Pendant qu'un doux sommeil dans l'ombre et le silence
Délasse les mortels de leurs rudes travaux,
Des rigueurs de Chloris je sens la violence,
Et j'implore le ciel sans trouver de repos.
Quand l'aube reparaît, ma plainte recommence,
Et je ressens alors mille tourments nouveaux;
Je passe tout le jour dans la même souffrance,
Espérant vainement la fin de tant de maux.
La nuit revient encor, et ma plainte est la même;
Tout est dans le repos, et mon mal est extrême,
Comme si j'étais né seulement pour souffrir.
Qu'est-ce donc que j'attends de ma persévérance,
Si le ciel et Chloris m'ôtent toute espérance?
Mais n'est-ce pas assez d'aimer et de mourir?
[Illustration:
Paris, S. Raçon, et Cie, imp. Furne, Jouvet et Cie, édit.
Camille écouta le jour suivant les galants propos de Lothaire
(p. 183).]
Le sonnet plut à Camille; quant à Anselme, il le trouva admirable. Il
faut, dit-il, que cette dame soit bien cruelle pour ne pas se laisser
toucher par un amour si sincère et si passionné? Est-ce que tous les
amants disent vrai dans leurs vers? demanda Camille. Non pas comme
poëtes, mais comme amoureux, ils sont bien au-dessous de la vérité,
répondit Lothaire. Cela ne fait pas le moindre doute, reprit Anselme,
toujours pour appuyer les sentiments de son ami et les faire valoir
auprès de sa femme. Camille, qui savait que ces vers s'adressaient à
elle seule et qu'elle était la véritable Chloris, demanda à Lothaire
s'il savait quelque autre sonnet, de le réciter. En voici un, répondit
celui-ci, dont je n'ai guère meilleure opinion que du premier; mais vous
en jugerez.