_Vous serez heureux quand on vous maudira, et qu'on vous persécutera,
et qu'on dira faussement toute sorte de mal contre vous:
réjouissez-vous alors, et soyez ravis de joie, parce que votre
récompense est grande dans les cieux_[436]. Combien cependant, malgré
cette parole, ne nous troublons-nous pas des discours des hommes et de
leurs jugements? Nous ne pouvons supporter qu'on nous abaisse; nous
voulons à tout prix être loués, estimés. Séduits par un vain fantôme
de réputation, nous oublions Dieu et ses enseignements, et les biens
qu'il promet aux humbles. Étrange effet de l'orgueil toujours vivant
au fond de notre misérable coeur! Que vous importe l'outrage,
l'injure, la calomnie? D'où vient qu'elle excite en vous une peine si
amère, un si vif ressentiment? Craignez-vous donc d'avoir trop de
moyens d'expiation, trop d'espérances de miséricorde? Mais on vous
accuse à tort. Aimeriez-vous mieux que ce fût avec justice? Si vous
n'avez pas commis la faute qu'on vous reproche, que d'autres vous avez
commises qu'on ne vous reproche point! Descendez dans votre
conscience, vous y entendrez une voix plus sévère que celles qui
s'élèvent contre vous. Celles-ci se tairont, mais l'autre parlera
devant le Juge en présence duquel tout à l'heure vous comparaîtrez,
loin des bruits de la terre, dans le silence de l'éternité. Pensez à
ce moment formidable, et vous vous inquiéterez peu de ce que les
hommes disent de vous.
[436] Matth., V, 11, 12.