CHAPITRE VIII.

Qu'il faut s'anéantir soi-même devant Dieu.

1. LE F. _Je parlerai au Seigneur mon Dieu, bien que je ne sois que

cendre et poussière_[201]. Si je me crois quelque chose de plus, voilà

que vous vous élevez contre moi; et mes iniquités rendent un témoignage

vrai, et que je ne puis contredire.

[201] Gen., XVIII, 27.

Mais si je m'abaisse, si je m'anéantis, si je me dépouille de toute

estime pour moi-même, et que je rentre dans la poussière dont j'ai été

formé, votre grâce s'approchera de moi, et votre lumière sera près de

mon coeur; alors tout sentiment d'estime, même le plus léger, que je

pourrais concevoir de moi, disparaîtra pour jamais dans l'abîme de mon

néant.

Là, vous me montrez à moi-même, vous me faites voir ce que je suis, ce

que j'ai été, jusqu'où je suis descendu: _car je ne suis rien, et je ne

le savais pas_[202].

[202] Ps. LXXII, 22.

Si vous me laissez à moi-même, que suis-je? rien qu'infirmité; mais, dès

que vous jetez un regard sur moi, à l'instant je deviens fort, et je

suis rempli d'une joie nouvelle.

Et certes, cela me confond d'étonnement que vous me releviez ainsi tout

d'un coup, et me preniez avec tant de bonté entre vos bras, moi toujours

entraîné par mon propre poids vers la terre.

2. C'est votre amour qui opère cette merveille, qui me prévient

gratuitement, qui ne se lasse point de me secourir dans mes nécessités,

qui me préserve des plus grands périls, et, à vrai dire, me délivre de

maux innombrables.

Car je me suis perdu en m'aimant d'un amour déréglé; mais en ne

cherchant que vous, en n'aimant que vous, je vous ai trouvé, et je me

suis retrouvé moi-même, et l'amour m'a fait rentrer plus avant dans mon

néant.

Ô Dieu plein de tendresse! vous faites pour moi beaucoup plus que je ne

mérite, et plus que je n'oserais espérer ou demander.

3. Soyez béni, mon Dieu, de ce que, tout indigne que je suis de recevoir

de vous aucune grâce, cependant votre bonté généreuse et infinie ne

cesse de faire du bien même aux ingrats, et à ceux qui se sont le plus

éloignés de vous.

Ramenez-nous à vous, afin que nous soyons reconnaissants, humbles,

fervents, parce que vous êtes notre salut, notre vertu et notre force.

L'imitation de Jésus-Christ Traduction nouvelle avec des réflexions à la fin de chaque chapitre · 第 139 / 453 题