De l'inconstance du coeur, et que nous devons tout rapporter à Dieu
comme à notre dernière fin.
1. J.-C. Mon fils, ne vous reposez point sur ce que vous sentez en vous:
maintenant vous êtes affecté d'une certaine manière, vous le serez d'une
autre le moment d'après.
Tant que vous vivrez, vous serez sujet au changement, même malgré vous:
tour à tour triste et gai, tranquille et inquiet, fervent et tiède;
tantôt actif, tantôt paresseux, tantôt grave, tantôt léger.
Mais l'homme sage et instruit dans les voies spirituelles s'élève
au-dessus de ces vicissitudes. Il ne considère point ce qu'il éprouve en
soi, ni de quel côté l'incline le vent de l'inconstance; mais il arrête
toute son attention sur la fin bienheureuse à laquelle il doit tendre.
C'est ainsi qu'au milieu de tant de mouvements divers, fixant sur moi
seul ses regards, il demeure inébranlable et toujours le même.
Plus l'oeil de l'âme est pur et son intention droite, moins on est agité
par les tempêtes.
Mais cet oeil s'obscurcit en plusieurs, parce qu'il se tourne vers
chaque objet agréable qui se présente.
Car il est rare de trouver quelqu'un tout à fait exempt de la honteuse
recherche de soi-même.
Ainsi autrefois les Juifs vinrent à Béthanie chez Marthe et Marie, _non
pour Jésus seul, mais pour voir Lazare_[357].
[357] Joann., XII, 9.
Il faut donc purifier l'intention, afin que, simple et droite, elle se
dirige constamment vers moi, sans s'arrêter jamais aux objets
inférieurs.