MON GÉNÉRAL,

«Je m'empresse de vous rendre compte que la ville de Gênes ne

sera évacuée que le 24 du courant. J'ai vu le général

Hohenzollern, qui m'a dit avoir reçu de M. de Mélas ordre de

remettre la ville et les forts de Gênes aux troupes françaises,

avec les munitions et artillerie convenues, le 24 juin, à quatre

heures du matin. Il m'a assuré, d'une manière à n'en pas douter,

que les ordres qu'il avait reçus seraient exécutés par lui, avec

toute l'exactitude et la loyauté possibles, quoiqu'il ne se soit

pas caché du mécontentement qu'il éprouve de la convention, dont

Mélas ne lui a pas donné connaissance.

«Vous pouvez donc être tranquille sur son compte, ainsi que sur

celui des Anglais qui, dès hier, étaient prêts à mettre à la

voile, mais qui s'en vont de fort mauvaise humeur: ils avaient la

prétention de s'emparer de toutes les munitions et de

l'artillerie; mais M. Hohenzollern s'y est opposé, et a même fait

marcher deux bataillons pour l'empêcher. Nous ne pouvons que nous

louer de sa franchise et de sa loyauté, et les Génois eux-mêmes

n'ont eu contre lui aucun motif de plaintes.

«Les Anglais enlèvent tout le grain qui n'est pas débarqué:

soixante mille charges de blé vont sortir de Gênes, pour

retourner à Livourne, quoique les négociants aient offert six

francs de gratification par charge. Cette fois, le dépit des

Anglais l'a emporté sur leur cupidité; et lord Keith a déclaré

qu'il allait recommencer, plus strictement que jamais, le blocus

du port et de la rivière, pour se venger sur cette ville

innocente de nos victoires.

«Hier, le général Willot s'est embarqué avec un corps formé de

quelques aventuriers, et payé par l'Angleterre. Pichegru était

attendu incessamment: c'est du comte de Bussy que je le tiens.

Gênes a été imposée à un million de contributions, en a déja payé

deux cent mille francs.

«La ville a cruellement souffert, et cependant elle a conservé de

l'attachement pour les Français. Dès que la convention a été

connue, le peuple a voulu reprendre la cocarde; il en est

résulté quelques rixes qui ont été apaisées: la cocarde a été

permise aux officiers de ligne.»

Salut et respect.

_Signé_, KELLERMAN.

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Mémoires pour servir à l'Histoire de France sous Napoléon, Tome 1/2 écrits à Sainte-Hélène par les généraux qui ont partagé sa captivité · 第 26 / 109 题