Dieu se montre, dans l'Écriture, plein d'une immense compassion pour
les fautes, si on peut le dire, purement humaines; mais il est sans
pitié pour l'orgueil, _principe de tout mal_[203], pour l'orgueil, qui
est le crime propre de l'Ange rebelle, et qui s'attaque directement au
souverain Être. Il a dit: _Je suis Jéhova, c'est mon nom; je ne
donnerai point ma gloire à un autre_[204]. Or tout orgueil tend, par
essence, à s'égaler à Dieu, à se faire Dieu: désordre tel que
non-seulement on n'en conçoit pas de plus grand, mais qu'on hésiterait
à le croire possible, s'il n'était sans cesse présent sous nos yeux,
et si l'on n'en sentait pas le germe en soi-même. Aussi voyez comme
Dieu le foudroie: et d'abord cette ironie qui glace l'âme d'un effroi
surnaturel: _Voilà qu'Adam est devenu comme l'un de nous_[205]; Adam
jeté nu avec son péché, sur une terre maudite! Adam qui venait
d'entendre cette parole: _Tu mourras de mort_[206]! Ses enfants
imitent son crime, leur orgueil s'élève sans mesure. Alors l'esprit
divin; _Comment es-tu tombé, toi qui te levais comme l'astre du matin,
qui disais en ton coeur: Je monterai dans les cieux, je poserai mon
trône au-dessus des étoiles et je serai semblable au Très-Haut. Voilà
que tu seras traîné aux enfers, dans la profondeur du lac: on se
baissera pour te voir_[207]. Lisez, dans l'Évangile, les effroyables
malédictions prononcées contre les Pharisiens superbes, tandis que
celui qui s'abaisse est à l'instant justifié. Une femme pleure aux
pieds de Jésus: elle s'humilie de ses fautes, elle n'ose presque en
solliciter le pardon, son silence seul supplie. Le Sauveur ému la
console: _Beaucoup de péchés lui sont remis, parce qu'elle a beaucoup
aimé_[208]. Mais l'orgueil n'aime point; c'est encore là un de ses
caractères, et comme le type infernal. Il est le père de la haine, de
l'envie, de la violence, de la fausse sécurité et de l'endurcissement.
Sorti de l'abîme, il s'y replonge: le reste est le mystère de
l'éternelle justice. Ô Dieu, ayez pitié de votre pauvre créature! Le
front dans la poussière, je m'anéantis devant vous. Je sens, je
confesse ma misère, ma corruption profonde, ma désolante impuissance
et tout ce qui à jamais me séparerait de vous, si votre grande
miséricorde ne venait à mon secours par le don gratuit de la grâce.
Daignez, daignez la répandre en mon âme. Ne m'abandonnez pas,
Seigneur; _sauvez-moi, ou je vais périr_[209]. Ô Dieu, ayez pitié de
votre pauvre créature!
[203] Eccli., X, 15.
[204] Is., XLII, 8.
[205] Genes., III, 22.
[206] _Ibid._, II, 17.
[207] Is., XIV. 12-16.
[208] Luc., VII, 47.
[209] Matth., VIII, 25.