--La corvée de sable est très hygiénique.
Mais Coutanzeau m’a affirmé qu’il aimait encore mieux le «bal».
--Vous traversez le terrain militaire et vous descendez à la côte. La
route passe par un tunnel creusé sous les rochers; il y a un escalier
d’une cinquantaine de marches.
«En bas, vous remplissez votre sac de sable ou de galets--trente kilos
environ--vous le chargez sur l’épaule et vous montez... Les cinquante
marches surtout sont longues à grimper; on a les épaules rouges.»
Coutanzeau ajoute:
--Je préfère le «bal» au sable, mais je préfère le «sable» à l’«eau».
--A l’eau?
--On porte des baquets d’eau du puits au lavoir, les baquets sont
lourds, ils ont des anses fines qui vous coupent les mains. En plein
hiver on en pleure.
«Avec Thémistocle, ce n’était pas drôle. Un jour, pendant la corvée,
j’avais simplement détourné la tête pour communiquer avec un camarade.
C’est défendu. Thémistocle m’a laissé porter mon baquet jusqu’au bout,
sans me faire une observation. Mais arrivé au lavoir, il m’a saisi par
le cou et m’a plongé dans le bassin. C’était en janvier; j’ai gardé mes
vêtements mouillés toute la journée...
--Pourtant, Coutanzeau, vous avez bonne mine...
--Oui, ça ne va pas mal... et vous?