M. le professeur Berthelemy donne cet exemple:

«Un paysan se fait confier trente enfants. Il les place chez des

cultivateurs. Ils y restent et gagnent leur vie, ou bien ils s’évadent

et vont chercher fortune en vagabondant. Peu importe, notre paysan

délégué par le tribunal touche par mois 2.250 francs sans se soucier le

moins du monde de ses trente protégés.»

Et l’éminent doyen de la Faculté de Droit de Paris, ajoute:

--De grands patronages ont ainsi des milliers d’enfants sous leur

contrôle. Ils touchent des centaines de mille francs pour un service

nul... et songent, sans apercevoir le bouffon de leur rôle, à construire

de nouvelles maisons de réforme pour remplacer celles que la conséquence

du régime est de supprimer.

* * * * *

Ni maisons de correction, ni patronages.

L’État a un double devoir à remplir: de justice et de prévoyance

sociale.

Les enfants, matériellement ou moralement abandonnés, sont à lui; il est

leur tuteur, il les appelle _ses pupilles_, il doit les élever avec

dignité, non pas dans des prisons, mais dans des écoles.

Je sais bien que les mots «maisons correctionnelles» ont été effacés sur

les portes. Il faut maintenant raser les murs.

Je n’ai pas la prétention de résoudre hâtivement un tel problème. Mais

il faut créer de vraies institutions professionnelles dont l’instruction

secondaire ne sera pas exclue, remplacer les surveillants par des

répétiteurs ou des chefs d’ateliers, donner à ces pauvres petits qui ne

sont pas coupables, la discipline douce et le régime confortable de nos

lycées.

Les crédits nécessaires à la suppression du bagne seront gaspillés si

l’on ne trouve dans le même moment d’autres crédits pour supprimer

l’école du bagne.

Les enfants de Caïn · 第 55 / 64 题