Que l'homme n'a rien de bon de lui-même, et ne peut se glorifier de
rien.
1. LE F. _Seigneur, qu'est-ce que l'homme, pour que vous vous souveniez
de lui? Et qu'est-ce que le fils de l'homme, pour que vous le
visitiez_[399].
[399] Ps. VIII, 5.
Par où l'homme a-t-il pu mériter votre grâce?
De quoi, Seigneur, puis-je me plaindre si vous me délaissez? Et qu'ai-je
à dire si vous ne faites pas ce que je demande?
Je ne puis, certes, penser et dire avec vérité que ceci: Seigneur, je ne
suis rien, je ne peux rien, de moi-même je n'ai rien de bon, je sens ma
faiblesse en tout, et tout m'incline vers le néant.
Si vous ne m'aidez et ne me fortifiez intérieurement, aussitôt je tombe
dans la tiédeur et le relâchement.
2. _Mais vous, Seigneur, vous êtes toujours le même_[400], et vous
demeurez éternellement bon, juste et saint, faisant tout avec bonté,
avec justice, avec sainteté, et disposant tout avec sagesse.
[400] Ps. CI, 27.
Pour moi, qui ai plus de penchant à m'éloigner du bien qu'à m'en
approcher, je ne demeure pas longtemps dans un même état, et je change
sept fois le jour.
Cependant je suis moins faible dès que vous le voulez, dès que vous me
tendez une main secourable: car vous pouvez seul, sans l'aide de
personne, me secourir et m'affermir de telle sorte, que je ne sois plus
sujet à tous ces changements, et que mon coeur se tourne vers vous seul,
et s'y repose à jamais.
3. Si donc je savais rejeter toute consolation humaine, soit pour
acquérir la ferveur, soit à cause de la nécessité qui me presse de vous
chercher, ne trouvant point d'homme qui me console; alors je pourrais
tout espérer de votre grâce, et me réjouir de nouveau dans les
consolations que je recevrais de vous.
4. Grâces vous soient rendues, à vous de qui découle tout ce qui
m'arrive de bien.
Pour moi, je ne suis devant vous que vanité et néant, qu'un homme
inconstant et fragile.
De quoi donc puis-je me glorifier? Comment puis-je désirer qu'on
m'estime?
Serait-ce à cause de mon néant? mais quoi de plus insensé!
Certes, la vaine gloire est la plus grande des vanités, et un mal
terrible, puisqu'elle nous éloigne de la véritable gloire, et nous
dépouille de la grâce céleste.
Car, dès que l'homme se complaît en lui-même, il commence à vous
déplaire; et lorsqu'il aspire aux louanges humaines, il perd la vraie
vertu.
5. La vraie gloire et la joie sainte est de se glorifier en vous et non
pas en soi; de se réjouir de votre grandeur et non de sa propre vertu;
de ne trouver de plaisir en nulle créature qu'à cause de vous.
Que votre nom soit loué et non le mien; qu'on exalte vos oeuvres et non
les miennes; que votre saint nom soit béni, et qu'il ne me revienne rien
des louanges des hommes.
Vous êtes ma gloire et la joie de mon coeur.
En vous je me glorifierai, je me réjouirai sans cesse en vous et non pas
en moi, _si ce n'est dans mes infirmités_[401].
6. Que les Juifs _recherchent la gloire qu'on reçoit les uns des
autres_[402]: pour moi, je ne rechercherai que _celle qui vient de Dieu
seul_[403].
Car toute gloire humaine, tout honneur du temps, toute grandeur de ce
monde, comparée à votre gloire éternelle, est folie et vanité.
Ô ma vérité, ma miséricorde, ô mon Dieu! Trinité bienheureuse! à vous
seule louange, honneur, gloire, puissance dans les siècles des siècles.