—pour que tu t'amuses ainsi à frapper sur nos amis? Ou veux-tu

propager le scepticisme et le découragement dans notre parti? Si

c'est cela, il m'est impossible de te suivre.

2º Quel besoin as-tu de renseigner bénévolement les journaux

bourgeois et les gros bonnets universitaires sur la personnalité

de —. Vous permettez que je passe le nom?

—Provisoirement nous te le permettons. Nous te requérons de continuer.

—Mettons: sur la personnalité de celui de nos camarades qui

signe _un universitaire à la Petite République_. En écrivant que

ce rédacteur appartient à une promotion de deux ans plus ancienne

que toi, en ajoutant qu'il est en congé à Paris, tu le désignes

très clairement.

Qu'est-ce aussi que les conseils—pires que des critiques—que tu

te plais à lui donner? Veux-tu à l'avance affaiblir l'autorité de

ses articles auprès des lecteurs de _la Petite République_? Je

remarque encore que cette rage d'indiscrétion et de censure ne

peut faire que les affaires de nos adversaires.

3º La plupart des lettres que tu insères n'ont d'intérêt que pour

toi, puisqu'elles ne contiennent que des réserves à ton adresse

ou des conseils.

4º A quoi bon revenir longuement sur le _Journal d'une femme de

chambre_ et donner à cette ordure les proportions d'un événement?

Tout ce que tu publies aujourd'hui a déjà été dit la dernière

fois. Ce n'est que du réchauffé.

5º Les annonces de l'_école des hautes éludes sociales_,

occcupent 15 pages de ton cahier!

—Il pouvait dire _seize_.

—Il y en a seize.

—Nous te requérons de continuer et de finir.

—de ton cahier! Cette publication n'a aucune utilité, ni pour

les lecteurs de province qui n'iront jamais à cette école, ni

pour les lecteurs du Paris qui ont pu lire ces affiches sur tous

les murs. Ne pouvais-tu remplir ces 15 pages par quelque chose de

plus utile, par une critique d'un abus dont nous souffrons, par

exemple?

6º L'amplification de Boutroux est parfaitement insignifiante,

quand elle n'est pas infectée d'esprit métaphysique et bourgeois.

En résumé, je ne trouve dans ce cahier rien qui pût aider en

quelque façon la propagande socialiste, rien qui pût faire

l'éducation socialiste de tes lecteurs. J'y trouve en revanche

des attaques toujours déplacées, souvent injustes, contre

des camarades dont j'ai appris à apprécier la bonne foi, le

dévouement, la continuité dans l'effort vers l'émancipation de

l'humanité. J'y trouve l'expression de secrètes rancunes, qu'il

faut savoir sacrifier au bien général. J'y retrouve ce ton de

persiflage, ce dilettantisme que—

—Nous te donnons ma parole, dirent en même temps Baudouin et Deloire,

que ce soir ils ne diront pas que tu es un dilettante. Mais nous te

requérons de finir.

—ce dilettantisme que je t'ai déjà reproché, en d'autres

occasions. Je n'y trouve pas cette vigoureuse critique de la

société capitaliste que j'attendais. Je n'y trouve pas cette

sommation adressée aux bourgeois de redevenir hommes. Je n'y

trouve pas surtout ces chaudes paroles d'encouragement répandues

sur les bonnes gens de province qui luttent, solitaires, contre

l'oppression qui les étreint.

Enfin, alors que nous n'avons pas trop de tous nos efforts, et

de nos maigres ressources pour combattre les forces du passé,

plus menaçantes que jamais, tu nous annonces que tu vas publier

des _romans_! des romans, comme si la réalité n'était pas assez

tragique et que nous avions—

—_Ayons?_

—_avions_ le temps de nous intéresser à des fioritures de

phrases et à des divertissements d'esthètes!

—Il faut: comme si la réalité n'était pas — — et comme si nous

avions — — — ou bien: comme si la réalité n'était pas — — et

que nous ayons. Ce n'est pas la fioriture d'esthètes, mais bonne

et grosse grammaire française. Avez-vous bientôt fini?

—Je ne me flatte pas de te convaincre. Je crains que tu n'aies

ton siège fait. Mais je te préviens que si ton prochain cahier

doit ressembler au précédent, il est inutile que tu me l'envoies.

J'écris cette lettre pour toi et non pour tes lecteurs. Je ne

veux donc pas que tu la publies.

—Cela est raide. Nous verrons ce que nous y dirons, A-t-il fini?

—Ton ami qui regrette que tu fasses un si mauvais usage de tes

qualités naturelles.

Vous permettez que je passe la signature?

—Provisoirement nous vous le permettons. Ensuite?

—Le troisième cahier descendait des compositeurs aux imprimeurs quand

me parvint le deuxième désabonnement.

—Nous vous requérons de lire cette lettre. Nous laisserons tout

passer sans interruption.

—Elle est plus courte.

Paris, vendredi 14 décembre 1900

Mon cher Péguy

Je ne veux plus recevoir les _Cahiers de la Quinzaine_, pour les

raisons que voici:

1º Je ne crois pas que les romans annoncés constituent une

propagande effective.

2º Le ton général des cahiers est, de plus en plus, un ton

de dilettantisme. Peu de place est donnée aux questions qui

importent; trop de place est donnée à des incidents, à des

impressions particulières; et c'est plutôt une espèce de

littérature qu'une espèce de propagande.

3º Il est bon de ne pas être aveuglé sur les défauts et les

faiblesses de ceux qui se disent appartenir au même parti; mais

il n'est pas bon de rappeler avec une persistance implacable des

erreurs minimes, et de se taire sur les services incontestables.

4º Dans les premiers numéros, les dissidences qui se sont

produites à la Librairie étaient rappelées par des allusions qui

n'étaient pas trop disproportionnées avec les faits tels que tu

les concevais; même ainsi, elles étaient de médiocre intérêt

pour des lecteurs de campagne, pour des instituteurs, pour

des professeurs de province. Aujourd'hui tu parais commencer,

ou plutôt continuer une polémique de pures personnalités; tes

attaques contre Herr dépassent tout ce que, même dans ton

imagination, tu peux lui reprocher. Je ne veux m'associer, ni de

près ni de loin, à cette œuvre de désorganisation, pour laquelle

sont dépensées les cotisations que tu reçois, et que l'on t'offre

pour de tout autres combats. Même à l'époque où je ne te donnais

pas _tous_ les torts, j'étais avec ceux qui organisent le travail

contre ceux qui le désorganisent; aujourd'hui tu diminues même la

sympathie qui allait à ta personne.

Tout ce que j'espère, c'est que tu ne continueras pas dans cette

voie, et que nous te retrouverons avec nous, contre l'ennemi

commun, que tu sers aujourd'hui indirectement. CE JOUR-LA JE

SERAI HEUREUX DE TE REVOIR TEL QUE JE CROIS T'AVOIR CONNU.

Vous permettez que je passe la signature?

—Provisoirement nous le permettons.

—Mais il y a un _post-scriptum_.

P. S. Boutroux, que les _catholiques_ regardent comme un de leurs

meilleurs alliés, ne doit pas être à aucun degré, le _directeur_

de gens comme nous.

Pendant que j'avais lu, Pierre Baudouin mâchonnait les interruptions

qu'il m'avait promis qu'il ne ferait pas. Mais quand j'eus fini Pierre

Deloire me demanda froidement:

—C'est tout?

—Non. Celui de mes camarades qui fut pendant cinq bonnes années mon

ami le plus proche m'a écrit deux lettres qui m'ont fait beaucoup plus

de peine.

—Cela s'entend. Nous vous requérons de nous les lire.

—La première est brève:

Toulouse, lundi matin 28 novembre 1900

Mon cher Péguy

—Pour fixer les idées, je maintiens que si tu avais été au

comité général pour soutenir Jaurès et le père Longuet, tu

eusses dit à haute voix ce que tu sentais; je maintiens qu'il

eût mieux valu changer par une intervention active et réelle la

scène historique, que de l'idéaliser et de la conserver par une

reproduction typique et dramatique. Quoi qu'il en soit, je n'ai

pas renoncé.

Je passe le nom. Vous le connaissez. La deuxième lettre est plus

longue:

Mardi 4 décembre 1900

Mon cher Péguy

Je me permets de te répéter que l'action me paraît plus

urgente que la critique, surtout que l'histoire immédiatement

post-contemporaine que tu annonces, pas assez contemporaine pour

diriger le mouvement, pas assez éloignée pour être vraiment de

l'histoire et pour être de nouveau intéressante.

Si tu savais combien l'énorme masse est indifférente à tout cela,

surtout l'énorme masse des professeurs, auxquels tu t'adresses,

et qui sont, en grande majorité, réactionnaires bourgeois et

cléricaux, et dont les 99/100 ne pensent qu'à leur métier, leur

gagne-pain, leur avancement. S'il y en a par-ci par-là un qui

partage nos idées—ou qui s'en sert—, il peut d'abord être pour

nous plus gênant qu'utile, et en tout cas ne peut pas faire

grand chose, vu qu'il a assez à faire pour n'être pas déplacé

par les ennemis ou les défenseurs de la République. Autant que

je connais ton public, il n'y a pas beaucoup de tes lecteurs

qui ne regrettent pas leurs huit ou leurs vingt francs, qui les

intéressent plus que les divisions et les discussions entre

socialistes.

D'ailleurs tu es forcé dès maintenant de faire des concessions

à ton public: tu te lances bon gré mal gré dans la concurrence,

dans la réclame, directement ou par prétention, volontairement

ou non, mais fatalement. En annonçant la sténographie de

l'International, tu déprécies commercialement et moralement

l'analytique de la maison Bellais; en annonçant du Pressensé

et du Duclaux, tu fais concurrence au _Mouvement_. En d'autres

termes, ton _Cahier de la Quinzaine_ devient à la fois une revue

semi-mouvement semi-historique, et une Bibliothèque d'éditions

semi-socialiste semi-littéraire. Tu refais en abrégé la tentative

de la librairie.

Tu y perds—ou tu y consacres, c'est la même chose—ton temps,

tes forces, tu y épuises les forces de tes amis comme Bourgeois,

tu y perds ton crédit sur ceux de tes amis qui sont moins

immédiats et moins fidèles.

J'ai voulu, bien que je sache combien ce rôle de Cassandre est

ingrat, te dire encore ce que beaucoup pensent en moins bonne

part que moi. Je crois qu'il est toujours temps de s'arrêter ou

de changer de direction. Je te prie de croire d'ailleurs que je

ne demande qu'à être faux prophète, et qu'en tout cas je serai

toujours ton ami.

La même enveloppe contenait une feuille simple:

Mercredi 5, soir

Mon cher Péguy

Hier matin j'ai écrit d'un jet la lettre ci-jointe; à la

réflexion cela ne rend plus tout à fait ma pensée sur certains

points. D'autre part je n'y ai pas dit un avis qui me paraît

essentiel:

Il me paraît que tu dogmatises trop en ce sens que tu ériges

en types des individus souvent très particuliers, et surtout

insignifiants. Je crains que cela ne tienne à ce que connaissant

bien certains individus en nombre limité,—vivant peu d'autre

part en terrain varié soit dans les livres soit dans la

société,—tu as tendance à approfondir et à généraliser à la

fois. Par exemple je—

Mon ami ajoute ici en marge: tu simplifies et tu aggraves à la fois.

Et au bas de la page: cela va très bien pour Pascal, mais pour

d'autres——

Il continue: Par exemple je connais en province de variétés

nombreuses de guesdistes parmi lesquels de très bons,—tel

allemaniste pure crapule,—etc., des universitaires de valeur

très inégale et très différente de celle qu'on leur attribue

à Paris. Je crois que le mieux est d'entrer résolument dans

l'action qui seule dissipe les malentendus.

Maintenant il est entendu que tout cela n'est que précaution,

réserve, correction et qu'en discutant avec tel de tes

adversaires, je lui dirais bien des choses que tu me répondras

sans doute.

Crois-moi ton ami.

—Cette lettre, dit Pierre Deloire, me paraît d'un ami véritable.

—Est-ce tout? demanda Baudouin.

—C'est tout. J'ai un désabonnement sans explication. J'en attends

plusieurs, mais de gens que je ne connais pas.

—Eh bien je vous donne à présent ma parole que les cuistres qui

liront ce que je veux dire aujourd'hui ne vous écriront pas que nous

sommes un _dilettante_.

Je m'aperçus qu'une lente et profonde colère lui était montée. Mais

Pierre Deloire intervint froidement:

—Les dix francs, me dit-il, que je te donne chaque mois ne sont

pas levés sur mon superflu, mais prélevés sur mon nécessaire. Tu es

comptable envers moi. Je suis inversement responsable de toi. Je te

requiers formellement de nous faire entièrement et sur pièces la

narration des relations que tu as eues, comme gérant des cahiers, avec

la _Société Nouvelle de librairie et d'édition_. Commençons par les

faits.

—Commencez par les faits, dit Pierre Baudouin. Vous ne m'empêcherez

pas de dire aujourd'hui ce que je veux dire aujourd'hui.

—Quand en décembre 1899 je sortis écœuré du congrès de Paris, du

premier congrès national, écœuré du mensonge et de l'injustice

nouvelle qui s'imposeraient au nom d'un parti nouveau, la résolution

me vint, en un coup de révolte spontané, de publier ce que mes amis

sentaient, disaient, pensaient, voulaient, croyaient, savaient.

C'était une résolution singulièrement audacieuse, puisque toute la

puissance de la vieille et de la nouvelle autorité allait me retomber

sur les reins, puisque je n'avais pas un sou vaillant, puisque

j'étais épuisé, puisque je ne savais pas si j'écrirais ni ce que

j'écrirais. Ma finance était épuisée puisque les trois cinquièmes qui

m'en sont demeurés étaient immobilisés pour au moins deux ans dans la

fondation de la même _Société Nouvelle_. Mes forces étaient épuisées

par le travail que j'avais fait _dans le rang_ depuis que j'étais

devenu socialiste et dreyfusiste. Je ne savais pas comme j'écrirais,

parce que depuis vingt mois, tout occupé d'éditer mes camarades et mes

amis, j'avais négligé d'écrire, et parce que je n'avais jamais rien

écrit qui ressemblât à ce que je voulais écrire. Mais je croyais que

mes amis ne m'abandonneraient pas, puisque je ne serais pour ainsi

dire que leur manifestation.

Je me présentai sans aucun retard devant le conseil d'administration

de la _Société Nouvelle_. Je demandai, simple formalité, que la maison

éditât la publication que je préparais. Je m'attendais que cela me

fût accordé sans débat. Le sens de cette publication était conforme

à la conscience de mes cinq amis et camarades. Je ne demandais à la

_Société_ que le travail d'administration, que je proposais de payer.

Tout le déficit éventuel de l'édition me reviendrait. Je parlais

encore et j'indiquais rapidement le plan de l'opération, que les

conseillers m'interrompirent. Et au ton de leur interruption j'eus

l'impression soudaine et ineffaçable que ces cinq administrateurs

n'étaient plus mes camarades et n'étaient pas mes amis. Et non

seulement cela, mais ils n'étaient plus les mêmes hommes, les hommes

que j'avais connus, que je croyais que je connaissais, que j'avais

aimés, que j'avais défendus, que j'avais institués, que j'avais élus

d'acclamation, car enfin j'étais présent à cette admirable assemblée

générale où vingt et quelques sociétaires avaient élu d'enthousiasme

cinq sociétaires pour qu'ils devinssent les administrateurs de la

commune _Société_. Mais le seul fait que ces hommes exerçaient une

autorité, une autorité anonyme, le cinquième de l'autorité totale dans

un monde clos, le seul fait qu'ils étaient un conseil, un comité,

qu'ils délibéraient et votaient, qu'ils siégeaient, les avait faits

méconnaissables.

L'exécution fut rapide. Ils démentaient leur langage de la veille et

leur pensée intime, ils démentaient toute leur action précédente, ils

démentaient leur vie. Je devins bête instantanément et me défendis

mal. On me demanda ce qu'il y aurait là-dedans, ce que je mettrais

dans le premier numéro. Je bafouillai. Vous savez, mes amis, comme

il est pénible et gauche d'expliquer d'avance, d'échafauder pour un

juge violent et railleur la carcasse des formes prochaines. Léon Blum,

très courtoisement, me dit: Péguy, je ne veux pas traiter avec vous

la question au fond. Ce que vous préparez me semble inopportun. Vous

venez ou trop tard ou trop tôt.—C'était une opinion respectable,

fondée ou non, qui demandait une amicale discussion. Simiand

intervint, et confondant ses fonctions d'administrateur de la _Société

Nouvelle_ avec sa situation de critique sociologique il me dit: Je

vois ce que c'est: tu veux faire une revue pour les imbéciles.—Dite

avec ce sourire mince froid qui rend son auteur si redoutable aux

imbéciles que nous sommes, cette indication me coupa le souffle.

Je me suis dit depuis, pour me consoler, que sans doute il nommait

imbéciles tous les citoyens qui n'ont pas fait de la sociologie,

ainsi que l'on m'a dit que les anciens nommaient _stulti_ les citoyens

qui n'étaient pas philosophes. Mais d'abord ce mot ainsi prononcé me

coupa la respiration. Herr m'acheva: Jusqu'ici, me dit-il fortement

avec l'assentiment du conseil, nous vous avons trop souvent suivi par

amitié dans des aventures qui nous déplaisaient. Maintenant c'est

fini. Vous allez contre ce que nous préparons depuis plusieurs années.

Vous êtes un anarchiste.—Je lui répondis que ce mot ne m'effrayait

pas.—C'est bien cela, vous êtes un anarchiste: _nous marcherons

contre vous de toutes nos forces_. Mario Roques a bien voulu m'assurer

depuis que Herr était trop bon pour avoir tenu parole, et que sa

déclaration de guerre lui avait coûté beaucoup à prononcer. Mais elle

me coûta beaucoup plus à recevoir. Je me retirai abruti.

Je rédigeai le premier cahier dans cette angoisse et dans cette

amertume. Résolu quand même à travailler pour la maison que j'avais

fondée, je lui fis la meilleure place dans ce premier cahier de la

première série. J'y rappelai soigneusement _le Prince de Bismarck_,

de Charles Andler. J'y rappelai l'_Histoire des Variations de

l'État-Major_. J'y annonçai l'édition du «Compte rendu sténographique

officiel du Congrès général des Organisations Socialistes Françaises

tenu à Paris en Décembre 1899». Vous êtes mes anciens abonnés. Vous

avez chez vous ce cahier du 5 janvier 1900. Vous avez lu ces rappels

studieux et ces annonces. Enfin, et surtout, voulant donner à la

maison que j'ai fondée, à un livre que j'ai fait, la quatrième page de

ma couverture je la disposai comme suit. Permettez que je la remette

exactement sous vos yeux:

SOCIÉTÉ NOUVELLE DE LIBRAIRIE ET D'ÉDITION, 17, rue Cujas

troisième édition

JEAN JAURÈS

ACTION SOCIALISTE

PREMIÈRE SÉRIE

Un fort volume in-18 jésus de 560 pages 3 fr. 50

LE SOCIALISME ET L'ENSEIGNEMENT

_Instruction_—_Éducation_—_Culture_

La loi scolaire; le budget de l'enseignement;

L'enseignement primaire; l'enseignement moral donné au peuple par

les instituteurs;

L'enseignement secondaire; la crise de l'enseignement secondaire;

la question du baccalauréat;

L'enseignement supérieur; la question des Universités;

l'extension universitaire;

La question religieuse; Léon XIII et le catholicisme social;

Les libertés du personnel enseignant; interpellation Thierry

Cazes;

L'enseignement laïque et l'enseignement clérical; réponse à M.

d'Hulst;

Science et socialisme;

La fonction du socialisme et des socialistes dans l'enseignement

bourgeois;

La question sociale dans l'enseignement.

LE SOCIALISME ET LES PEUPLES

_La guerre_—_Les alliances_—_La paix_

Les écoles militaires; La loi militaire; le budget de la guerre;

L'éducation militaire; l'armée républicaine;

La paix et la revanche; la question d'Alsace-Lorraine; la France

et l'Allemagne;

La France et la Russie; la «double alliance»; le Tsar à Paris;

La France en Orient; les massacres d'Arménie; la guerre de

l'indépendance crétoise; la guerre gréco-turque;

La guerre hispano-américaine;

L'affaire de Fashoda.

En même temps je demandai au conseil à faire en commun des éditions

avec la librairie, à peu près comme seront faits en commun plusieurs

fois les cahiers indépendants de cette seconde série. On préparait

alors la brochure de Gaston Moch sur l'armée de milices. On pouvait

en faire un bon cahier. Je demandai que l'édition fût faite à frais

communs, brochure pour la librairie et cahier pour les cahiers. Herr

me donna cette réponse, recommandée à la poste et copiée au copie de

lettres. J'omets les passages privés.

—Provisoirement nous vous permettons de les garder pour vous.

—_Société Nouvelle,—17, rue Cujas_,—

13 janvier 1900

—Il nous paraît impossible, aujourd'hui que vous êtes résolu à

entreprendre une œuvre que nous sommes unanimes à juger mauvaise,

de reprendre à l'heure présente une collaboration cordiale et

utile. Nous vous demandons donc de reprendre régulièrement votre

liberté, et de nous rendre la nôtre.

En conséquence nous vous demandons de nous remettre le dossier

des affaires d'édition qui concernent la maison et qui peuvent

être restées entre vos mains: nous vous demandons de nous

remettre le travail de préparation fait en vue du deuxième volume

de Jaurès, dont la publication incombe à la Société; nous vous

demandons enfin de faire connaître régulièrement aux imprimeurs

et fournisseurs avec lesquels vous avez été en relation au nom de

la Société, que les ordres que vous donnerez et les commandes que

vous ferez dorénavant n'engagent plus à aucun degré la Société.

—Vous prenait-il donc pour un escroc?

—Taisez-vous, dit Pierre Deloire. Nous devons écouter la lecture des

monuments.

Quant à la demande que vous nous avez adressée hier, nous

estimons qu'il n'est pas possible que des articles déjà publiés

dans un journal soient donnés une seconde fois dans un périodique

avant leur réunion en brochure, sous peine de rendre la brochure

elle-même superflue. Il nous paraît donc que votre proposition ne

peut être admise.

A ce propos, et pour que l'indépendance de votre périodique ne

fasse doute pour personne, nous vous demandons de ne pas donner à

la quatrième page de votre couverture l'aspect que vous lui avez

donné dans votre premier numéro, et qui donnerait à penser au

public que le périodique est une publication de la Société, ou se

publie d'accord avec la Société.

Croyez à tous mes sentiments dévoués.

Pour le Conseil d'administration Lucien Herr

Quand se tint l'assemblée générale de la _Société_, en janvier, Herr

lut au nom du Conseil d'administration un long rapport où j'étais

mis en cause non seulement comme employé démissionnaire, mais comme

sociétaire infidèle, comme auteur des _cahiers_.

—Nous vous demandons communication de ce rapport.

—Je ne l'ai pas.

—Demandez-le. Vous nous dites que vous y êtes mis en cause.

Réclamez-le.

—Je l'ai demandé. On m'a répondu:

Paris, samedi 20 octobre

Mon cher ami,

La partie du rapport de Janvier qui vous concerne occupe quatre

pages et demie, qu'il m'est matériellement impossible de copier.

Je ne puis davantage songer à faire copier par un employé un

document qui est confidentiel, et qui doit le rester. Il va

de soi que les rapports lus aux assemblées générales restent

toujours à la disposition des sociétaires qui veulent en prendre

connaissance, et qu'il sera mis à la vôtre si vous pouvez venir

un jour dans la matinée, à un moment où quelqu'un soit là pour

vous le remettre.

Je passe un paragraphe personnel et privé.

—Provisoirement nous vous permettons de le passer.

Votre affectueusement dévoué Lucien Herr

Sur une redemande un peu motivée il me répondit:

Paris, lundi

Mon cher ami,

Je crains de m'être mal exprimé. Vous paraissez croire que je

détiens en ma possession privée les documents de la librairie, et

qu'ils peuvent subir les mutations du personnel administratif.

Toutes les pièces officielles sont et restent régulièrement

aux archives de la Société, qui sont, naturellement, confiées

à la garde des administrateurs actuels, mais qui ne sont point

leur propriété. En cette qualité de pièces officielles des

assemblées générales, elles sont, conformément à la loi et aux

statuts, tenues constamment à la disposition des sociétaires,

et d'eux seuls, c'est-à-dire que les pièces confidentielles

ne peuvent être ni communiquées à des tierces personnes, ni

publiées. Il va de soi, je vous le répète, que ces documents

vous seront donc toujours communiqués selon votre désir, et que

vous pourrez prendre copie des parties que vous jugerez bon,

mais nous sommes obligés de vous demander l'engagement de ne les

communiquer à aucune personne étrangère à la société, ni de les

publier.

Votre affectueusement dévoué Lucien Herr

Oeuvres complètes de Charles Péguy (tome 1) · 第 18 / 26 段