propager le scepticisme et le découragement dans notre parti? Si
c'est cela, il m'est impossible de te suivre.
2º Quel besoin as-tu de renseigner bénévolement les journaux
bourgeois et les gros bonnets universitaires sur la personnalité
de —. Vous permettez que je passe le nom?
—Provisoirement nous te le permettons. Nous te requérons de continuer.
—Mettons: sur la personnalité de celui de nos camarades qui
signe _un universitaire à la Petite République_. En écrivant que
ce rédacteur appartient à une promotion de deux ans plus ancienne
que toi, en ajoutant qu'il est en congé à Paris, tu le désignes
très clairement.
Qu'est-ce aussi que les conseils—pires que des critiques—que tu
te plais à lui donner? Veux-tu à l'avance affaiblir l'autorité de
ses articles auprès des lecteurs de _la Petite République_? Je
remarque encore que cette rage d'indiscrétion et de censure ne
peut faire que les affaires de nos adversaires.
3º La plupart des lettres que tu insères n'ont d'intérêt que pour
toi, puisqu'elles ne contiennent que des réserves à ton adresse
ou des conseils.
4º A quoi bon revenir longuement sur le _Journal d'une femme de
chambre_ et donner à cette ordure les proportions d'un événement?
Tout ce que tu publies aujourd'hui a déjà été dit la dernière
fois. Ce n'est que du réchauffé.
5º Les annonces de l'_école des hautes éludes sociales_,
occcupent 15 pages de ton cahier!
—Il pouvait dire _seize_.
—Il y en a seize.
—Nous te requérons de continuer et de finir.
—de ton cahier! Cette publication n'a aucune utilité, ni pour
les lecteurs de province qui n'iront jamais à cette école, ni
pour les lecteurs du Paris qui ont pu lire ces affiches sur tous
les murs. Ne pouvais-tu remplir ces 15 pages par quelque chose de
plus utile, par une critique d'un abus dont nous souffrons, par
exemple?
6º L'amplification de Boutroux est parfaitement insignifiante,
quand elle n'est pas infectée d'esprit métaphysique et bourgeois.
En résumé, je ne trouve dans ce cahier rien qui pût aider en
quelque façon la propagande socialiste, rien qui pût faire
l'éducation socialiste de tes lecteurs. J'y trouve en revanche
des attaques toujours déplacées, souvent injustes, contre
des camarades dont j'ai appris à apprécier la bonne foi, le
dévouement, la continuité dans l'effort vers l'émancipation de
l'humanité. J'y trouve l'expression de secrètes rancunes, qu'il
faut savoir sacrifier au bien général. J'y retrouve ce ton de
persiflage, ce dilettantisme que—
—Nous te donnons ma parole, dirent en même temps Baudouin et Deloire,
que ce soir ils ne diront pas que tu es un dilettante. Mais nous te
requérons de finir.
—ce dilettantisme que je t'ai déjà reproché, en d'autres
occasions. Je n'y trouve pas cette vigoureuse critique de la
société capitaliste que j'attendais. Je n'y trouve pas cette
sommation adressée aux bourgeois de redevenir hommes. Je n'y
trouve pas surtout ces chaudes paroles d'encouragement répandues
sur les bonnes gens de province qui luttent, solitaires, contre
l'oppression qui les étreint.
Enfin, alors que nous n'avons pas trop de tous nos efforts, et
de nos maigres ressources pour combattre les forces du passé,
plus menaçantes que jamais, tu nous annonces que tu vas publier
des _romans_! des romans, comme si la réalité n'était pas assez
tragique et que nous avions—
—_Ayons?_
—_avions_ le temps de nous intéresser à des fioritures de
phrases et à des divertissements d'esthètes!
—Il faut: comme si la réalité n'était pas — — et comme si nous
avions — — — ou bien: comme si la réalité n'était pas — — et
que nous ayons. Ce n'est pas la fioriture d'esthètes, mais bonne
et grosse grammaire française. Avez-vous bientôt fini?
—Je ne me flatte pas de te convaincre. Je crains que tu n'aies
ton siège fait. Mais je te préviens que si ton prochain cahier
doit ressembler au précédent, il est inutile que tu me l'envoies.
J'écris cette lettre pour toi et non pour tes lecteurs. Je ne
veux donc pas que tu la publies.
—Cela est raide. Nous verrons ce que nous y dirons, A-t-il fini?
—Ton ami qui regrette que tu fasses un si mauvais usage de tes
qualités naturelles.
Vous permettez que je passe la signature?
—Provisoirement nous vous le permettons. Ensuite?
—Le troisième cahier descendait des compositeurs aux imprimeurs quand
me parvint le deuxième désabonnement.
—Nous vous requérons de lire cette lettre. Nous laisserons tout
passer sans interruption.
—Elle est plus courte.
Paris, vendredi 14 décembre 1900
Mon cher Péguy
Je ne veux plus recevoir les _Cahiers de la Quinzaine_, pour les
raisons que voici:
1º Je ne crois pas que les romans annoncés constituent une
propagande effective.
2º Le ton général des cahiers est, de plus en plus, un ton
de dilettantisme. Peu de place est donnée aux questions qui
importent; trop de place est donnée à des incidents, à des
impressions particulières; et c'est plutôt une espèce de
littérature qu'une espèce de propagande.
3º Il est bon de ne pas être aveuglé sur les défauts et les
faiblesses de ceux qui se disent appartenir au même parti; mais
il n'est pas bon de rappeler avec une persistance implacable des
erreurs minimes, et de se taire sur les services incontestables.
4º Dans les premiers numéros, les dissidences qui se sont
produites à la Librairie étaient rappelées par des allusions qui
n'étaient pas trop disproportionnées avec les faits tels que tu
les concevais; même ainsi, elles étaient de médiocre intérêt
pour des lecteurs de campagne, pour des instituteurs, pour
des professeurs de province. Aujourd'hui tu parais commencer,
ou plutôt continuer une polémique de pures personnalités; tes
attaques contre Herr dépassent tout ce que, même dans ton
imagination, tu peux lui reprocher. Je ne veux m'associer, ni de
près ni de loin, à cette œuvre de désorganisation, pour laquelle
sont dépensées les cotisations que tu reçois, et que l'on t'offre
pour de tout autres combats. Même à l'époque où je ne te donnais
pas _tous_ les torts, j'étais avec ceux qui organisent le travail
contre ceux qui le désorganisent; aujourd'hui tu diminues même la
sympathie qui allait à ta personne.
Tout ce que j'espère, c'est que tu ne continueras pas dans cette
voie, et que nous te retrouverons avec nous, contre l'ennemi
commun, que tu sers aujourd'hui indirectement. CE JOUR-LA JE
SERAI HEUREUX DE TE REVOIR TEL QUE JE CROIS T'AVOIR CONNU.
Vous permettez que je passe la signature?
—Provisoirement nous le permettons.
—Mais il y a un _post-scriptum_.
P. S. Boutroux, que les _catholiques_ regardent comme un de leurs
meilleurs alliés, ne doit pas être à aucun degré, le _directeur_
de gens comme nous.
Pendant que j'avais lu, Pierre Baudouin mâchonnait les interruptions
qu'il m'avait promis qu'il ne ferait pas. Mais quand j'eus fini Pierre
Deloire me demanda froidement:
—C'est tout?
—Non. Celui de mes camarades qui fut pendant cinq bonnes années mon
ami le plus proche m'a écrit deux lettres qui m'ont fait beaucoup plus
de peine.
—Cela s'entend. Nous vous requérons de nous les lire.
—La première est brève:
Toulouse, lundi matin 28 novembre 1900
Mon cher Péguy
—Pour fixer les idées, je maintiens que si tu avais été au
comité général pour soutenir Jaurès et le père Longuet, tu
eusses dit à haute voix ce que tu sentais; je maintiens qu'il
eût mieux valu changer par une intervention active et réelle la
scène historique, que de l'idéaliser et de la conserver par une
reproduction typique et dramatique. Quoi qu'il en soit, je n'ai
pas renoncé.
Je passe le nom. Vous le connaissez. La deuxième lettre est plus
longue:
Mardi 4 décembre 1900
Mon cher Péguy
Je me permets de te répéter que l'action me paraît plus
urgente que la critique, surtout que l'histoire immédiatement
post-contemporaine que tu annonces, pas assez contemporaine pour
diriger le mouvement, pas assez éloignée pour être vraiment de
l'histoire et pour être de nouveau intéressante.
Si tu savais combien l'énorme masse est indifférente à tout cela,
surtout l'énorme masse des professeurs, auxquels tu t'adresses,
et qui sont, en grande majorité, réactionnaires bourgeois et
cléricaux, et dont les 99/100 ne pensent qu'à leur métier, leur
gagne-pain, leur avancement. S'il y en a par-ci par-là un qui
partage nos idées—ou qui s'en sert—, il peut d'abord être pour
nous plus gênant qu'utile, et en tout cas ne peut pas faire
grand chose, vu qu'il a assez à faire pour n'être pas déplacé
par les ennemis ou les défenseurs de la République. Autant que
je connais ton public, il n'y a pas beaucoup de tes lecteurs
qui ne regrettent pas leurs huit ou leurs vingt francs, qui les
intéressent plus que les divisions et les discussions entre
socialistes.
D'ailleurs tu es forcé dès maintenant de faire des concessions
à ton public: tu te lances bon gré mal gré dans la concurrence,
dans la réclame, directement ou par prétention, volontairement
ou non, mais fatalement. En annonçant la sténographie de
l'International, tu déprécies commercialement et moralement
l'analytique de la maison Bellais; en annonçant du Pressensé
et du Duclaux, tu fais concurrence au _Mouvement_. En d'autres
termes, ton _Cahier de la Quinzaine_ devient à la fois une revue
semi-mouvement semi-historique, et une Bibliothèque d'éditions
semi-socialiste semi-littéraire. Tu refais en abrégé la tentative
de la librairie.
Tu y perds—ou tu y consacres, c'est la même chose—ton temps,
tes forces, tu y épuises les forces de tes amis comme Bourgeois,
tu y perds ton crédit sur ceux de tes amis qui sont moins
immédiats et moins fidèles.
J'ai voulu, bien que je sache combien ce rôle de Cassandre est
ingrat, te dire encore ce que beaucoup pensent en moins bonne
part que moi. Je crois qu'il est toujours temps de s'arrêter ou
de changer de direction. Je te prie de croire d'ailleurs que je
ne demande qu'à être faux prophète, et qu'en tout cas je serai
toujours ton ami.
La même enveloppe contenait une feuille simple:
Mercredi 5, soir
Mon cher Péguy
Hier matin j'ai écrit d'un jet la lettre ci-jointe; à la
réflexion cela ne rend plus tout à fait ma pensée sur certains
points. D'autre part je n'y ai pas dit un avis qui me paraît
essentiel:
Il me paraît que tu dogmatises trop en ce sens que tu ériges
en types des individus souvent très particuliers, et surtout
insignifiants. Je crains que cela ne tienne à ce que connaissant
bien certains individus en nombre limité,—vivant peu d'autre
part en terrain varié soit dans les livres soit dans la
société,—tu as tendance à approfondir et à généraliser à la
fois. Par exemple je—
Mon ami ajoute ici en marge: tu simplifies et tu aggraves à la fois.
Et au bas de la page: cela va très bien pour Pascal, mais pour
d'autres——
Il continue: Par exemple je connais en province de variétés
nombreuses de guesdistes parmi lesquels de très bons,—tel
allemaniste pure crapule,—etc., des universitaires de valeur
très inégale et très différente de celle qu'on leur attribue
à Paris. Je crois que le mieux est d'entrer résolument dans
l'action qui seule dissipe les malentendus.
Maintenant il est entendu que tout cela n'est que précaution,
réserve, correction et qu'en discutant avec tel de tes
adversaires, je lui dirais bien des choses que tu me répondras
sans doute.
Crois-moi ton ami.
—Cette lettre, dit Pierre Deloire, me paraît d'un ami véritable.
—Est-ce tout? demanda Baudouin.
—C'est tout. J'ai un désabonnement sans explication. J'en attends
plusieurs, mais de gens que je ne connais pas.
—Eh bien je vous donne à présent ma parole que les cuistres qui
liront ce que je veux dire aujourd'hui ne vous écriront pas que nous
sommes un _dilettante_.
Je m'aperçus qu'une lente et profonde colère lui était montée. Mais
Pierre Deloire intervint froidement:
—Les dix francs, me dit-il, que je te donne chaque mois ne sont
pas levés sur mon superflu, mais prélevés sur mon nécessaire. Tu es
comptable envers moi. Je suis inversement responsable de toi. Je te
requiers formellement de nous faire entièrement et sur pièces la
narration des relations que tu as eues, comme gérant des cahiers, avec
la _Société Nouvelle de librairie et d'édition_. Commençons par les
faits.
—Commencez par les faits, dit Pierre Baudouin. Vous ne m'empêcherez
pas de dire aujourd'hui ce que je veux dire aujourd'hui.
—Quand en décembre 1899 je sortis écœuré du congrès de Paris, du
premier congrès national, écœuré du mensonge et de l'injustice
nouvelle qui s'imposeraient au nom d'un parti nouveau, la résolution
me vint, en un coup de révolte spontané, de publier ce que mes amis
sentaient, disaient, pensaient, voulaient, croyaient, savaient.
C'était une résolution singulièrement audacieuse, puisque toute la
puissance de la vieille et de la nouvelle autorité allait me retomber
sur les reins, puisque je n'avais pas un sou vaillant, puisque
j'étais épuisé, puisque je ne savais pas si j'écrirais ni ce que
j'écrirais. Ma finance était épuisée puisque les trois cinquièmes qui
m'en sont demeurés étaient immobilisés pour au moins deux ans dans la
fondation de la même _Société Nouvelle_. Mes forces étaient épuisées
par le travail que j'avais fait _dans le rang_ depuis que j'étais
devenu socialiste et dreyfusiste. Je ne savais pas comme j'écrirais,
parce que depuis vingt mois, tout occupé d'éditer mes camarades et mes
amis, j'avais négligé d'écrire, et parce que je n'avais jamais rien
écrit qui ressemblât à ce que je voulais écrire. Mais je croyais que
mes amis ne m'abandonneraient pas, puisque je ne serais pour ainsi
dire que leur manifestation.
Je me présentai sans aucun retard devant le conseil d'administration
de la _Société Nouvelle_. Je demandai, simple formalité, que la maison
éditât la publication que je préparais. Je m'attendais que cela me
fût accordé sans débat. Le sens de cette publication était conforme
à la conscience de mes cinq amis et camarades. Je ne demandais à la
_Société_ que le travail d'administration, que je proposais de payer.
Tout le déficit éventuel de l'édition me reviendrait. Je parlais
encore et j'indiquais rapidement le plan de l'opération, que les
conseillers m'interrompirent. Et au ton de leur interruption j'eus
l'impression soudaine et ineffaçable que ces cinq administrateurs
n'étaient plus mes camarades et n'étaient pas mes amis. Et non
seulement cela, mais ils n'étaient plus les mêmes hommes, les hommes
que j'avais connus, que je croyais que je connaissais, que j'avais
aimés, que j'avais défendus, que j'avais institués, que j'avais élus
d'acclamation, car enfin j'étais présent à cette admirable assemblée
générale où vingt et quelques sociétaires avaient élu d'enthousiasme
cinq sociétaires pour qu'ils devinssent les administrateurs de la
commune _Société_. Mais le seul fait que ces hommes exerçaient une
autorité, une autorité anonyme, le cinquième de l'autorité totale dans
un monde clos, le seul fait qu'ils étaient un conseil, un comité,
qu'ils délibéraient et votaient, qu'ils siégeaient, les avait faits
méconnaissables.
L'exécution fut rapide. Ils démentaient leur langage de la veille et
leur pensée intime, ils démentaient toute leur action précédente, ils
démentaient leur vie. Je devins bête instantanément et me défendis
mal. On me demanda ce qu'il y aurait là-dedans, ce que je mettrais
dans le premier numéro. Je bafouillai. Vous savez, mes amis, comme
il est pénible et gauche d'expliquer d'avance, d'échafauder pour un
juge violent et railleur la carcasse des formes prochaines. Léon Blum,
très courtoisement, me dit: Péguy, je ne veux pas traiter avec vous
la question au fond. Ce que vous préparez me semble inopportun. Vous
venez ou trop tard ou trop tôt.—C'était une opinion respectable,
fondée ou non, qui demandait une amicale discussion. Simiand
intervint, et confondant ses fonctions d'administrateur de la _Société
Nouvelle_ avec sa situation de critique sociologique il me dit: Je
vois ce que c'est: tu veux faire une revue pour les imbéciles.—Dite
avec ce sourire mince froid qui rend son auteur si redoutable aux
imbéciles que nous sommes, cette indication me coupa le souffle.
Je me suis dit depuis, pour me consoler, que sans doute il nommait
imbéciles tous les citoyens qui n'ont pas fait de la sociologie,
ainsi que l'on m'a dit que les anciens nommaient _stulti_ les citoyens
qui n'étaient pas philosophes. Mais d'abord ce mot ainsi prononcé me
coupa la respiration. Herr m'acheva: Jusqu'ici, me dit-il fortement
avec l'assentiment du conseil, nous vous avons trop souvent suivi par
amitié dans des aventures qui nous déplaisaient. Maintenant c'est
fini. Vous allez contre ce que nous préparons depuis plusieurs années.
Vous êtes un anarchiste.—Je lui répondis que ce mot ne m'effrayait
pas.—C'est bien cela, vous êtes un anarchiste: _nous marcherons
contre vous de toutes nos forces_. Mario Roques a bien voulu m'assurer
depuis que Herr était trop bon pour avoir tenu parole, et que sa
déclaration de guerre lui avait coûté beaucoup à prononcer. Mais elle
me coûta beaucoup plus à recevoir. Je me retirai abruti.
Je rédigeai le premier cahier dans cette angoisse et dans cette
amertume. Résolu quand même à travailler pour la maison que j'avais
fondée, je lui fis la meilleure place dans ce premier cahier de la
première série. J'y rappelai soigneusement _le Prince de Bismarck_,
de Charles Andler. J'y rappelai l'_Histoire des Variations de
l'État-Major_. J'y annonçai l'édition du «Compte rendu sténographique
officiel du Congrès général des Organisations Socialistes Françaises
tenu à Paris en Décembre 1899». Vous êtes mes anciens abonnés. Vous
avez chez vous ce cahier du 5 janvier 1900. Vous avez lu ces rappels
studieux et ces annonces. Enfin, et surtout, voulant donner à la
maison que j'ai fondée, à un livre que j'ai fait, la quatrième page de
ma couverture je la disposai comme suit. Permettez que je la remette
exactement sous vos yeux:
SOCIÉTÉ NOUVELLE DE LIBRAIRIE ET D'ÉDITION, 17, rue Cujas
troisième édition
JEAN JAURÈS
ACTION SOCIALISTE
PREMIÈRE SÉRIE
Un fort volume in-18 jésus de 560 pages 3 fr. 50
LE SOCIALISME ET L'ENSEIGNEMENT
_Instruction_—_Éducation_—_Culture_
La loi scolaire; le budget de l'enseignement;
L'enseignement primaire; l'enseignement moral donné au peuple par
les instituteurs;
L'enseignement secondaire; la crise de l'enseignement secondaire;
la question du baccalauréat;
L'enseignement supérieur; la question des Universités;
l'extension universitaire;
La question religieuse; Léon XIII et le catholicisme social;
Les libertés du personnel enseignant; interpellation Thierry
Cazes;
L'enseignement laïque et l'enseignement clérical; réponse à M.
d'Hulst;
Science et socialisme;
La fonction du socialisme et des socialistes dans l'enseignement
bourgeois;
La question sociale dans l'enseignement.
LE SOCIALISME ET LES PEUPLES
_La guerre_—_Les alliances_—_La paix_
Les écoles militaires; La loi militaire; le budget de la guerre;
L'éducation militaire; l'armée républicaine;
La paix et la revanche; la question d'Alsace-Lorraine; la France
et l'Allemagne;
La France et la Russie; la «double alliance»; le Tsar à Paris;
La France en Orient; les massacres d'Arménie; la guerre de
l'indépendance crétoise; la guerre gréco-turque;
La guerre hispano-américaine;
L'affaire de Fashoda.
En même temps je demandai au conseil à faire en commun des éditions
avec la librairie, à peu près comme seront faits en commun plusieurs
fois les cahiers indépendants de cette seconde série. On préparait
alors la brochure de Gaston Moch sur l'armée de milices. On pouvait
en faire un bon cahier. Je demandai que l'édition fût faite à frais
communs, brochure pour la librairie et cahier pour les cahiers. Herr
me donna cette réponse, recommandée à la poste et copiée au copie de
lettres. J'omets les passages privés.
—Provisoirement nous vous permettons de les garder pour vous.
—_Société Nouvelle,—17, rue Cujas_,—
13 janvier 1900
—Il nous paraît impossible, aujourd'hui que vous êtes résolu à
entreprendre une œuvre que nous sommes unanimes à juger mauvaise,
de reprendre à l'heure présente une collaboration cordiale et
utile. Nous vous demandons donc de reprendre régulièrement votre
liberté, et de nous rendre la nôtre.
En conséquence nous vous demandons de nous remettre le dossier
des affaires d'édition qui concernent la maison et qui peuvent
être restées entre vos mains: nous vous demandons de nous
remettre le travail de préparation fait en vue du deuxième volume
de Jaurès, dont la publication incombe à la Société; nous vous
demandons enfin de faire connaître régulièrement aux imprimeurs
et fournisseurs avec lesquels vous avez été en relation au nom de
la Société, que les ordres que vous donnerez et les commandes que
vous ferez dorénavant n'engagent plus à aucun degré la Société.
—Vous prenait-il donc pour un escroc?
—Taisez-vous, dit Pierre Deloire. Nous devons écouter la lecture des
monuments.
Quant à la demande que vous nous avez adressée hier, nous
estimons qu'il n'est pas possible que des articles déjà publiés
dans un journal soient donnés une seconde fois dans un périodique
avant leur réunion en brochure, sous peine de rendre la brochure
elle-même superflue. Il nous paraît donc que votre proposition ne
peut être admise.
A ce propos, et pour que l'indépendance de votre périodique ne
fasse doute pour personne, nous vous demandons de ne pas donner à
la quatrième page de votre couverture l'aspect que vous lui avez
donné dans votre premier numéro, et qui donnerait à penser au
public que le périodique est une publication de la Société, ou se
publie d'accord avec la Société.
Croyez à tous mes sentiments dévoués.
Pour le Conseil d'administration Lucien Herr
Quand se tint l'assemblée générale de la _Société_, en janvier, Herr
lut au nom du Conseil d'administration un long rapport où j'étais
mis en cause non seulement comme employé démissionnaire, mais comme
sociétaire infidèle, comme auteur des _cahiers_.
—Nous vous demandons communication de ce rapport.
—Je ne l'ai pas.
—Demandez-le. Vous nous dites que vous y êtes mis en cause.
Réclamez-le.
—Je l'ai demandé. On m'a répondu:
Paris, samedi 20 octobre
Mon cher ami,
La partie du rapport de Janvier qui vous concerne occupe quatre
pages et demie, qu'il m'est matériellement impossible de copier.
Je ne puis davantage songer à faire copier par un employé un
document qui est confidentiel, et qui doit le rester. Il va
de soi que les rapports lus aux assemblées générales restent
toujours à la disposition des sociétaires qui veulent en prendre
connaissance, et qu'il sera mis à la vôtre si vous pouvez venir
un jour dans la matinée, à un moment où quelqu'un soit là pour
vous le remettre.
Je passe un paragraphe personnel et privé.
—Provisoirement nous vous permettons de le passer.
Votre affectueusement dévoué Lucien Herr
Sur une redemande un peu motivée il me répondit:
Paris, lundi
Mon cher ami,
Je crains de m'être mal exprimé. Vous paraissez croire que je
détiens en ma possession privée les documents de la librairie, et
qu'ils peuvent subir les mutations du personnel administratif.
Toutes les pièces officielles sont et restent régulièrement
aux archives de la Société, qui sont, naturellement, confiées
à la garde des administrateurs actuels, mais qui ne sont point
leur propriété. En cette qualité de pièces officielles des
assemblées générales, elles sont, conformément à la loi et aux
statuts, tenues constamment à la disposition des sociétaires,
et d'eux seuls, c'est-à-dire que les pièces confidentielles
ne peuvent être ni communiquées à des tierces personnes, ni
publiées. Il va de soi, je vous le répète, que ces documents
vous seront donc toujours communiqués selon votre désir, et que
vous pourrez prendre copie des parties que vous jugerez bon,
mais nous sommes obligés de vous demander l'engagement de ne les
communiquer à aucune personne étrangère à la société, ni de les
publier.
Votre affectueusement dévoué Lucien Herr