À mesure que l'âme fidèle se dégage de la terre et d'elle-même, toutes
ses pensées, tous ses désirs s'élèvent et viennent se confondre en
celui qu'elle aime uniquement. Alors elle gémit des liens qui
l'appesantissent et la retiennent encore ici-bas. Pressée d'un amour
qui croît sans cesse, elle voudrait briser son enveloppe mortelle, et
s'élancer dans le sein de l'Être infini auquel elle aspire, et s'y
plonger, et s'y perdre éternellement. _Qui me donnera des ailes comme
à la colombe, et je volerai et je me reposerai_[284]! Nul repos en
effet pour elle, jusqu'à ce qu'elle soit pleinement unie à l'objet de
ses ardeurs, jusqu'à ce qu'elle puisse dire dans les transports, dans
l'ivresse divine de sa joie, dans la jouissance, la possession à
jamais immuable du céleste époux: _Mon bien-aimé est à moi, et je suis
à lui_[285]. Oh! quand luira cet heureux jour, jour de la délivrance
et de l'allégresse sans fin? Quand cessera le temps de l'exil, le
temps de l'espérance et des larmes? Quand verrons-nous décliner les
ombres qui dérobent à nos regards le bien-aimé? _Comme le cerf altéré
désire l'eau des fontaines, ainsi mon âme vous désire, ô mon Dieu! Mon
âme a eu soif du Dieu fort, du Dieu vivant: oh! quand viendrai-je et
paraîtrai-je en présence de mon Dieu_[286]?
[284] Ps. LIV, 7.
[285] Cantic., II, 16.
[286] Ps. XLI, 2, 3.