des sens. Les amateurs du siècle se trompent aussi en n'aimant que les
choses visibles.
Un homme en vaut-il mieux parce qu'un autre homme l'estime grand?
Quand un homme en exalte un autre, c'est un menteur qui trompe un
menteur, un superbe qui trompe un superbe, un aveugle qui trompe un
aveugle, un malade qui trompe un malade; et les vaines louanges sont une
véritable confusion pour qui les reçoit.
Car, _ce qu'un homme est à vos yeux, Seigneur, voilà ce qu'il est
réellement, et rien de plus_, dit l'humble saint François.