* * *
Un jour, la goëlette de guerre en question était tombée dans une anse
sur une flottille de bateaux de pêche terre-neuviens installés chez
nous. Vainement elle avait tenté de les expulser au nom des traités. Les
délinquants auxquels les proportions de la goëlette n'en imposaient pas,
inventaient mille mauvais prétextes pour ne point partir. Si bien que le
commandant de la _Canadienne_ à bout d'arguments avait dû céder la
parole à ses canons.
Et la morue de décamper, entraînant derrière elle ses frères de la
côte.
On peut se faire maintenant une idée de ce qu'il faut à la fois de tact,
d'énergie et de modération au capitaine de vaisseau qui reçoit,
d'ordinaire pour trois ans, le commandement de la station de
Terre-Neuve.
La _Clorinde_ arrive en juin et repart vers la fin de septembre. Tout
cet intervalle se passe en surveillance le long des côtes du French
shore; elle ne laisse guère rouiller ses ancres dans le port de
Saint-Jean.
Cette année-là elle a tout de suite commencé son inspection dans le
nord, et elle n'est redescendue dans notre rade qu'en fin juin. De
nouveau elle est prête à retourner sur les lieux de pêche français, et,
en attendant qu'elle revienne nous dire adieu, je vais de nouveau me
remettre à vivre de la vie des Terre-Neuviens et faire en sorte de
m'intéresser à leur genre d'existence.