EXPERIENCE II.

LE quatriéme Juin je reïteray la mesme Experience, & je ne pris que

6-1/2 onces de charbon, mais je poussay la chaleur en soufflant; En

sorte qu'une goutte d'eau s'exhalloit en moins de deux secondes, &

il ne resta pas tout à fait une demie once de charbon qui ne fust

consumée; la pression êtoit un peu plus grande, que dans l'experience

precedente; Je laissé encore êteindre le feu de luy-mesme, comme

l'autre fois; cependant quoy que la quantité de charbon eût cette fois

esté moindre la viande se trouva plus brûlée que l'autre à cause, comme

je croy, que le feu avoit esté poussé tout vivement.

_EXERCICE III._

LE sixiéme Juin, je reïteray la mesme Experience, & je ne mis que cinq

onces de charbon, & je ne poussay le feu que jusques à faire exhaler

la goutte d'eau en quatre secondes, la pression interieure comme

auparavant, & alors le mouton se trouva fort bien cuit & les os mols,

& le suc vint en une forte gelée. De sorte que depuis ce temps-là

ayant eu diverses fois du mouton à faire cuire, j'ay toûjours gardé

cette mesme regle, & je n'ay jamais manqué à avoir mon mouton dans

ce mesme êtat que je croy être le meilleur, parce que si la cuisson

êtoit moindre, les os ne seroient pas bons, & si la cuisson êtoit plus

grande, la gelée estant moins forte, seroit aussi moins nourrissante;

Je ne pretends pourtant pas dire, que la perfection en cette rencontre

n'ait point d'étenduë, & je croy qu'on pourroit cuire le mouton

considerablement davantage sans que pour cela il fût gâté, mais j'aime

toûjours mieux manquer dans le deffaut, que dans l'excez parce que si

on le fait trop cuire, il n'y a plus de remede; au lieu que si quelque

morceau d'os se trouve n'être pas assez cuit, il est facile de le

remettre avec une autre potée!

_EXPERIENCE IV._

LE deuxiéme Juin je fis l'experience avec de la poitrine de bœuf, &

je pris 7. onces de charbon; je poussay le feu jusques à faire exhaler

la goute d'eau en trois secondes, & la pression du dedans êtoit environ

neuf fois plus forte que la pression ordinaire de l'air, le charbon qui

resta sans être consumé pezoit environ 3/4 d'onces, & le bœuf se

trouva fort bien cuit, il y avoit pourtant quelques endroits des os qui

n'êtoient pas tout à fait bien cuits, je ne conseillerois pourtant pas

de donner plus de feu que cela au bœuf, parce qu'il est toûjours

bien aisé de recuire les os, j'ay mesme bien des fois mieux aimé ne

faire cuire la viande qu'autant qu'il est necessaire pour la separer

facilement des os, parce qu'en suite on peut faire cuire les os à part

sans aucun danger, comme on le pourra voir par les experiences qui

suivent.

_EXPERIENCE V._

LE douziéme Juin je mis cuire du bœuf & du mouton ensemble, & je n'y

employay que 3. onces de charbon, je poussay le feu assez vivement,

& pourtant je ne pus faire que trois pressions au plus dans le bain

Marie, & la chaleur ne parvint qu'à faire exhaler la goutte d'eau

en 90. secondes; les vaisseaux etans presque refroidis, je trouvay

le mouton assez cuit au gré de bien des gens, mais pour le bœuf

asseurement tout le monde l'auroit trouvé trop dur; le suc qui en

sortit ne tourna point en gelée, quoy que je n'y eusse point mêlé d'eau.

Je croy que le peu de pression & de chaleur en ce rencontre ne vint pas

tant de manque de charbon que de ce que le bain Marie n'estoit pas bien

ajusté, car j'ay remarqué depuis que _tant plus il est fermé, & tant

plus il requiert de chaleur, avec mesme quantité de charbon_.

Le 13. Juin je reïteray la mesme experience, & je mis dans la marmitte

une partie de viande cruë, & une partie de viande cuite, le jour

precedent je ne pris que 4. onces de charbon, & ayant poussé le feu le

plus vivement qu'il me fût possible, je ne pus faire la pression dans

le bain Marie qu'environ cinq fois plus forte que la pression ordinaire

de l'air; la chaleur aussi ne parvint qu'à faire exhaler la goute d'eau

en 40. secondes, le charbon qui resta sans être consumé ne pesoit

que 2. drachmes, & la viande se trouva parfaitement cuitte & tendre,

mais tous les os n'êtoient en aucune façon amollis, quoy que ceux qui

avoient déja esté cuits le jour precedent eussent esté exposez au feu

de 7. onces de charbon, 3. le premier jour, & quatre le second jour.

Le 15. Juin je reïteray la mesme experience, en mettant dans la marmite

une partie de la viande qui avoit déja esté cuitte deux fois, &

aussi de la viande cruë, j'y employay 5. onces de charbon, mais je

poussay le feu si lentement que la chaleur ne fut point assez grande

pour faire exhaler la goutte d'eau en moins de deux minutes ou 120.

secondes; aprés que le feu fût êteint, je trouvay que ma viande estoit

bien cuite, & que celle qui avoit esté exposée au feu de 12. onces de

charbon êtoit encore fort bonne sans empyreume, & les os point amollis;

ainsi je trouvay qu'il estoit bien facile de cuire la viande sans les

os, puis qu'on pouvoit la laisser au feu trois fois aussi long-temps

qu'il estoit necessaire, sans que pourtant elle commmençast à se

brûler.

_EXPERIENCE VI._

JE fis en suite la mesme experience sur les os, & le 16. Juin je pris

les os de cette viande qui avoit ainsi esté cuitte trois fois plus

long-temps qu'il n'estoit necessaire, & les ayans mis dans une marmitte

de verre avec de la graisse de mouton cuitte, & toute pure, je les

enfermay dans le bain Marie; & ayant poussé la chaleur jusqu'à faire

exhaler la goute d'eau en 4. secondes, & la pression neuf fois plus

forte que la pression ordinaire de l'air, j'esteignis bien-tost le feu,

& les os se trouverent cuits.

Je remis une seconde fois ces mesmes os dans la mesme marmitte de verre

avec la mesme graisse, & j'y ajoûtay un nouveau morceau d'os, qui

n'avoit jamais esté cuit, & y ayant donné le feu comme auparavant, je

trouvay que le nouveau morceau d'os estoit bien cuit, & le reste point

gâté.

Le 17. Juin je remis encore les mesmes os, dans la mesme marmitte avec

la mesme graisse, & encore un autre morceau d'os qui n'avoit point esté

cuit; & ayant donné le feu comme auparavant, je trouvay encore mon

nouveau morceau d'os fort bien cuit, & le reste point gâté.

Je reïteray encore la mesme experience avec les mesmes os & la mesme

graisse, mais cette derniere fois je donnay le feu, & plus fort & plus

long temps; & il arriva que les premiers os étoient presques tout en

poussiere, & sentoient le brûlé; qui ne paroissoit pourtant pas si

desagreable que celuy de la viande l'est d'ordinaire: pour ce qui

est de la graisse, elle n'avoit pas un fort bon goust, elle estoit

seulement plus molle que d'autre graisse qui n'avoit esté cuite qu'une

fois; je ne sçay pas si à force de la faire cuire on pourroit luy faire

changer de nature: mais ie croy qu'il y faudroit plus de temps que ie

n'y en pouvois donner.

Les trois premieres cuissons rapportées dans cette experience me firent

voir que les os aussi bien que la viande se peuvent cuire trois fois

aussi long-temps qu'il est necessaire sans danger de se brûler, & ainsi

il est clair qu'en les faisant ainsi cuire separément les personnes les

moins capables d'exactitude pourront en venir à bout.

_PROPRIETEZ._

IE ne veux pas passer plus loin sans faire remarquer, que dans la 5.

experience des os qui avoient esté exposez au feu de 12. onces de

charbon ne paroissoient point amollis, quoy que 5. onces de charbon

puissent suffire pour cét effet; cela fait voir que ce ne seroit rien

de peser le charbon à moins de prendre garde en mesme temps de quelle

maniere on pousse le feu: car on seroit toûjours en danger d'avoir la

viande ou trop, ou pas assez cuite, & on peut compter cecy pour une

proprieté de cette Machine, que _plus on donne le feu à coup, plus il

fait d'effet, avec la mesme quantité de charbon_.

Cette experience me donna envie d'en faire voir un autre, afin de

faire voir manifestement que la pression interne avance beaucoup en

cuisson. Je pris donc deux petits vaisseaux tout à fait pareils bien

fermez à vis; mais dont l'un estoit exactement soudé par tout, &

l'autre avoit un petit trou au couvercle pour laisser échapper les

vapeurs; les ayant tous deux mis ensemble sur un mesme Bain de sable,

apres les avoir remplis de viande & d'eau de la mesme maniere, Je les

laissay à mesme chaleur pendant trois quarts d'heure, & les ayant ôtez

tous deux ensemble, je trouvay que la viande qui avoit esté exactement

fermée estoit plûtôt trop, que pas assez cuite, au lieu que l'autre

êtoit de beaucoup trop cruë; On peut donc encore compter cecy par une

des proprietez de cette Machine, que, _plus la pression interieure est

grande, & plus les choses s'y cuisent, dans le même temps & avec la

même chaleur_.

_EXPERIENCE VII._

AYant trouvé de la difference entre la chair de bœuf & celle de

mouton, l'une êtant plus facile à cuire que l'autre; Je voulus voir

s'il y en auroit aussi entre les chairs de mesme espece, mais de

differends âges; Pour ce dessein le 4. de Juillet ie pris de l'agneau,

& en mis dans deux verres, dans l'un desquels ie mis de l'eau, & comme

il ne m'avoit fallu que 5. onces de charbon pour cuire le mouton, ie

n'en pris que quatre 1/2 pour l'agneau, croyant qu'il devoit être plus

tendre, ie poussay le feu le plus vivement que ie pus, & ie ne pus

faire que la goute d'eau s'évaporast en moins de 11. ou douze secondes,

la pression interieure êtoit huit fois plus forte que la pression

ordinaire de l'air; J'attribuë ce peu de chaleur en partie à ce que

mon charbon avoit esté déia la plûpart allumé & êteint, le feu s'êtant

êteint peu à peu; Je trouvay qu'il ne restoit qu'une drachme de charbon

qui n'eust pas esté consumée dans le verre sans eau les os n'estoient

point amollis, sinon quelque petites extremitez: mais dans le verre

avec de l'eau ils êtoient tout à fait mols, aussi il s'en falloit

beaucoup que la viande n'y fust d'un goût si relevé que dans l'autre

verre.

Cette experience me fit iuger 1º. Qu'il ne faudroit gueres moins de feu

pour les os des animaux jeunes, que pour les vieux. 2º. Que l'eau est

un dissolvant propre pour ramolir les os, mais qu'elle oste du goût.

La maniere d'amolir les os, et de faire cuire toutes sortes de viandes en fort peu de temps, & à peu de frais. · 第 12 / 31 题