L'esprit de l'homme va et vient sans se reposer jamais, et le coeur
est emporté par la même inconstance. Or ces changements qui
surviennent en nous, quelquefois malgré nous, sont ou des tentations
que l'on doit combattre, ou des misères qu'il faut supporter, ou des
épreuves auxquelles on doit se soumettre humblement. Et c'est pourquoi
il est nécessaire de travailler sans relâche à purifier notre volonté,
qui seule dépend de nous; autrement nous tomberons bien vite ou dans
le péché, ou dans le trouble, ou dans les deux à la fois. Celui qui
veut sincèrement être à Dieu et n'être qu'à lui, ne craint pas les
attaques de l'enfer, parce qu'il sait qu'il est invincible en celui
qui le fortifie. Il ne s'irrite point contre lui-même, il voit en paix
ses infirmités, il _s'en glorifie_ comme l'Apôtre[358], parce qu'elles
_perfectionnent la vertu_[359], et ajoutent au prix de la victoire.
Que si Dieu l'éprouve, il s'humilie, il se reconnaît indigne de ses
consolations, et il embrasse avec amour la croix qui lui est
présentée. Tranquille sur cette croix, dans la tristesse, dans la
souffrance et l'abandonnement, il n'a que cette parole, et elle lui
suffit: _J'ai espéré en vous, Seigneur, et je ne serai point confondu
éternellement_[360].
[358] II. Corinth., XI, 30.
[359] _Ibid._, XII, 9.
[360] Ps. LXX, 1.