Pour le ministre, le conseiller d'État,

directeur des chemins de fer,

_Signé_: LETHIER

Hein: est-il bon, ce conseiller des chemins de fer, qui ne veut pas

vous exposer. Je ne sais pas ce qui advint l'année suivante.

—A présent, messieurs, que nous avons fini mes corrections, au

revoir, je me sauve.

Il était déjà au premier passé, quand je le rappelai:

—Tu oublies ta montre.

Elle reposait sous le Descartes.

—Prends-la: il ne faut jamais exagérer l'exactitude.

—Je devais rester un quart d'heure. Je suis resté cinquante-six

minutes. Je vais manquer la moitié de mes commissions.

—Tu prendras le Montrouge-Gare de l'Est pour aller plus vite. Il est

à moitié à traction mécanique.

—Ah! On attelle un cheval et un moteur?

—Non je veux dire qu'il y a encore des voitures où on attelle trois

chevaux, et qu'il y en a déjà, d'affreusement peintes, où on attelle

un moteur.

—Au revoir. C'est le progrès. Au revoir. Adieu.

NOTE:

[5] Ni le ministre de l'instruction publique, ni celui des travaux

publics n'avaient fait l'an dernier de démarches en notre faveur.

DEUXIÈME SÉRIE AU PROVINCIAL

16 novembre 1900,

Si je voulais comme on le fait communément lancer la deuxième série de

ces cahiers, je commencerais par annoncer _que j'ai pris l'interview

la plus considérable du monde_,—et cela serait vrai, puisque j'ai en

mains la sténographie du congrès socialiste international récemment

tenu à Paris, puisque je suis le seul éditeur, officiel ou non, qui

ait en mains et puisse et veuille donner cette sténographie. Mais pas

plus que l'année dernière nous ne parlerons cette année un langage

nouveau.

La deuxième série de ces cahiers comportera vingt cahiers sans doute,

espacés à peu près de quinzaine en quinzaine au long de cette année

scolaire. De plus en plus, et très opportunément, l'année scolaire

devient l'année ouvrière, au moins pour le travail intellectuel. Comme

il convient nous travaillerons à nos cahiers pendant que la plupart

de nos abonnés travailleront de leurs métiers. Puis dans le temps que

nos abonnés se reposeront de leur travail nous nous reposerons de

ce travail aussi. Le premier cahier de la deuxième série passera

sans doute une quinzaine après ce douzième et dernier cahier de la

première série. Le vingtième et dernier cahier de la deuxième série

passera sans doute en fin juin, non seulement avant le commencement

des vacances, mais avant le commencement des examens et des concours,

parce que les examens et les concours sont aussi, en un sens, une

vacance du travail sérieux. Pour situer vingt cahiers en huit mois, de

novembre à juin, nous aurons même à les serrer un peu.—Ces cahiers

auront de quatre-vingts à cent vingt pages.

Dans ces cahiers nous continuerons à dire entièrement la vérité.

Nous dirons entièrement vrai. Nous continuerons à donner des documents

et des renseignements impartialement choisis de ce que nous aurons

vu et de ce que nous saurons qui intéresse la révolution sociale au

sens où nous la préparons quand nous préparons la naissance et la

vie de la cité harmonieuse. Les hommes et surtout les événements ont

d'eux-mêmes à peu près déterminé une période écoulée de l'action

socialiste en France,—incluse du premier congrès national au

deuxième. La _Société nouvelle de librairie et d'édition_, 17, rue

Cujas, Paris, nous a donné le compte rendu sténographique officiel de

ce premier congrès. La même _Société_ nous prépare et va nous donner

le compte rendu sténographique officiel de ce deuxième congrès. Mais

les congrès ne sont que les manifestations cérémonielles de mouvements

profonds et durables. Et s'il est indispensable de garder les

traces des manifestations, il n'est pas moins indispensable que les

mouvements profonds et durables soient conservés pour l'historien.

Sous ce titre courant: _du premier congrès au deuxième_ ces cahiers

publieront, les documents et les renseignements que nous pensons que

l'historien doit avoir de l'action socialiste incluse entre les deux

premiers congrès nationaux. Nous ferons en particulier tout ce que

nous pourrons pour publier en cahiers les _comptes rendus des séances_

tenues par le singulier _comité général_ que nos lecteurs n'ont pas

oublié.

Cependant que nous réunirons et que nous publierons les documents

et les renseignements que nous pensons que l'historien doit avoir

de la précédente période, la présente période marchera. Et ici nous

serions fort embarrassés, forcés que nous serions de vivre à la fois

dans deux périodes, comme historien de la précédente et comme citoyen

de la contemporaine, si dès le commencement de l'année dernière

Hubert Lagardelle n'avait fondé _le Mouvement Socialiste_ à seule

fin de produire au lecteur les renseignements qu'il peut demander

sur l'action socialiste pendant qu'elle se fait, pendant qu'elle se

meut. Laissant donc à nos camarades et à nos amis le soin de produire

au mieux ces renseignements d'action pour ainsi dire contemporains,

nous serons d'autant plus libres pour publier nos documents et nos

renseignements d'histoire sur l'action faite un peu après qu'elle est

faite.

Quand nous aurons publié les documents et les renseignements qui

nous conduiront par les voies de l'histoire du premier congrès au

deuxième, alors, mais alors seulement, à son heure historique et

seulement à cette heure, sans souci de la réclame et sans aucun zèle

de la concurrence, nous publierons ce _compte rendu sténographique

du congrès socialiste international_ que seuls nous avons, que

seuls nous pouvons publier. Il m'est particulièrement pénible de le

déclarer, mais il est indispensable que je le déclare: tout compte

rendu analytique ou synthétique, officiel ou officieux, quand même un

nouveau comité général, et quand même un nouveau congrès l'investirait

et le sanctionnerait,—aucun nouveau compte rendu ne peut fournir du

congrès international un texte historique. Si puissants que soient

les comités et les congrès ils ne peuvent pas décréter ou voter qu'un

texte fabriqué sera désormais le texte historique. Cette impuissance

leur est commune avec les conseils de guerre. Et de même que nous

aurons fait le pont du premier congrès national au deuxième, ainsi

nous ferons un plan d'accès au congrès international. Sous ce titre

courant: _la préparation du conseil international_, nous publierons

en introduction le recensement des documents préparatoires, depuis le

congrès de Londres.

Quand le printemps sera venu, il est probable que les organisations

socialistes nationalement constituées et les fédérations

départementales et régionales tiendront leur troisième congrès. Que

ce congrès soit, comme l'espèrent Jaurès et plusieurs citoyens, un

congrès constituant, ou qu'il soit, comme les deux premiers, un

congrès parlementaire, il marquera sans doute la fin d'une période

encore dans l'histoire de l'action socialiste. Sous ce titre

courant: _du deuxième congrès au troisième_ ces cahiers publieront

aussitôt après les documents et les renseignements de la période

ainsi déterminée. En particulier, de même que nous avons publié les

réponses données par les militants socialistes à _la consultation

internationale_ ouverte à _la Petite République_ sur l'affaire

Dreyfus et le cas Millerand, ainsi nous publierons les réponses

utilement sérieuses données par les militants socialistes à _la

consultation nationale_ ouverte aux Congrès sur les meilleurs moyens

de constituer le parti socialiste français.

Enfin sous ce titre _le ministère de Millerand_ nous publierons autant

que nous le pourrons le recensement textuel des arrêtés ministériels

signés, des décrets présidentiels contresignés, et des lois votées

dans les questions ouvrières par M. Millerand ou sur sa proposition ou

avec sa collaboration.

Nous nous réservons de publier tous documents et renseignements qu'il

y aurait lieu sur les sujets particuliers qui n'entreraient pas en ces

grandes rubriques.

Des commentaires distincts et libres accompagneront cette année encore

nos documents et nos renseignements.

Parmi les documents contemporains, c'est-à-dire parmi ceux de la

période où nous paraissons, nous ne publierons que ceux qui sont à

la fois d'un usage évidemment immédiat et utiles à conserver. En

particulier nous continuerons impartialement à publier tous les

renseignements que l'on nous demandera sur les formes accessibles

d'action bonne évidemment, que ces formes soient officiellement ou ne

soient pas classées parmi les formes reconnues de l'action socialiste.

Par un arrangement nouveau et pour faciliter le travail de nos

abonnés, toutes les fois que les documents et les renseignements

formeront corps, au lieu de les éparpiller en plusieurs cahiers, nous

les laisserons d'ensemble, et au besoin nous les garderons isolés

de toute contamination. Et alors le cahier sera pour le travail

un recueil et un véritable volume indépendant. Et il ne sera plus

en ce sens un cahier que pour l'administration. Nous pouvons par

exemple espérer que nous aurons un cahier qui sera tout entier de la

consultation nationale, des cahiers qui seront tout entiers du congrès

socialiste international.

Pareillement toutes les fois que des collaborateurs libres nous feront

l'amitié de nous apporter des cahiers, nous ferons tout ce que nous

pourrons pour que l'auteur soit vraiment libre dans son cahier libre.

Tout le cahier, texte et couverture, lui appartiendra.

La liberté typographique de l'écrivain représentera la liberté morale

de l'auteur. Et le cahier sera pour le travail et pour l'action

vraiment un livre indépendant et libre. Et en ce sens il ne sera plus

un cahier que pour l'administration. Il n'y aura jamais parmi nous

aucune relation d'auteur à directeur, d'employé à employeur, aucune

subordination, mais corrélation d'homme libre à homme libre, d'auteur

à gérant sans intermission commerciale d'autorité bourgeoise. L'auteur

écrira sous sa responsabilité personnelle sincèrement et librement,

vraiment. Il n'engagera pas le prochain. Le prochain ne l'engagera

pas. Il n'engagera pas l'administration des cahiers. L'administration

des cahiers ne l'engagera pas. Il ne sera tenu qu'à user de sa liberté.

C'est dans ces conditions que nous avons demandé au citoyen Francis

de Pressensé des _cahiers de politique et d'action internationale_.

Non seulement il nous a promis que dans le courant de l'année il nous

en donnerait deux ou trois, mais il nous a promis qu'il aurait prêt

pour cet automne un cahier d'ensemble sur _la politique internationale

du socialisme_, sujet auquel il pensait lui-même.

C'est aussi à ces conditions que nous avons demandé à Hubert

Lagardelle des _cahiers de théorie et d'action socialiste_. Il nous

donnera dans un mois tout un cahier intitulé: _les intellectuels

devant le socialisme—le problème de la petite bourgeoisie_. Deux mois

plus tard il nous donnera tout un cahier au moins sur _le socialisme

municipal en France_. Les cahiers de Lagardelle entreront en brochures

en série dans la _bibliothèque du Mouvement Socialiste_.

Aux mêmes conditions nous demanderons, quand il y aura lieu, des

cahiers à plusieurs citoyens.

Pareillement enfin quand nous donnerons des travaux de science ou des

œuvres d'art—inclassables ou classées drames, romans ou poèmes—le

cahier sera vraiment pour le travail et pour la beauté une œuvre

indépendante, pure et libre. Libre de nous. Et en ce sens il ne sera

plus un cahier que pour l'administration. Car étant assurés que

nous devons commencer la révolution sociale par la révolution de

nous-mêmes, par la révolution sociale morale de nous-mêmes, c'est

pour nos cahiers d'abord que nous avons remplacé le gouvernement des

auteurs par l'administration, la saine et libre et vraiment socialiste

administration de leurs œuvres. Si donc j'avais encore à publier _la

lumière_ de Jérôme et Jean Tharaud, au lieu de la couper en trois

morceaux comme je le fis, je la donnerais toute pareille à l'admirable

tirage à part que nous en avons fait. Quand au printemps nous

publierons des mêmes Tharaud _Orphée en Frioul_ nous en ferons un très

beau livre entièrement libre aux mains des auteurs.

A ces conditions nous publierons avant le premier cahier de Lagardelle

un roman, si nous pouvons le nommer ainsi, la première œuvre publiée

de René Salomé: _vers l'action_ sera le deuxième cahier de la deuxième

série.

A ces conditions nous publierons bientôt un drame satirique: le

_Bacchus_ de notre ami Lionel Landry. Notre ami est récemment parti

pour la Chine. Il a obtenu dans le corps expéditionnaire français un

poste évidemment inoffensif. Par son métier même il est qualifié pour

nous envoyer des courriers. Il nous enverra des _courriers de Chine_.

Un court billet qu'il m'envoie du bateau me promet un courrier sur le

transport des troupes expéditionnaires. Ce premier courrier pourra

passer en janvier.

Notre ami Henri Genevray, heureusement retourné parmi nous après deux

ans de voyage intercontinental, nous donnera des _cahiers de voyage_.

Il commencera par nous donner un cahier d'ensemble sur _l'expansion

coloniale devant le socialisme_.

Léon Deshairs nous donnera cette année au moins un _cahier d'art_.

Enfin et surtout je dois annoncer mystérieusement qu'une excellente

compagnie formée d'aînés que nous avons—pour dire le très beau mot

une _équipe_ de bons ouvriers littéraires—se prépare à entrer encore

dans ces cahiers.

Mais l'œuvre que nous publierons avec une singulière cordialité sera

de M. Antonin Lavergne un long roman: _Jean Coste, ou l'instituteur

de village_. L'auteur est lui-même un ancien instituteur, un

primaire de culture et de métier. Il est devenu professeur d'école

normale primaire. Il pouvait comme tout le monde faire sa petite

cosmosociographie. Mais cet honnête homme a fait le roman, l'histoire

de ce qu'il sait. _Jean Coste_ passera sans doute en trois cahiers.

Nous envoyons ferme ces cahiers à tous nos anciens abonnés. Leur

abonnement, ayant commencé du premier janvier dernier, est valable

jusqu'au 31 décembre prochain. Nous prions seulement ceux d'entre

eux qui ne nous ont pas encore acquitté leur abonnement de vouloir

bien considérer que depuis le commencement nous payons nos imprimeurs

ordinaires. Ce serait une erreur de s'imaginer que l'on ne doit pas

nous payer parce que nous sommes socialistes. Nous sommes assurés que

la plupart de nos camarades les ouvriers compositeurs, les correcteurs

et les imprimeurs sont socialistes aussi. Mais c'est justement parce

qu'ils sont socialistes que l'_imprimerie de Suresnes_ les paie

comptant au tarif syndical. Pour aujourd'hui nous prions ceux de nos

anciens abonnés qui n'ont pas pensé encore à le faire de vouloir

bien nous apporter ou nous envoyer en un mandat le montant de leur

abonnement.—Nous prions instamment ceux de nos anciens abonnés qui

auraient déménagé pendant les vacances de vouloir bien nous donner

sans aucun retard leur nouvelle adresse, pour que nos fiches et le

répertoire soient rectifiés avant le commencement de la deuxième série.

Nos anciens abonnés savent que nous avons régulièrement envoyé les

cahiers de la première série à plus de trois cents abonnés gratuits,

pour la plupart instituteurs, dont les noms et adresses nous avaient

été communiqués par l'administration des _Journaux pour tous_, 19,

rue Cujas, Paris. Huit mois d'exercice patient et de correspondance

active ont permis à cette administration de nous communiquer plus

de cinq cents nouveaux noms. Nous les avons acceptés. Si lourd que

soit financièrement pour nous un tel service, nous enverrons donc

régulièrement les cahiers de la deuxième série à plus de huit cents

abonnés gratuits, pour la plupart instituteurs, choisis pertinemment.

Nous prions instamment nos amis non seulement de vouloir bien

eux-mêmes s'abonner, mais de vouloir bien aussi nous présenter et

honnêtement nous procurer le plus d'abonnés qu'ils pourront. Nous

savons de certain que beaucoup de personnes s'imaginent innocemment

qu'elles ont assez fait pour ces cahiers quand elles les ont lus

par communication. Nous nous permettons d'attirer leur attention

sur ce qu'il y aurait de parasitaire à user indirectement de cette

publication sans participer aux frais de son établissement.

Nous envoyons éventuellement ces cahiers à plus de deux mille huit

cents personnes automatiquement choisies parmi celles qui peuvent s'y

intéresser.

Nous les envoyons d'abord éventuellement aux abonnés du _Mouvement

Socialiste_. La direction de cette revue amie a bien voulu nous faire

communiquer la liste administrative de ses abonnés. Nous espérons

qu'ayant par _le Mouvement_ connaissance pragmatique de l'action

socialiste internationale pendant qu'elle se meut ils demanderont à

nos cahiers cette indispensable connaissance historique de l'action

que l'on ne peut donner qu'un peu après que se sont dessinés les temps

de repos.

Nous envoyons éventuellement nos cahiers à tous les abonnés du

_bulletin de l'Union pour l'action morale_. L'administration de cette

revue a bien voulu nous communiquer la liste de ses abonnés. Nous leur

envoyons éventuellement nos cahiers. Nous sommes en effet de ceux qui

ne peuvent nullement distinguer la révolution sociale de la révolution

morale, en ce double sens que d'un côté nous ne croyons pas que l'on

puisse opérer profondément, sincèrement, sérieusement la révolution

morale de l'humanité sans opérer toute la révolution de son habitat

social, et qu'inversement nous croyons que toute révolution formelle

serait vaine si elle ne comportait pas le labourage et la profonde

éversion des consciences.

Nous envoyons éventuellement nos cahiers à tous les correspondants

de la _Ligue française pour la défense des droits de l'homme et

du citoyen_. L'administration de cette ligue a bien voulu nous

communiquer son dernier bulletin. Nous y avons trouvé imprimés les

noms des républicains actifs qui ont constitué à Paris et surtout en

province des sections de la ligue. Nous pensons que nous avons obtenu

ainsi une liste sérieuse d'anciens dreyfusards. Or il n'échappera

pas à nos lecteurs que nous sommes les seuls dans une certaine

région qui ayons exactement gardé la juste rigueur méthodique de

l'ancienne action dreyfusiste. Alors que les différents États Majors

dreyfusistes, comme la plupart des États Majors, délaissaient la

considération des droits pour la contemplation des avantages, nous

avons seuls dans une certaine région,—et nous n'en sommes aucunement

heureux,—continué nous-mêmes à respecter rigoureusement la méthode

que nous avions demandé que l'on respectât. Nous pensons aussi que

nous réussirons à démontrer à ces nouveaux abonnés que la révolution

sociale, au sens où nous la préparons, peut seule donner à tous les

hommes le véritable exercice de tous les droits humains, peut seule

instituer une cité humaine où tous les hommes soient accueillis comme

des citoyens véritables.

Nous envoyons éventuellement nos cahiers à beaucoup d'universitaires,

professeurs de l'enseignement supérieur et de l'enseignement

secondaire, instituteurs et professeurs de l'enseignement primaire

et de l'enseignement primaire supérieur, soit qu'ils fussent abonnés

déjà au _bulletin de l'Union pour l'action morale_, soit que

nous ayons demandé leur nom à l'annuaire. Nous espérons que leur

enseignement pourra se nourrir des documents et des renseignements,

des commentaires, des travaux et des œuvres qu'ils auront dans ces

cahiers. Nous espérons qu'ils n'hésiteront pas à nous avouer pour un

des leurs, à voir dans ces cahiers le travail d'enseignement que nous

y mettons avant tout.

Nous envoyons éventuellement nos cahiers aux secrétaires et aux

délégués des groupes socialistes qui aux récents congrès constituaient

à peu près un parti opposé au parti de la domination autoritaire.

Nous regrettons que le secrétariat du Parti Ouvrier Socialiste

Révolutionnaire nous ait refusé communication de ses listes. Nous

regrettons toujours tout ce qui sera du huis clos. Nous n'avons pu

avoir une liste sérieuse des principaux syndicalistes. Nous envoyons

éventuellement nos cahiers aux citoyens secrétaires et délégués des

groupes adhérents à la Fédération Socialiste Révolutionnaire, et

aux Fédérations départementales et régionales. Nous les envoyons

éventuellement aux Coopératives socialistes.

Autant que nous l'avons pu nous envoyons éventuellement nos cahiers

aux universités populaires, aux sociétés sérieuses d'enseignement

laïque et de culture postscolaire. A ces institutions surtout

conviennent les principaux éléments dont nos cahiers sont formés. Si

la libre pensée n'impliquait pas une audience impartiale et attentive

infatigablement accordée à l'impartiale proposition des documents et

des renseignements, des commentaires, des travaux et des œuvres, elle

ne serait plus qu'une lamentable contrefaçon de la pensée dogmatique,

de la serve pensée.

Nous envoyons éventuellement nos cahiers à plusieurs _visiteurs des

pauvres_. Nous savons qu'une charité intelligente et constante ne

tarde pas à s'apercevoir que la société présente est mécaniquement

organisée pour faire des pauvres et de la pauvreté.

Quand nous aurons fini de publier la deuxième série de nos cahiers,

nous publierons un _index_, devenu indispensable, de ces deux séries.

POUR MA MAISON

21 décembre 1900

En janvier 1898 mon ami l'éminent historien Pierre Deloire publiait

dans _la Revue Socialiste_, sous la rubrique ordinaire _littérature

et philosophie_, un article que je lui demande la permission de

reproduire en entier:

M. Henry Bérenger a ouvert dans la _Revue Bleue_ une très

intéressante enquête sur _les responsabilités de la Presse

contemporaine_.

Parmi les réponses qu'il a reçues, celle de M. Lucien Marc,

directeur de _l'Illustration_, est à citer la première, parce

qu'elle pose, en fait, la question, dans le détail.

Envisageons la presse au point de vue industriel. Sa matière

première est le papier blanc, qu'elle transforme en feuilles

imprimées. Souvent, les frais de la transformation dépassent le

prix de vente du produit fabriqué, et le bénéfice ne vient que

des sous-produits, ainsi qu'il arrive pour beaucoup d'industries.

En journalisme, le sous-produit, c'est la publicité.

...Contrairement à l'opinion courante, ce ne sont pas les

journaux à bon marché qui ont le plus besoin des annonces pour

équilibrer leur budget. _Le Petit Journal_, _le Petit Parisien_,

journaux à un sou, gagnent sur leur papier. Par contre, voici le

compte d'exploitation du _Figaro_ pour l'exercice 1896:

RECETTES

Abonnements et vente au numéro 2.695.045 32

Annonces et réclames 1.707.566 81

Recettes diverses 140.856 43

Total des recettes ―――――――――――― 4.543.468 56

DÉPENSES

Fabrication du journal: rédaction,

papier, impression,

affranchissement, etc. 2.503.526 22

Frais généraux 547.298 37

Total des dépenses ―――――――――――― 3.050.824 59

――――――――――――

Bénéfice 1.492.643 97

‗‗‗‗‗‗‗‗‗‗‗‗

Ainsi, _le Figaro_, journal à trois sous, ne réalise même pas,

sur la vente et l'abonnement, de quoi subvenir à la moitié de ses

frais généraux. Le surplus, et la totalité du bénéfice net, sont

fournis par la publicité.

Si, au lieu des comptes du _Figaro_, nous examinions ceux du

_Times_, journal à trente centimes, nous verrions s'accentuer le

phénomène de la perte sur le papier, compensée par le produit

des annonces. Que serait-ce si, du _Times_, nous passions au

_New-York Herald_ et à ses numéros du dimanche qui, pour _cinq

sous_, donnent _soixante-quatre pages_ de grand format dont

chacune contient autant de matières que les quatre pages d'un

journal parisien!

Voilà donc en France, en Angleterre, aux États-Unis, trois

journaux en pleine prospérité, ne vivant que de la publicité. Il

n'y a pas là, comme on le croit, un mal résultant du bas prix des

journaux.

Oeuvres complètes de Charles Péguy (tome 1) · 第 15 / 26 段