Devant le grand bateau planté sur un socle de ciment au milieu de la
cour, M. Marquette m’a expliqué:
--C’est l’ancien bateau-école _La-Ville-du-Palais_. Il ne sert plus et
n’est plus qu’un symbole, une sorte d’enseigne de la colonie maritime.
--Il sert encore, me dit Coutanzeau, il sert pour apprendre le règlement
de marin, le règlement des feux, le compas... Il y en a qui ne veulent
rien comprendre au compas. Alors on vous fait grimper là-haut sur la
plus haute vergue, sur le perroquet, on vous y attache et l’on attache
le compas devant vous.
«C’est en plein hiver, par vent nord-est.
«Au bout de deux heures, vous avez compris.»
_La-Ville-du-Palais_ n’est plus qu’un symbole.
Mais Coutanzeau m’affirme encore qu’on y fait le «tour des barres».
--Il y a deux échelles de corde qui conduisent au perroquet, l’une à la
poupe, l’autre à la proue. Vous placez trois chefs de hune, ou de série,
armés d’une garcette: l’un sur le pont au bas de l’échelle, l’autre à
mi-hauteur, le troisième sur le perroquet. Vous enlevez vos sabots et
vous grimpez nu-pieds. Le premier chef de hune vous donne un coup de
garcette sur les orteils pour le départ, le second vous stimule en vous
cinglant les chevilles, le troisième vous fait redescendre de la même
façon. Vous recommencez cela vingt, trente fois, le plus vite possible!
--Les chefs de hune sont des surveillants?
--Non, monsieur, ce sont des pupilles comme nous...