«Les rapports qu'on me fait m'annoncent que votre patience et
votre courage s'éteignent, qu'il s'élève quelques plaintes et
quelques manoeuvres dans vos rangs, que quelques-uns d'entre vous
désertent à l'ennemi, et qu'il se forme des complots pour
exécuter, en troupes, des desseins aussi lâches.
«Je dois vous rappeler la gloire de votre défense dans Gênes, et
ce que vous devez à l'accomplissement de vos devoirs, à votre
honneur et à votre délivrance qui ne tient plus qu'à quelques
jours de persévérance.
«Que la conduite de vos généraux et de vos chefs soit votre
exemple: voyez-les partager vos privations, manger le même pain
et les mêmes aliments que vous; songez encore que, pour assurer
votre subsistance, il faut veiller le jour et la nuit. Vous
souffrez de quelques besoins physiques; ils souffrent ainsi que
vous, et ont, de plus, les inquiétudes de votre position.
N'auriez-vous fait, jusqu'à ce jour, tant de sacrifices, que pour
vous abandonner à des sentiments de faiblesse ou de lâcheté?
cette idée doit révolter des soldats français.
«Soldats, une armée, commandée par Bonaparte, marche à nous; il
ne faut qu'un instant pour nous délivrer; et, cet instant perdu,
nous perdrions avec lui tout le prix de nos travaux, et un
avenir de captivité et de privation bien plus amère s'ouvrirait
devant vous.
«Soldats, je charge vos chefs de vous rassembler, et de vous lire
cette proclamation; j'espère que vous ne donnerez pas à ces
braves, si respectables par leur vertu, et dont le sang a coulé
si souvent, en combattant à votre tête; à ces braves qui ont
toute mon estime, et qui méritent toute votre confiance, la
douleur de m'entretenir de nouvelles plaintes, et à moi celle de
punir.
«L'honneur et la gloire furent toujours les plus puissants
aiguillons des soldats français, et vous prouverez encore que
vous êtes dignes de ce titre respectable.»
«Cette proclamation sera mise à l'ordre, et lue à la tête des
compagnies.
_Signé_, MASSÉNA.
* * * * *
SUCHET, _lieutenant du général en chef_,
_Aux habitants de la Ligurie._
Au quartier-général de Conegliano, le 5 messidor an VIII de la
république.