Si nous avons souvent à souffrir du prochain, il n'a pas moins à
souffrir de nous; et c'est pourquoi l'Apôtre dit: _Portez le fardeau
les uns des autres, et ainsi vous accomplirez la loi de
Jésus-Christ_[265]. Mais je vous entends, il y a des choses qu'il est
dur, dites-vous, et difficile de supporter. Eh bien! votre mérite en
sera plus grand. La grâce ne nous est donnée que pour cela, pour que
vous fassiez avec elle ce qui serait impossible à la nature seule.
D'ailleurs que vous arrive-t-il que Dieu n'ait prévu, que Dieu n'ait
voulu? La patience n'est donc qu'une soumission douce et calme à ce
qu'il ordonne, et sans elle nous vivons dans un trouble perpétuel; car
_qui a résisté à Dieu, et a eu la paix_[266]? Et combien ne faut-il
pas qu'il soit lui-même patient avec vous? Descendez dans votre
conscience, et répondez. N'a-t-il rien à supporter de vous, rien à
vous pardonner? Oui, _le Seigneur est patient et rempli de
miséricorde_[267]. _Soyons donc aussi patients envers tous_[268].
_L'homme patient vaut mieux que l'homme fort, et celui qui domine son
âme, mieux que celui qui réduit des villes_[269]. _Je me suis tu_,
disait David en prophétisant les souffrances du Christ, _je me suis
tu, et je n'ai point ouvert la bouche_[270]; et un autre prophète: _Il
s'est tu comme l'agneau devant celui qui le tond_[271]. Qui oserait
après cela murmurer, s'irriter, rendre offense pour offense? Ô Jésus!
soyez notre modèle. Vous nous avez appris à dire à Dieu:
_Remettez-nous nos dettes, comme nous les remettons à ceux qui nous
doivent_[272]. Voilà ce que nous demandons chaque jour, ce que chaque
jour nous promettons; et malheur à celui dont la prière sera trouvée
menteuse!
[265] Galat., VI, 2.
[266] Job, IX, 4.
[267] Ps. CXLIV. 8.
[268] I. Thess., V, 14.
[269] Prov., XVI, 32.
[270] Ps. XXXVIII, 10.
[271] Is., LIII, 7.
[272] Matth., VI, 12.