CHAPITRE XXII.

Du souvenir des bienfaits de Dieu.

1. LE F. _Seigneur, ouvrez mon coeur à votre loi; et enseignez-moi à

marcher dans la voie de vos commandements_[287].

[287] II. Mach., I, 4.

Faites que je connaisse votre volonté, et que je rappelle dans mon

souvenir, avec un grand respect et une sérieuse attention, tous vos

bienfaits, afin de vous en rendre de dignes actions de grâces.

Je sais cependant, et je confesse que je ne puis reconnaître dignement

la moindre de vos faveurs.

Je suis au-dessous de tous les biens que vous m'avez accordés; et quand

je considère votre élévation infinie, mon esprit s'abîme dans votre

grandeur.

2. Tout ce que nous avons en nous, dans notre corps, dans notre âme,

tout ce que nous possédons et au dedans et au dehors, dans l'ordre

de la grâce ou de la nature, c'est vous qui nous l'avez donné; et vos

bienfaits nous rappellent sans cesse votre bonté, votre tendresse,

l'immense libéralité dont vous usez envers nous, vous de qui nous

viennent tous les biens.

Car tout vient de vous, quoique l'un reçoive plus, l'autre moins; et

sans vous nous serions à jamais privés de tout bien.

Celui qui a reçu davantage ne peut se glorifier de son mérite, ni

s'élever au-dessus des autres, ni insulter à celui qui a moins reçu; car

celui-là est le meilleur et le plus grand, qui s'attribue le moins, et

qui rend grâces avec le plus de ferveur et d'humilité.

Et celui qui se croit le plus vil et le plus indigne de tous, est le

plus propre à recevoir de grands dons.

3. Celui qui a moins reçu, ne doit ni s'affliger, ni se plaindre, ni

concevoir de l'envie contre ceux qui ont reçu davantage; mais plutôt ne

regarder que vous, et louer de toute son âme votre bonté toujours prête

à répandre ses dons si abondamment, si gratuitement, sans acception de

personne.

Tout vient de vous, et ainsi vous devez être loué de tout.

Vous savez ce qu'il convient de donner à chacun, pourquoi celui-ci

reçoit plus, cet autre moins; ce c'est pas à nous qu'appartient ce

discernement, mais à vous, qui pesez tous les mérites.

4. C'est pourquoi, Seigneur mon Dieu, je regarde comme une grâce

singulière que vous m'ayez accordé peu de ces dons qui paraissent au

dehors, et qui attirent les louanges et l'admiration des hommes. Et

certes, en considérant son indigence et son abjection, loin d'en être

abattu, loin d'en concevoir aucune peine, aucune tristesse, on doit

plutôt sentir une douce consolation, une grande joie; car vous avez

choisi, mon Dieu, pour vos amis et vos serviteurs, les pauvres, les

humbles, ceux que le monde méprise.

Tels étaient vos apôtres mêmes, _que vous avez établis princes sur toute

la terre_[288].

[288] Ps. XLIV, 17.

Ils ont passé dans ce monde sans se plaindre, purs de tout artifice et

de la pensée même du mal, si simples et si humbles, qu'_ils se

réjouissaient de souffrir les outrages pour votre nom_[289], et qu'ils

embrassaient avec amour tout ce que le monde abhorre.

[289] Act., V, 41.

Rien ne doit causer tant de joie à celui qui vous aime et qui connaît le

prix de vos bienfaits, que l'accomplissement de votre volonté et de vos

desseins éternels sur lui.

Il doit y trouver un contentement, une consolation telle, qu'il consente

aussi volontiers d'être le plus petit, que d'autres désirent avec ardeur

être le plus grand; qu'il soit aussi tranquille, aussi satisfait dans la

dernière place que dans la première; et que toujours prêt à souffrir le

mépris, les rebuts, il s'estime aussi heureux d'être sans nom, sans

réputation, que les autres de jouir des honneurs et des grandeurs du

monde.

Car votre volonté et le zèle de votre gloire doivent être pour lui

au-dessus de tout, et lui plaire et le consoler plus que tous les dons

que vous lui avez faits, et que vous pouvez lui faire encore.

L'imitation de Jésus-Christ Traduction nouvelle avec des réflexions à la fin de chaque chapitre · 第 174 / 453 题