On ne saurait trop le redire, le premier et le dernier précepte, celui
qui les comprend tous, est l'entier renoncement de soi-même et la
conformité parfaite de notre volonté à celle de Dieu. Ainsi, bien
qu'il nous soit permis et même commandé d'aspirer à la béatitude
céleste, et de gémir sur _la longueur de notre exil_[464], néanmoins
nous devons le supporter avec une grande patience, et nous complaire
dans les épreuves que la Providence nous envoie, parce qu'elles sont
tout ensemble utiles à notre salut, et l'un des moyens que Dieu a
choisis pour satisfaire sa justice, et pour manifester en nous sa
miséricorde et sa gloire. Pécheurs, nous devons participer aux
souffrances de celui qui nous a rachetés; disciples de Jésus, nous
devons marcher à la suite de notre maître et de notre modèle en
portant la Croix, et, comme lui, épuiser le calice d'amertume. Nul
n'est couronné, s'il n'a combattu[465]. _Heureux donc l'homme qui
endure la tentation, parce qu'après avoir été éprouvé, il recevra la
couronne de vie que Dieu a promise à ceux qui l'aiment_[466].
Attendons le moment qu'il a marqué, et poursuivons en paix notre
pèlerinage. Tout ce qui finit est court, et rien n'est pénible à celui
qui espère. Que cette pensée ranime notre langueur, quand nous nous
sentons abattus. «Au milieu de ce grand naufrage du monde, dit saint
Chrysostome, une main propice nous jette d'en haut le câble de
l'espérance, qui peu à peu retire des flots des misères humaines et
soulève jusqu'au Ciel ceux qui s'y attachent fortement[467].»
[464] Ps. CXIX, 5.
[465] I. Cor., IX, 25.
[466] Jacob., I, 12.
[467] Ad Theod. Laps. oper., t. I, p. 3.