Que dans d'autres contrées plus sages, où règnent toutes les libertés,

on laisse l'indifférence, le bon sens des citoyens laisser passer

de pareils outrages, on le comprend; mais ici, où existe la censure

préalable sur les dessins, ceux qui paraissent ne sont publiés que

s'ils ont été approuvés. De même pour les journaux, à l'égard desquels

une poursuite est toujours facile et rapide, pourquoi ces complaisances

ou ces oublis, trop prolongés?

Depuis qu'elle tient un rang, parmi les autres nations, seule, dans

ce concert, la France joue une tragédie, que l'on pourrait intituler:

_Philanthropie et Repentir_.

Partout et toujours, à l'extérieur, comme au dedans, entraînés par la

sensibilité, mauvaise conseillère, nous courons aux aventures, et nous

en rapportons des déceptions, des marques d'ingratitude, des trahisons,

mais nous ne nous corrigeons jamais.

Par tempérament, nous sommes contre l'autorité, contre la loi, contre

ses agents, et nous nous trouvons si bien, dans notre pays, favorisé

du ciel, que nous ne savons ni voyager, ni coloniser, ni fonder.

Le nombre, toujours croissant des malfaiteurs, est dû à l'absence

d'instruction ou à l'instruction incomplète, aux surexcitations, de

toutes sortes, données par la grande ville, à la misère et à l'abandon.

On ne croit plus à rien, les colonnes de la société sont ébranlées,

comme à plaisir, et la famille même n'est plus un asile, un lieu de

salut.

Autrefois, pour les peines temporelles, des commutations, mûrement

examinées, préparées par la conduite des détenus étaient, le 15 août

seulement, accordées. Aujourd'hui, la peine prononcée, la veille, est

effacée le lendemain et les parquets ont souvent, dans le même mois,

leur examen, de nouveau, appelé sur un même recours en grâce.

Que la fête nationale ait été transférée du 15 août (fête de saint

Louis, le Grand Justicier) au 14 juillet (date de la prise de la

Bastille), on peut le comprendre, mais il faudrait bien, pour les

décisions à prendre, en revenir aux sages et anciennes mesures. Agir

autrement, c'est sans préparation pour eux, et au péril de leurs

concitoyens, rejeter dans une société, dont ils ne sont plus restés

dignes, des individus dangereux encore[238].

Pour la débauche, ses causes sont multiples, elles découlent des

séductions exercées par le luxe, par l'abandon, par la misère, qui

assiègent ici les jeunes filles, à leur début dans la vie. Elles se

trouvent aussi dans ces unions, trop disproportionnées, dans lesquelles

des familles cherchent à unir des fortunes, non des sympathies.

Cependant, avant d'arriver aux qualités morales, on est séduit ou

éloigné, par les beautés ou les imperfections physiques. De là, des

froideurs, trop souvent des adultères, dont le monde frivole parle,

sans surprise, sans reproche même, sans demander à qui la faute?

Les enfants, qui devraient être un lien si puissant, devenant une gêne,

on les éloigne, dans des pensions d'où ils sortent à époques lointaines

et périodiques.

Soyons fiers de nos départements, des Flandres, et du Nord (où

l'Espagne a laissé encore son empreinte, depuis le seizième siècle),

montrant des types gracieux, de nos provinces du Midi, la Provence,

l'Auvergne, les Bouches-du-Rhône, avec les piquantes filles de

Marseille, d'Arles, du Gard, où tout Nîmois est à demi Romain,

comme l'a si bien dit le poète Reboul[239]; de l'Aveyron aux vertes

montagnes, d'où s'écoulent de frais ruisseaux, comme le Lot et la

Truyère, réunis à Entraygues, près d'Espairac; où la parole vibre,

ardente, comme le cœur et le sang; du Languedoc, où chantent les belles

voix; de Bordeaux, où les regards grisent, comme le vin; de Granville,

cette colonie de Phocéennes, toujours coiffées d'un bonnet, qui

représente un vaisseau, voiles déployées; de la Lorraine, enfin, qui

regarde, avec une douce fierté, l'Alsace, sa sœur perdue, hélas!

Ces grâces, ces séductions diverses, il faudrait enfin les mélanger,

les fusionner bien vite, et ne plus prendre autant souci des questions

d'argent, qui se dressent au seuil de toutes les unions, projetées ou

réalisées, comme pour les détruire, par avance. Pour ces situations,

le rôle de l'homme est décisif, prépondérant; c'est toujours lui qui

a commencé, la femme ne fait que suivre la voie, dont on lui a montré

d'abord l'accès. L'histoire si vraie de _Denise_[240] est celle de

beaucoup de ses semblables[241]:

Quand son mari devint l'amant d'une autre femme,

Oublieux ou lassé de son premier bonheur,

Cette enfant de seize ans, qu'on appelait madame,

Étouffa ses sanglots, sous un masque moqueur.

C'est donc à l'enfance, à la jeune fille qu'il faut, pour en faire

plus tard des femmes, porter tout d'abord protection. Il faut relever

celles qui sont tombées, une première fois[242], et ne pas les rejeter

impitoyablement, comme des damnées, dans un cercle fatal, où elles se

meuvent forcément avec cet autre paria, qui les recherche et qui est un

repris de justice, à tous deux il faut des juges, s'ils ont commis des

délits.

Nous ne sommes plus au temps de Louis XV, alors qu'après de

véritables chasses à courre, données à la femme, on embarquait pour

le Nouveau-Monde, tant de Manon Lescaut, dont l'abbé Prévost a écrit

l'histoire attendrie. Il est donc urgent, après tant d'autres réformes,

moins nécessaires, de remettre[243] la fille, même dégradée, au rang

qu'elle a momentanément perdu, en lui facilitant le retour au travail

ou bien à la moralité.

Que les tours se rouvrent pour éviter les infanticides, ils augmentent

partout, que l'assistance publique concentre ses immenses ressources

uniquement sur les crèches, les asiles, les hôpitaux, où l'œuvre

admirable des chirurgiens et médecins ne doit pas être isolée, mais

continuée sur les convalescents et les guéris; il y a toujours des

rechutes à craindre et à prévenir, sinon à éviter complètement. Par

ce tableau sommaire, complet pourtant, de la situation que nous avons

envisagée, en face, nous avons appelé l'attention de tous sur une

double question, digne de méditation et de remède. Ce n'est ni au

loin, ni au dehors que nous devons songer, mais d'abord au mal le plus

pressé, le plus voisin:...

Jàm proximus ardet

Ucalegon.....

Nous avons vanté notre législation Française, si complète dans tous ses

Codes, auxquels il n'est pas permis de toucher partiellement et que

l'on regarde comme insuffisante, parce qu'elle est irrégulièrement ou

mollement appliquée.

De notre organisation judiciaire, enviée de tous les peuples, à cause

de l'intégrité, de l'économie, de la rapidité de sa justice[244], nous

n'avons pas à parler ici, ce n'est ni le temps, ni le lieu[245].

Les seules critiques dirigées contre la magistrature, viennent de

ce qu'elle a été, sur la demande même de ceux qui s'en plaignent

maintenant, en en ayant été les victimes, chargée de juger les délits

de presse, précédemment déférés au jury (1848)[246].

PIÈCES JUSTIFICATIVES

I

LA TRAITE DES BLANCHES

Tous les petits ménages ont eu plus ou moins affaire aux bureaux de

placement, pour avoir des servantes, des nourrices ou des bonnes.

Malgré quelques procédés, plus ou moins ingénieux d'exploitation, il

n'y a pas trop à se plaindre, et c'est encore aux bureaux qu'il est

préférable de recourir, parce que les parties contractantes prennent,

l'une et l'autre, des engagements qu'elles peuvent rompre en se

conformant aux usages, sans avoir à compter avec un intermédiaire

gracieux. Cet embarras se présente trop souvent, quand on prend un

serviteur sur la recommandation d'un ami ou d'une amie qui, le plus

souvent, s'est débarrassé.[247]

Je n'ai pas d'ailleurs, à traiter la question des serviteurs et des

domestiques, question insoluble. La Fontaine ayant dit, il y a deux

siècles, et n'ayant jamais été démenti:

Notre ennemi, c'est notre maître.

Les bureaux de placement sont donc des établissements utiles; la

plupart se bornent à être les intermédiaires entre l'offre et la

demande de service.

Mais on vient d'apprendre une odieuse combinaison internationale qui

doit être signalée, espérant que le gouvernement prendra des mesures

pour en empêcher le retour.

Il y a quelque temps, le directeur d'un important bureau de Paris

offrit à plusieurs jeunes filles, sans place, de très belles situations

à Londres.

—Mais nous ne savons pas parler anglais.

—C'est bien pour cela que je vous offre ces places; c'est une condition

expresse.

Les jeunes filles, l'une d'elles renonça même à une bonne place,

donnèrent chacune dix francs au bureau, réalisèrent toutes leurs

économies et partirent pour Londres, à leurs frais, bien entendu.

On doit noter que ces jeunes filles sont de figure très agréable.

Arrivées à Londres, elles se firent conduire aux adresses indiquées.

Amère déception! c'était un bureau de placement qui n'avait pas de

places pour elles, et une maison meublée. Et quelle maison! située

au-dessus d'un bar (café-restaurant) de dixième ordre.

Ne connaissant ni Londres ni la langue Anglaise, elles durent subir les

conditions de la maison et payer 3 shellings (3 fr. 75) par jour, pour

être nourries et logées.

Malheureuses filles! Leurs petites ressources s'épuisaient vite et

elles entrevoyaient avec terreur le moment où elles tomberaient

fatalement dans l'abîme infâme vers lequel les deux bureaux de

placement coalisés les poussaient.

Elles avaient été devancées par d'autres pauvres filles Françaises...

Heureusement, un Français de passage à Londres se trouva sur le chemin

de ces jeunes filles; il apprit leur histoire; il intervint auprès

du comité de secours des Français établis à Londres; il obtint leur

rapatriement.

Son œuvre n'est pas finie; il s'occupe en ce moment de trouver des

places pour ces jeunes filles; ce n'est pas tout; il faut que la

justice soit appelée à se prononcer.

Grâce à leur protecteur, les jeunes filles rapatriées ont obtenu

l'assistance judiciaire; elles poursuivent le directeur du bureau de

placement.

Qu'elles obtiennent des dommages-intérêts; cela ne fait pas doute; ce

n'est pas assez; il faut que ce trafic international, qui ressemble si

fort à la traite des blanches, ne puisse pas se renouveler.

A la suite d'un scandale semblable, qui fut découvert de Suisse en

Autriche et réciproquement, un bureau officiel de renseignements a été

créé dans les deux pays.

Toute personne à qui une place est offerte demande à ce bureau si la

place existe réellement.

Pourquoi ne créerait-on pas au Ministère des affaires étrangères un

bureau semblable qui, par les ambassades et les consulats, serait à

même de renseigner exactement les pauvres gens qui en seraient réduits

à s'expatrier.

Pour les femmes surtout c'est une cruelle extrémité; et celles qui

veulent rester honnêtes doivent avoir des garanties, quand on les

attire hors de leur pays natal.

II

PRÉSERVATION

L'opinion des médecins, d'accord avec celle des moralistes et des

familles, serait qu'il faudrait, en cette matière, user en France[248]

d'une réglementation sévère, réclamée par le Congrès médical (1867),

opérer de fréquentes visites, dans les maisons clandestines, ordonner

l'inscription d'office des insoumises, prescrire, dans les maisons

tolérées, l'usage des lotions chlorurées et phéniquées, prophylactiques

utiles.

Sans doute, il peut y avoir quelques erreurs possibles; mais il faut

songer qu'à Paris les arrestations d'insoumises s'élevent, par an, de

7,000 à 7,500.

III

ABAISSEMENT DU NIVEAU DES ÉTUDES

Le journal de l'_Instruction Publique_ donne la statistique sommaire,

dressée par les soins du Ministre de l'instruction publique, des

examens du baccalauréat ès lettres et du baccalauréat ès sciences

pendant la session de juillet-août 1880. 6,692 jeunes gens se sont

présentés devant les Facultés des Lettres, pour la première partie du

baccalauréat ès lettres (examen de rhétorique); 3,423 ont été éliminés

après l'épreuve écrite, 426 ont été ajournés après l'épreuve orale et

2,843 ont été admis, ce qui constitue une proportion de 42%[249].

Pour la deuxième partie (examen de philosophie) 4,711 candidats se sont

présentés; 2,052 ont été exclus après les épreuves écrites, et 529

après les épreuves orales; 2,310 jeunes gens ont été définitivement

admis au grade, ce qui constitue une proportion de 45%.

3,624 jeunes gens ont subi les épreuves du baccalauréat ès sciences

complet; 2,013 ont été éliminés après les épreuves écrites; 260 après

les épreuves orales, et 1,317 ont été jugés dignes du grade, ce qui

donne une faible proportion de 33%[250].

IV

LES FACTIONNAIRES SUPPRIMÉS ET LES POSTES DU GUET

On a lu dans les journaux d'août 1880:

Conformément aux ordres du général Farre, tous les postes, _reconnus

inutiles_, ont été supprimés à Paris. A huit heures, les officiers ont

été informés qu'ils devaient rentrer à la caserne avec leurs hommes,

sans attendre d'être relevés par la garde montante.

A dix heures, toutes les sentinelles étaient retirées et les postes

évacués[251]. Il ne reste plus actuellement à Paris, en dehors des

piquets de service aux portes des casernes, que deux ou trois points,

occupés militairement par la seule garde républicaine, entre autres le

poste de Saint-Eustache, à part les gardes d'honneur de l'Élysée, du

Sénat, de la Chambre et de l'état-major général.

Après l'enlèvement inattendu et inexpliqué des tambours aux tambours

et des cuirasses aux vaillants cuirassiers, il ne restait plus qu'à

supprimer les postes, destinés à protéger les monuments publics et les

domiciles privés; à quoi servent les garnisons, si considérables, en

temps de paix?

A Paris, les postes du guet étaient autrefois placés[252]:

Place des Carreaux;

Au guichet des diverses prisons;

Dans la cour du Palais;

Au Carrefour du Pont Saint-Michel;

Sur le Quai des Augustins;

Au Carrefour Saint-Cosme;

A Saint-Ives;

A Saint-Honoré;

A la Croix des Carmes;

Au Carrefour Saint-Séverin;

Près l'Église de la Magdeleine;

Aux Planches-Mibray;

A la Croix de Grue;

A l'Hôtel de Sens;

A la Porte Bauldier;

Au Coin Saint-Pol;

A la Traverse Quadier;

A l'Échelle du Temple;

A Saint-Nicolas des Champs;

A Saint-Jacques de l'Hospital;

A la Fontaine Saint-Innocent;

A la pointe Saint-Eustache;

A l'École Saint-Germain;

A la Place aux Chats.

Aujourd'hui, le crime redouble, _Parisiens, dormez!_

V

LA PRÉFECTURE DE POLICE

On a beaucoup parlé, dans ces derniers temps, de cette grande

administration[253] dont l'origine se confond presque avec celle

de la Ville de Paris. D'après nos historiens, d'après les récents

travaux sur le _Châtelet de Paris_, le Prévôt était, pour ses actives

attributions, sous le contrôle du Parlement, le prédécesseur direct et

comme l'ancêtre immédiat de nos Préfets de police, qui remontent au

commencement de ce siècle.

En janvier 1796, fut créé un ministère de la Police, pour assurer la

tranquillité intérieure de la République.

Le 17 février 1800, Bonaparte nommait un préfet de police, chargé de

veiller à la sécurité des douze arrondissements de Paris.

Depuis cette époque jusqu'à nos jours, on compte trente-neuf préfets

ou ministres de la police; leur administration, avec des règles ou

des tendances diverses, a traversé tous les régimes, regardée par les

honnêtes gens, comme un palladium nécessaire, comme une protection,

dont Girod (de l'Ain) en 1830, comme Caussidière en 1848, réclamèrent

le maintien.

Consulté en 1870, par le gouvernement, M. Ducoux répondait à la

proposition, alors faite par M. de Kératry, le 19 septembre: «Ce serait

une faute énorme, à toutes les époques; mais aujourd'hui, un acte

criminel ou insensé, dont aurait à souffrir la mémoire de tous ceux qui

y auraient participé.» M. Macé, dont on connaît l'expérience, conclut

dans le même sens. Malgré de vives attaques, toujours impuissantes,

bien que renouvelées, la Préfecture de police a été maintenue, elle

fonctionne, dans les limites tracées par les lois, qui assurent l'ordre

et la sécurité dans notre capitale, si souvent inquiétée et troublée

par de grands crimes.

La police municipale comprend une légion d'agents, recrutés parmi

les anciens soldats, la plupart décorés de la Légion d'honneur, de

la médaille militaire ou des médailles de Crimée, du Mexique, de

Chine ou d'Italie, répartis, jour et nuit, en uniforme, dans les

vingt arrondissements. Il convient d'y ajouter la brigade centrale,

l'important et trop peu nombreux service de la sûreté, la surveillance

des garnis, des mœurs, des voitures et de la politique, en ce pays, si

mobile et ondoyante.

VI

LES MARCHANDES DE FLEURS ET LE VAGABONDAGE

Paris, le 1^{er} septembre.

M. le Préfet de police vient d'adresser aux commissaires de police de

la ville de Paris la circulaire suivante:

MESSIEURS,

J'appelle votre attention sur les filles de mauvaises mœurs, qui

offrent en vente des fleurs aux passants.

Ces offres sont faites, le plus souvent, par de très jeunes filles,

même par des enfants et n'ont d'autre but que de dissimuler des

provocations honteuses[254].

Je vous rappelle, messieurs, que le fait d'offrir sur la voie publique

des marchandises aux passants constitue une contravention aux

dispositions, trop oubliées de l'article 1^{er} de l'ordonnance de

police du 28 décembre 1859, lequel est ainsi conçu:

«Il est défendu de circuler sur la voie publique, en quête d'acheteurs,

avec des marchandises ou denrées de quelque nature que ce soit,

exposées en vente sur des appareils quelconques ou par tout autre moyen.

«Sont réputés quêtes d'acheteurs, le stationnement sur la voie

publique, quelque courte qu'en soit la durée, l'offre de vente et la

vente.»

Je charge M. le chef de la police municipale de donner des

instructions aux agents placés sous ses ordres pour qu'ils conduisent

les contrevenants dans vos bureaux où vous statuerez à leur égard,

conformément à l'ordonnance précitée.

Mais vous ne vous bornerez pas à constater la contravention de simple

police, Vous chercherez si elle n'a pas été accompagnée de faits

constituant l'outrage public à la pudeur, vous examinerez aussi la

situation du contrevenant au point de vue du domicile et des moyens

d'existence, afin de relever, s'il y a lieu, le délit de vagabondage

et de me mettre à même d'ordonner les mesures administratives qui y

sont applicables.

Enfin, quand vous serez en présence de filles mineures, vous

rechercherez, avec le plus grand soin, si elles sont exploitées et

poussées à leur honteux métier, soit par leurs parents, soit par des

souteneurs, et vous m'adresserez, avec vos procès-verbaux, tous les

renseignements de nature à me permettre de déférer ces derniers à la

justice, pour excitation de mineures à la débauche.

_Le Préfet de police_: ANDRIEUX.

Si les prescriptions de cette circulaire permettent d'atteindre et de

faire condamner un certain nombre de vagabonds, elles présentent deux

inconvénients sérieux. Le premier est d'englober, dans une répression

arbitraire, toute une catégorie très intéressante de petits vendeurs

ambulants, à qui leur commerce permet précisément d'échapper au

vagabondage. Le second est de distraire le service de la sûreté et de

la police municipale de l'importante et si nécessaire surveillance des

malfaiteurs.

La circulaire permettra d'arrêter beaucoup d'enfants, qui essaient

de faire quelque chose, mais nous ne voyons pas quelles mesures elle

édicte contre ceux qui sont bien résolus à ne jamais travailler et à

ne vivre que de la prostitution. La police des mœurs doit cependant

connaître ces individus. Si elle les connaît, qu'en fait-elle? Nous ne

supposons pas qu'elle les utilise. Et, si elle ne les connaît pas,

qu'elle les recherche activement, ils sont une menace et un danger

permanent.

VII

PREMIER TROTTOIR

Il est intéressant de reproduire, pour servir à l'histoire de la

prostitution, le journal dont suit le spécimen:

_Le Procureur_ (Journal des Alphonses). Paris (1880).

Bien que la mère doive en défendre aussi soigneusement que possible la

lecture à sa fille, _le Procureur_ est un journal essentiellement moral.

Faire cesser le scandale quotidien que, chaque nuit, et même déjà

chaque après-midi, présentent les cafés, promenades, jardins, avenues,

boulevards et rues de Paris, encombrées de créatures, folles de leur

corps, venant s'offrir aux hommes, sans même souvent s'inquiéter de

regarder s'ils sont accompagnés de leur femme ou de leur fille, tel

est le but louable que nous nous proposons, et pour lequel nous avons

la délicatesse de ne pas demander une subvention que, certes, le

gouvernement serait fort empêché de trouver des motifs plausibles de

nous refuser.

Nous en convenons, pour certains rapprochements, nos colonnes ne

pourront jamais suppléer à celles Rambuteau. Mais néanmoins, elles

peuvent rendre de grands, d'immenses services, en enregistrant,

moyennant une très légère rétribution, les demandes et les offres de

nos clients et clientes, et en leur donnant les uns sur les autres tous

les renseignements que notre délicatesse et notre tact, si hautement

appréciés dans le monde, nous permettront de divulguer.

Quelques journaux ont déjà entrepris de remplir cette belle tâche. Mais

ils veulent la mener de front avec d'autres, ce qui ne leur permet

pas de parvenir à réaliser les conditions d'économie, précision,

célérité et les commodités de toute sorte auxquelles nous atteindrons,

consacrant à ce but utile et humanitaire tout notre temps et tous nos

efforts.....

VIII

LES DUELS

Les duels fleurissent dans les années, qui suivent les guerres. On

se bat pour un rien, pour le plaisir. L'épidémie de duels qui s'est

abattue sur Paris, il y a quelque temps, a éveillé l'attention de M. le

Préfet de police. Un travail très important vient d'être entrepris à

cet sujet, sur son ordre.

Une statistique détaillée des rencontres, qui ont eu lieu depuis le

1^{er} janvier dernier, et dont les parquets n'ont pas été saisis, a

été commencée ces jours-ci (1880).

On est arrivé au chiffre respectable de quatre duels par semaine, soit

cent quarante à peu près, depuis le commencement de l'année; beaucoup

de bruit, peu de sang et à la frontière[255].

L'écrivain Fiévée disait:

—Quand je parle de quelqu'un, je le fais toujours comme si je lui

parlais.

Et le général Mollière posait cet axiome militaire:

—On ne doit jamais toucher un homme qu'avec du fer ou avec du plomb!

IX

LES DRAMES DU VITRIOL

Les journaux de Toulouse rapportent que mercredi soir, vers huit heures

et demie, la demoiselle Hortense Fabre s'introduisait dans le café

Josse, rue du Canard, nº 11, où se trouvaient plusieurs consommateurs,

sur lesquels elle a lancé un liquide corrosif que l'on croit être

du vitriol. Les sieurs Gélis, Mothes, menuisiers, et Jean-Joseph,

voiturier, ont été assez grièvement atteints. Hortense Fabre prétend

avoir eu avec ledit voiturier des relations intimes, dont la naissance

d'un enfant aurait été le résultat, l'éternelle histoire que tout le

monde sait: abandon de l'amant, désespoir de la jeune fille, et puis

enfin dénouement ordinaire: vengeance au vitriol. Hortense Fabre a été

mise à la disposition du procureur de la République[256].

X

LES MORTS SUBITES ET MYSTÉRIEUSES

Vidocq, dans ses _Mémoires_, raconte qu'il eut, un jour, à enlever le

cadavre d'un homme, tombé mort chez une femme mariée, qu'il importait

de ne pas compromettre.

Léon Gozlan et Sardou ont, avec art, exploité cette curieuse et sombre

donnée, dans une nouvelle et au théâtre.

Citons ici miss (Annah) Neison, 22 ans, artiste dramatique, venue le 20

août 1880 de Londres pour contracter, à Paris, un engagement théâtral.

Descendue à _l'hôtel Continental_, elle sort, pour se promener, en

voiture, au bois de Boulogne, y boit, vers trois heures, une tasse

de lait. Prise de douleurs abdominales, vainement combattues par les

médecins de Neuilly appelés, la mort survient dans la nuit du samedi

au dimanche (22 août 1880), le commissaire de police appelé envoie

le cadavre à la Morgue, où l'autopsie, pratiquée par les docteurs

Brouardel et Descouts démontre que la cause réelle de la mort était une

hémorragie, survenue à la suite d'une grossesse extra-utérine, de trois

mois au plus.

Toute présomption de crime ayant été effacée, on mit en liberté des

Anglais, qui avaient assisté miss Neison, et n'avaient pu expliquer

la cause d'une mort, accompagnée de circonstances étranges et d'abord

suspectes[257].

XI

L'ENFANCE COUPABLE ET LES ENFANTS ABANDONNÉS A PARIS (1880)

Le crime et la débauche à Paris; Le divorce · 第 12 / 18 段