Si je descends en moi-même et que je m'interroge sur ce que je suis,
que trouvé-je, ô mon Dieu! Une raison incertaine toujours près de
s'égarer, d'inconstantes affections, un mélange inexplicable
d'espérances et de craintes vaines, des inclinations viciées, une
foule innombrable de désirs qui sans cesse m'agitent et me
tourmentent, quelquefois une joie fugitive, habituellement un profond
ennui, je ne sais quel instinct du ciel et toutes les passions de la
terre, une volonté infirme qui tout ensemble veut et ne veut pas, un
grand orgueil dans une grande misère: voilà mon état tel que le péché
l'a fait, et je sens de plus en moi l'impuissance de relever une
nature si profondément déchue. Il a fallu que Dieu même vînt soulever
ce poids immense de dégradation: sans un Rédempteur divin, l'éternité
entière aurait passé sur les ruines de l'homme. Il a paru ce
Rédempteur, il a dit: _Me voici[404]!_ et son sang a satisfait à la
suprême justice, et sa grâce a réparé le désordre de l'intelligence et
le désordre du coeur: elle a rétabli l'image de Dieu dans sa créature
tombée. Incompréhensible mystère d'amour! et comment répondre à un tel
bienfait? Reconnaissons au moins notre faiblesse et notre indigence;
ne nous attribuons aucun des biens qui nous sont donnés gratuitement;
rendons la gloire à qui elle appartient, et entrons de toutes les
puissances de notre être dans les sentiments du Prophète: _Seigneur
mon Dieu, je vous ai invoqué, et vous m'avez guéri. Vous avez retiré
mon âme de l'enfer, et vous m'avez séparé de ceux qui descendent dans
le lac. Chantez le Seigneur, vous qui êtes ses saints, et célébrez la
mémoire de sa sainteté[405]!_
[401] II. Cor., XII, 5.
[402] Joann., V, 44.
[403] _Ibid._
[404] Ps. XXXIX, 8.
[405] Ps. XXIX, 3-5.