CHAPITRE XX.

De l'aveu de son infirmité et des misères de cette vie.

1. LE F. _Je confesserai contre moi mon injustice_[273]: Je vous

confesserai, Seigneur, mon infirmité.

[273] Ps. XXXI, 5.

Souvent un rien m'abat et me jette dans la tristesse.

Je me propose d'agir avec force; mais, à la moindre tentation qui

survient, je tombe dans une grande angoisse.

Souvent c'est la plus petite chose et la plus méprisable qui me cause

une violente tentation.

Et quand je ne sens rien en moi-même, et que je me crois un peu en

sûreté, je me trouve quelquefois presque abattu par un léger souffle.

2. Voyez donc, Seigneur, mon impuissance et ma fragilité, que tout

manifeste à vos yeux.

Ayez pitié de moi, _et retirez-moi de la boue, de crainte que je n'y

demeure à jamais enfoncé_[274].

[274] Ps. LXVIII, 15.

Ce qui souvent fait ma peine et ma confusion devant vous, c'est de

tomber si aisément, et d'être si faible contre mes passions.

Bien qu'elles ne parviennent pas à m'arracher un plein consentement,

leurs sollicitations me fatiguent et me pèsent, et ce m'est un grand

ennui de vivre ainsi toujours en guerre.

Je connais surtout en ceci mon infirmité, que les plus horribles

imaginations s'emparent de mon esprit, bien plus facilement qu'elles

n'en sortent.

3. Puissant Dieu d'Israël, défenseur des âmes fidèles, daignez jeter un

regard sur votre serviteur affligé et dans le travail, et soyez près de

lui pour l'aider en tout ce qu'il entreprendra.

Remplissez-moi d'une force toute céleste, de peur que le vieil homme, et

cette chair de péché qui n'est pas encore entièrement soumise à

l'esprit, ne prévale et ne domine; elle, contre qui nous devons

combattre jusqu'au dernier soupir, dans cette vie chargée de tant de

misères.

Hélas! qu'est-ce que cette vie, assiégée de toutes parts de tribulations

et de peines, environnée de piéges et d'ennemis?

Est-on délivré d'une affliction ou d'une tentation, une autre lui

succède; et l'on combat même encore la première, que d'autres

surviennent inopinément.

4. Comment peut-on aimer une vie remplie de tant d'amertumes, sujette à

tant de maux et de calamités?

Comment peut-on même appeler vie ce qui engendre tant de douleurs et

tant de morts?

Et cependant on l'aime, et plusieurs y cherchent leur félicité.

On reproche souvent au monde d'être trompeur et vain; et toutefois on le

quitte difficilement, parce qu'on est encore dominé par les convoitises

de la chair.

Certaines choses nous inclinent à aimer le monde, d'autres à le

mépriser.

_Le désir de la chair, le désir des yeux, et l'orgueil de la vie_[275],

inspirent l'amour du monde; mais les peines et les misères qui les

suivent justement produisent la haine et le dégoût du monde.

[275] I. Joann., II, 16.

5. Mais, hélas! le plaisir mauvais triomphe de l'âme livrée au monde:

elle se repose avec délices dans l'esclavage des sens, parce qu'elle ne

connaît pas et n'a point goûté les suavités célestes, ni le charme

intérieur de la vertu.

Mais ceux qui, méprisant le monde parfaitement, s'efforcent de vivre

pour Dieu sous une sainte discipline, n'ignorent point les divines

douceurs promises au vrai renoncement, et voient avec clarté combien le

monde, abusé par des illusions diverses, s'égare dangereusement.

L'imitation de Jésus-Christ Traduction nouvelle avec des réflexions à la fin de chaque chapitre · 第 170 / 453 题