CHAPITRE XL.

Que l'homme n'a rien de bon de lui-même, et ne peut se glorifier de

rien.

1. LE F. _Seigneur, qu'est-ce que l'homme, pour que vous vous souveniez

de lui? Et qu'est-ce que le fils de l'homme, pour que vous le

visitiez_[399].

[399] Ps. VIII, 5.

Par où l'homme a-t-il pu mériter votre grâce?

De quoi, Seigneur, puis-je me plaindre si vous me délaissez? Et qu'ai-je

à dire si vous ne faites pas ce que je demande?

Je ne puis, certes, penser et dire avec vérité que ceci: Seigneur, je ne

suis rien, je ne peux rien, de moi-même je n'ai rien de bon, je sens ma

faiblesse en tout, et tout m'incline vers le néant.

Si vous ne m'aidez et ne me fortifiez intérieurement, aussitôt je tombe

dans la tiédeur et le relâchement.

2. _Mais vous, Seigneur, vous êtes toujours le même_[400], et vous

demeurez éternellement bon, juste et saint, faisant tout avec bonté,

avec justice, avec sainteté, et disposant tout avec sagesse.

[400] Ps. CI, 27.

Pour moi, qui ai plus de penchant à m'éloigner du bien qu'à m'en

approcher, je ne demeure pas longtemps dans un même état, et je change

sept fois le jour.

Cependant je suis moins faible dès que vous le voulez, dès que vous me

tendez une main secourable: car vous pouvez seul, sans l'aide de

personne, me secourir et m'affermir de telle sorte, que je ne sois plus

sujet à tous ces changements, et que mon coeur se tourne vers vous seul,

et s'y repose à jamais.

3. Si donc je savais rejeter toute consolation humaine, soit pour

acquérir la ferveur, soit à cause de la nécessité qui me presse de vous

chercher, ne trouvant point d'homme qui me console; alors je pourrais

tout espérer de votre grâce, et me réjouir de nouveau dans les

consolations que je recevrais de vous.

4. Grâces vous soient rendues, à vous de qui découle tout ce qui

m'arrive de bien.

Pour moi, je ne suis devant vous que vanité et néant, qu'un homme

inconstant et fragile.

De quoi donc puis-je me glorifier? Comment puis-je désirer qu'on

m'estime?

Serait-ce à cause de mon néant? mais quoi de plus insensé!

Certes, la vaine gloire est la plus grande des vanités, et un mal

terrible, puisqu'elle nous éloigne de la véritable gloire, et nous

dépouille de la grâce céleste.

Car, dès que l'homme se complaît en lui-même, il commence à vous

déplaire; et lorsqu'il aspire aux louanges humaines, il perd la vraie

vertu.

5. La vraie gloire et la joie sainte est de se glorifier en vous et non

pas en soi; de se réjouir de votre grandeur et non de sa propre vertu;

de ne trouver de plaisir en nulle créature qu'à cause de vous.

Que votre nom soit loué et non le mien; qu'on exalte vos oeuvres et non

les miennes; que votre saint nom soit béni, et qu'il ne me revienne rien

des louanges des hommes.

Vous êtes ma gloire et la joie de mon coeur.

En vous je me glorifierai, je me réjouirai sans cesse en vous et non pas

en moi, _si ce n'est dans mes infirmités_[401].

6. Que les Juifs _recherchent la gloire qu'on reçoit les uns des

autres_[402]: pour moi, je ne rechercherai que _celle qui vient de Dieu

seul_[403].

Car toute gloire humaine, tout honneur du temps, toute grandeur de ce

monde, comparée à votre gloire éternelle, est folie et vanité.

Ô ma vérité, ma miséricorde, ô mon Dieu! Trinité bienheureuse! à vous

seule louange, honneur, gloire, puissance dans les siècles des siècles.

L'imitation de Jésus-Christ Traduction nouvelle avec des réflexions à la fin de chaque chapitre · 第 221 / 453 题