Qu'il faut s'anéantir soi-même devant Dieu.
1. LE F. _Je parlerai au Seigneur mon Dieu, bien que je ne sois que
cendre et poussière_[201]. Si je me crois quelque chose de plus, voilà
que vous vous élevez contre moi; et mes iniquités rendent un témoignage
vrai, et que je ne puis contredire.
[201] Gen., XVIII, 27.
Mais si je m'abaisse, si je m'anéantis, si je me dépouille de toute
estime pour moi-même, et que je rentre dans la poussière dont j'ai été
formé, votre grâce s'approchera de moi, et votre lumière sera près de
mon coeur; alors tout sentiment d'estime, même le plus léger, que je
pourrais concevoir de moi, disparaîtra pour jamais dans l'abîme de mon
néant.
Là, vous me montrez à moi-même, vous me faites voir ce que je suis, ce
que j'ai été, jusqu'où je suis descendu: _car je ne suis rien, et je ne
le savais pas_[202].
[202] Ps. LXXII, 22.
Si vous me laissez à moi-même, que suis-je? rien qu'infirmité; mais, dès
que vous jetez un regard sur moi, à l'instant je deviens fort, et je
suis rempli d'une joie nouvelle.
Et certes, cela me confond d'étonnement que vous me releviez ainsi tout
d'un coup, et me preniez avec tant de bonté entre vos bras, moi toujours
entraîné par mon propre poids vers la terre.
2. C'est votre amour qui opère cette merveille, qui me prévient
gratuitement, qui ne se lasse point de me secourir dans mes nécessités,
qui me préserve des plus grands périls, et, à vrai dire, me délivre de
maux innombrables.
Car je me suis perdu en m'aimant d'un amour déréglé; mais en ne
cherchant que vous, en n'aimant que vous, je vous ai trouvé, et je me
suis retrouvé moi-même, et l'amour m'a fait rentrer plus avant dans mon
néant.
Ô Dieu plein de tendresse! vous faites pour moi beaucoup plus que je ne
mérite, et plus que je n'oserais espérer ou demander.
3. Soyez béni, mon Dieu, de ce que, tout indigne que je suis de recevoir
de vous aucune grâce, cependant votre bonté généreuse et infinie ne
cesse de faire du bien même aux ingrats, et à ceux qui se sont le plus
éloignés de vous.
Ramenez-nous à vous, afin que nous soyons reconnaissants, humbles,
fervents, parce que vous êtes notre salut, notre vertu et notre force.