C’est l’Amour, qui flotte dans l’air à la ronde
C’est l’Amour, qui console le pauvre monde,
C’est l’Amour, qui donne à chacun la gaieté,
C’est l’Amour, qui nous rendra la liberté!...
Quand il eut terminé, il frappa dans ses mains:
--Je propose un ban.
Cette fois la joie déborda, les figures sournoises s’étaient épanouies,
la petite Loutel, bien après les autres, continuait à pouffer dans son
tablier, et Germaine Simon qui n’en pouvait plus, s’oublia jusqu’à crier
tout fort:
--C’est bath!...
Dans l’étouffante prison, une fenêtre s’était ouverte. On venait de
recevoir une bouffée de bon air.
Alors M. Blond devint sérieux, fit un signe et réclama le silence:
* * * * *
--Mes enfants, dit-il, il ne faut pas vous cacher pour chanter de belles
chansons. Celle-ci est de circonstance... Est-ce que vous ne sentez pas
flotter «dans l’air à la ronde», un peu de mon affection pour vous...
Est-ce que je ne vous aime pas?... Est-ce que vous ne voulez pas un peu
m’aimer?
«Et vos «dames» elles ont un cœur comme vous, comme moi... Leur vie
n’est pas beaucoup plus agréable que la vôtre.
«Au fond, tous ici, nous sommes du «pauvre monde». «C’est l’amour» qui
doit nous aider à supporter les petites misères. Il vaudrait mieux se
trouver dans sa famille. Je voudrais être un peu votre père pour vous
consoler.
«Vous venez de rire, tout à l’heure, je veux vous voir rire souvent. On
est triste quand on se déteste; «c’est l’amour qui donne à chacun la
gaîté».
«Vous n’êtes pas ici pour toujours, mais il ne faut pas, quand vous
sortirez, emporter des mauvais souvenirs, il ne faut pas que vous ayez
des révoltes ou des rancunes... Vous feriez du mal et l’on vous en
ferait. Tout peut s’arranger dans la vie avec un peu de bonne volonté...
On trouve encore de braves garçons pour épouser de braves filles...
«C’est l’amour qui vous rendra la liberté».
Ainsi M. Blond commenta les _Saltimbanques_.
* * * * *
Un jour, M. Blond qui venait du bagne, reçut une nouvelle affectation.
Ce fut un deuil... Dans la cour, plus de jeux, plus de chansons...
L’une pleurait, les autres pleuraient, c’était contagieux. Louise Biron
et Mathilde Évain, qui veulent toujours se distinguer, montèrent sur le
glacis--la muraille est haute de huit mètres. Elles se précipitèrent
dans le fossé.
* * * * *
Puis M. Poupard est venu. Il n’y a pas de chagrins éternels.
Il faudra surveiller les glacis lorsque M. Poupard partira.