RÉFLEXION.

Il y a dans les affaires un danger terrible pour l'âme, lorsqu'elle ne

veille pas sur elle-même attentivement. Nous ne parlons point des

tentations de l'intérêt, si vives pourtant, si multipliées, et qui

finissent ordinairement par affaiblir au moins la conscience. Alors

même qu'elles ne produisent pas ce triste effet, elles dessèchent le

coeur, préoccupent l'esprit, le détournent de Dieu et de la grande

pensée du salut. Il y a toujours quelque chose qui presse, qu'on ne

peut laisser en retard; et sous ce prétexte, sans dessein formé, par

le seul entraînement des occupations qu'on s'est faites, on abandonne

peu à peu les exercices qui nourrissent la piété, les lectures

saintes, la prière, les devoirs indispensables de la religion, et

ainsi la vie s'écoule pleine de projets, de soucis, de travaux, dans

l'oubli de _la seule chose nécessaire_[397]. Les maladies même ne

réveillent pas; aucun avertissement n'est écouté. Enfin la mort vient,

saisit cet homme, le présente au juge qui l'interroge: Qu'as-tu fait

du temps que je t'ai accordé? L'infortuné voit d'un coup d'oeil

trente, quarante, soixante années consumées tout entières dans les

soins de la terre, et il ne voit que cela. Son âme, il n'y a point

songé. Il est tard en ce moment pour commencer à s'occuper d'elle, et

son sort est fixé irrévocablement. Ah! pensez avant tout à ce qui ne

doit jamais finir. _Cherchez premièrement le royaume de Dieu et sa

justice, et le reste vous sera donné par surcroît_[398]. Éteindre en

soi le désir de ce qui passe, se confier en la Providence, ne vouloir

que ce qu'elle veut, comme elle le veut, et quand elle le veut, c'est

la voie de la paix et le seul fondement solide d'espérance à la

dernière heure.

[396] Matth., XXVI, 41.

[397] Luc., X, 42.

[398] _Ibid._, XII, 31.

L'imitation de Jésus-Christ Traduction nouvelle avec des réflexions à la fin de chaque chapitre · 第 220 / 453 题