Du souvenir des bienfaits de Dieu.
1. LE F. _Seigneur, ouvrez mon coeur à votre loi; et enseignez-moi à
marcher dans la voie de vos commandements_[287].
[287] II. Mach., I, 4.
Faites que je connaisse votre volonté, et que je rappelle dans mon
souvenir, avec un grand respect et une sérieuse attention, tous vos
bienfaits, afin de vous en rendre de dignes actions de grâces.
Je sais cependant, et je confesse que je ne puis reconnaître dignement
la moindre de vos faveurs.
Je suis au-dessous de tous les biens que vous m'avez accordés; et quand
je considère votre élévation infinie, mon esprit s'abîme dans votre
grandeur.
2. Tout ce que nous avons en nous, dans notre corps, dans notre âme,
tout ce que nous possédons et au dedans et au dehors, dans l'ordre
de la grâce ou de la nature, c'est vous qui nous l'avez donné; et vos
bienfaits nous rappellent sans cesse votre bonté, votre tendresse,
l'immense libéralité dont vous usez envers nous, vous de qui nous
viennent tous les biens.
Car tout vient de vous, quoique l'un reçoive plus, l'autre moins; et
sans vous nous serions à jamais privés de tout bien.
Celui qui a reçu davantage ne peut se glorifier de son mérite, ni
s'élever au-dessus des autres, ni insulter à celui qui a moins reçu; car
celui-là est le meilleur et le plus grand, qui s'attribue le moins, et
qui rend grâces avec le plus de ferveur et d'humilité.
Et celui qui se croit le plus vil et le plus indigne de tous, est le
plus propre à recevoir de grands dons.
3. Celui qui a moins reçu, ne doit ni s'affliger, ni se plaindre, ni
concevoir de l'envie contre ceux qui ont reçu davantage; mais plutôt ne
regarder que vous, et louer de toute son âme votre bonté toujours prête
à répandre ses dons si abondamment, si gratuitement, sans acception de
personne.
Tout vient de vous, et ainsi vous devez être loué de tout.
Vous savez ce qu'il convient de donner à chacun, pourquoi celui-ci
reçoit plus, cet autre moins; ce c'est pas à nous qu'appartient ce
discernement, mais à vous, qui pesez tous les mérites.
4. C'est pourquoi, Seigneur mon Dieu, je regarde comme une grâce
singulière que vous m'ayez accordé peu de ces dons qui paraissent au
dehors, et qui attirent les louanges et l'admiration des hommes. Et
certes, en considérant son indigence et son abjection, loin d'en être
abattu, loin d'en concevoir aucune peine, aucune tristesse, on doit
plutôt sentir une douce consolation, une grande joie; car vous avez
choisi, mon Dieu, pour vos amis et vos serviteurs, les pauvres, les
humbles, ceux que le monde méprise.
Tels étaient vos apôtres mêmes, _que vous avez établis princes sur toute
la terre_[288].
[288] Ps. XLIV, 17.
Ils ont passé dans ce monde sans se plaindre, purs de tout artifice et
de la pensée même du mal, si simples et si humbles, qu'_ils se
réjouissaient de souffrir les outrages pour votre nom_[289], et qu'ils
embrassaient avec amour tout ce que le monde abhorre.
[289] Act., V, 41.
Rien ne doit causer tant de joie à celui qui vous aime et qui connaît le
prix de vos bienfaits, que l'accomplissement de votre volonté et de vos
desseins éternels sur lui.
Il doit y trouver un contentement, une consolation telle, qu'il consente
aussi volontiers d'être le plus petit, que d'autres désirent avec ardeur
être le plus grand; qu'il soit aussi tranquille, aussi satisfait dans la
dernière place que dans la première; et que toujours prêt à souffrir le
mépris, les rebuts, il s'estime aussi heureux d'être sans nom, sans
réputation, que les autres de jouir des honneurs et des grandeurs du
monde.
Car votre volonté et le zèle de votre gloire doivent être pour lui
au-dessus de tout, et lui plaire et le consoler plus que tous les dons
que vous lui avez faits, et que vous pouvez lui faire encore.