La célèbre bataille de Marengo vient d'entraîner la conclusion
d'une convention entre les généraux et chefs Berthier et Mélas,
approuvée par le premier consul Bonaparte. Elle porte en
substance: «Qu'il y aura armistice et suspension d'hostilités
entre l'armée impériale et celle de la république française, en
Italie, jusqu'à la réponse de Vienne; que les hostilités ne
peuvent recommencer sans s'être prévenus dix jours à l'avance.
«Que l'armée autrichienne se retirera derrière l'Oglio et sur la
rive gauche du Pô; que les Français prendront de suite possession
des places de Tortone, d'Alexandrie, du château de Milan, de la
citadelle de Turin, de Pizzighottone, d'Arona et de Plaisance; et
que la place de Coni, les forteresses de Ceva et Savone, la ville
de Gênes, seront remises à l'armée française, du 16 au 24 juin,
ou 27 prairial au 5 messidor.
«Le fort Urbin, le 26 juin, ou 7 messidor.
«Que les individus qui auraient été arrêtés dans la république
cisalpine, pour opinions politiques, et qui se trouveraient
encore dans les forteresses occupées par les troupes impériales,
seront sur-le-champ relâchés.
«Qu'aucun individu ne pourra être maltraité pour raison de
services rendus à l'armée autrichienne, ou pour opinions
politiques.
«Chargé par le général en chef Masséna, de conduire les troupes
françaises dans votre capitale, j'y entre avec la ferme volonté
de faire respecter les personnes et les propriétés, de protéger
votre culte et ses ministres, d'empêcher toute vengeance
particulière....
«Habitants des vallées de Fontana-Bona, de la Polcevera et de
Bisagno, retournez dans le sein de vos familles; allez cueillir
vos moissons, déposer des armes que vos pères n'eussent jamais
tournées contre des Français; et désormais soumettez-vous aux
lois; méfiez-vous de ces brigands sans patrie, qui ont troublé
votre repos et égaré vos bras: le général en chef vous promet
oubli du passé.
«Peuple de la Ligurie, le génie du premier consul, Bonaparte, de
ce héros du monde, veille désormais sur les destinées de
l'Italie. Encore une fois, la victoire fidèle à ses armes, vient
de lui en ouvrir les portes: il y fixera le bonheur et sans doute
la paix. La Ligurie entière sera libre sous peu de jours. Que le
bienfait qui vous est encore offert par une nation généreuse,
soit apprécié et vous rende à toutes vos vertus.
«Habitants de Gênes, la paix est prête à cicatriser toutes vos
plaies: les ravages de la guerre, les souffrances d'un blocus qui
vous honore, seront bientôt oubliés.
«Le général en chef Masséna, les soldats qu'il commande, et qui
ont déployé, sous nos yeux, tant de bravoure et de fermeté, ont
partagé vos privations, ont été témoins de vos souffrances; ils
le publient déja à l'Europe étonnée de votre constance.
«Ne vous alarmez pas, Liguriens, des mesures de ces insulaires
accoutumés à violer tous les traités, qui n'ont pour dieu que le
crime, et pour but, que ruine et destruction. La victoire et les
Français vous offrent et vous assurent l'abondance: les plaines
du Piémont, celles de la Cisalpine, sont chargées d'une récolte
superbe. Encore quelques jours, et la rage des Anglais sera, de
nouveau, aussi impuissante que leurs tentatives sur le continent
méprisées.»
_Signé_, LOUIS-GABRIEL SUCHET.
* * * * *
KELLERMAN, _général de brigade_,
_Au général Dupont, chef de l'état-major-général_.
Au quartier-général, le 3 messidor an VIII.