De l'aveu de son infirmité et des misères de cette vie.
1. LE F. _Je confesserai contre moi mon injustice_[273]: Je vous
confesserai, Seigneur, mon infirmité.
[273] Ps. XXXI, 5.
Souvent un rien m'abat et me jette dans la tristesse.
Je me propose d'agir avec force; mais, à la moindre tentation qui
survient, je tombe dans une grande angoisse.
Souvent c'est la plus petite chose et la plus méprisable qui me cause
une violente tentation.
Et quand je ne sens rien en moi-même, et que je me crois un peu en
sûreté, je me trouve quelquefois presque abattu par un léger souffle.
2. Voyez donc, Seigneur, mon impuissance et ma fragilité, que tout
manifeste à vos yeux.
Ayez pitié de moi, _et retirez-moi de la boue, de crainte que je n'y
demeure à jamais enfoncé_[274].
[274] Ps. LXVIII, 15.
Ce qui souvent fait ma peine et ma confusion devant vous, c'est de
tomber si aisément, et d'être si faible contre mes passions.
Bien qu'elles ne parviennent pas à m'arracher un plein consentement,
leurs sollicitations me fatiguent et me pèsent, et ce m'est un grand
ennui de vivre ainsi toujours en guerre.
Je connais surtout en ceci mon infirmité, que les plus horribles
imaginations s'emparent de mon esprit, bien plus facilement qu'elles
n'en sortent.
3. Puissant Dieu d'Israël, défenseur des âmes fidèles, daignez jeter un
regard sur votre serviteur affligé et dans le travail, et soyez près de
lui pour l'aider en tout ce qu'il entreprendra.
Remplissez-moi d'une force toute céleste, de peur que le vieil homme, et
cette chair de péché qui n'est pas encore entièrement soumise à
l'esprit, ne prévale et ne domine; elle, contre qui nous devons
combattre jusqu'au dernier soupir, dans cette vie chargée de tant de
misères.
Hélas! qu'est-ce que cette vie, assiégée de toutes parts de tribulations
et de peines, environnée de piéges et d'ennemis?
Est-on délivré d'une affliction ou d'une tentation, une autre lui
succède; et l'on combat même encore la première, que d'autres
surviennent inopinément.
4. Comment peut-on aimer une vie remplie de tant d'amertumes, sujette à
tant de maux et de calamités?
Comment peut-on même appeler vie ce qui engendre tant de douleurs et
tant de morts?
Et cependant on l'aime, et plusieurs y cherchent leur félicité.
On reproche souvent au monde d'être trompeur et vain; et toutefois on le
quitte difficilement, parce qu'on est encore dominé par les convoitises
de la chair.
Certaines choses nous inclinent à aimer le monde, d'autres à le
mépriser.
_Le désir de la chair, le désir des yeux, et l'orgueil de la vie_[275],
inspirent l'amour du monde; mais les peines et les misères qui les
suivent justement produisent la haine et le dégoût du monde.
[275] I. Joann., II, 16.
5. Mais, hélas! le plaisir mauvais triomphe de l'âme livrée au monde:
elle se repose avec délices dans l'esclavage des sens, parce qu'elle ne
connaît pas et n'a point goûté les suavités célestes, ni le charme
intérieur de la vertu.
Mais ceux qui, méprisant le monde parfaitement, s'efforcent de vivre
pour Dieu sous une sainte discipline, n'ignorent point les divines
douceurs promises au vrai renoncement, et voient avec clarté combien le
monde, abusé par des illusions diverses, s'égare dangereusement.