Profitons de la grâce qui nous est donnée, sans rechercher si les
autres en ont reçu une mesure plus grande. Dieu se communique comme il
lui plaît, il est le maître de ses dons, et que sommes-nous pour lui
en demander compte? Bénissons-le de ceux qu'il nous accorde dans sa
bonté toute gratuite, et bénissons-le encore de ceux qu'il nous
refuse, nous reconnaissant indignes du moindre de ses bienfaits. Si
vous êtes humble, vous n'aspirerez point à des faveurs
extraordinaires; et si vous manquez d'humilité, ces faveurs, loin de
vous être utiles, ne serviraient peut-être qu'à vous perdre, en
nourrissant en vous la vaine complaisance et l'orgueil. Une vive
gratitude envers le Seigneur, une soumission parfaite à ses volontés,
la fidélité dans la voie où il vous conduit, voilà ce que vous devez
désirer. Avec cela vous reposerez en paix, parce que vous reposerez en
Dieu, et qu'en lui vous trouverez le secours contre les tentations, la
paix dans les souffrances, la consolation dans les misères et les
peines de la vie, et enfin l'amour qui rend tout léger. Oh! que nous
penserions peu à souhaiter un état plus élevé, ou plus doux, si nous
aimions véritablement! Mais nous ne savons point aimer. Gémissons au
moins de notre tiédeur et supplions le divin Maître d'échauffer,
d'embraser notre coeur languissant, afin que nous puissions dire avec
l'Apôtre: _Qui me séparera de l'amour du Christ? la tribulation?
l'angoisse? la faim? la nudité? le péril? la persécution? le glaive?
Mais nous triomphons de toutes ces choses à cause de celui qui nous a
aimés. Car je suis certain que ni la mort, ni la vie, ni les Anges, ni
les principautés, ni les vertus, ni le présent, ni l'avenir, ni la
force, ni la hauteur, ni la profondeur, ni aucune autre créature ne
pourra me séparer de la charité de Dieu, laquelle est dans le Christ
Jésus notre Seigneur_[290].
[290] Rom., VIII, 35, 37-39.