occupant alors la France, adressées au prévôt de Paris, lui ordonnait
de faire vuider d'un lieu, appelé _Baillehoë_, proche l'église
Saint-Merry, les femmes de vie dissolue qui y tiennent clapier et
bordel public, ce lieu étant un chemin, par lequel plusieurs habitants
venaient à ceste église. (_Registre du Châtelet, livre noir._)
A Londres, comme en Espagne, en Italie, ce pays des belles et célèbres
courtisanes, que Montaigne n'admirait pas pourtant, la prostitution
s'exerce librement. Elle y est réprimée seulement, comme tous les
autres délits, lorsque, dans la rue, en public, elle s'exhibe et
trouble l'ordre, la morale; on lui abandonne ses quartiers réservés,
ses franchises, ses victimes mêmes.
Le mal de Naples a déjà fait son entrée en France et le Parlement de
Paris, prévoyant pour le printemps (6 mars 1496), un progrès de la
contagion, ordonne que, de par le roy, il sera fait cry que les forains
hommes et femmes, attaqués de la dite maladie, sortiront de Paris, dans
les vingt-quatre heures, sous peine de la hart[44].
III
SEIZIÈME SIÈCLE: LES FILLES A DIJON, A PÉRONNE.—(1518)
LETTRES PATENTES DE FRANÇOIS I^{er} SUPPRIMANT LE BORDEAU DE
GLATIGNY.—(1556) ÉDIT DE HENRI II SUR LES FILLES AYANT CELÉ
LEUR GROSSESSE.
Jehan Auxeau, sergent de la mairie de Dijon, afferme de 1510 à 1511,
moyennant 30 livres, la maison commune où se tiennent les filles
publiques, et il lui est fait remise du prix du loyer, à cause du _Mal
de Naples_, qui a régné et eu cours, pourquoi plusieurs n'ont fréquenté
en la dite maison (_Comptes de la ville de Dijon_). On agissait là en
bon père de famille, envers un locataire malheureux.
A Péronne, le 28 janvier 1518 et 11 février 1519, «il est fait
commandement à toutes les filles de se retirer dans le lieu public,
à l'usage d'estuves, pour elles édifié, et ne soient si osées ne
hardies coucher, ne tenir résidence, hors du dit lieu, si ce n'est
de jour, pour boire, manger, honnestement et sans bruit, scandale ou
confusion[45]. Défense aux hosteliers, taverniers, cervoisiers de
Péronne, vendant vin ou victuailles, de retirer les dites filles,
sur peine de bannissement, si ce n'est pour maladie ou aultres cas
pitoyables.» Que les temps sont changés!
La débauche troublait et inquiétait, par ses désordres, les âmes
pieuses. En 1518, à la prière de la reine Claude, le roi François
I^{er} signa des lettres patentes, prescrivant la destruction du
bordeau de Glatigny, situé derrière l'église de Saint-Denis de la
Chartre, à cause des impuretés qui s'y commettaient, par chascun jour.
En démolissant lesdites maisons y furent trouvés les squelettes de
trois hommes et le lendemain, qui était dimanche, par ordonnance de
monsieur l'archevêque de Paris, furent faites processions générales
autour de la Cité (_Journal d'un bourgeois de Paris_).
En 1539, Le Parlement de Paris, chargé de juger et d'administrer en
même temps, ordonne «aux gouverneurs de l'Hôtel-Dieu de pourvoir
l'hôpital Saint-Nicolas, destiné aux pauvres vérolés, de draps, linges,
appareils nécessaires, de sorte que plainte ne vienne.»
L'édit de Henri II contre les filles ayant celé leur grossesse, leur
accouchement, pour faire périr leurs enfants sans baptême, décide
qu'elles seront punies de mort (février, 1556).
Une sentence de mort prononcée est exécutée le 27 septembre 1724,
contre Marie Lordiol, veuve Birat, pendue et étranglée à un poteau au
haut de la rue Mazarine, son corps mort y[46] demeurera vingt-quatre
heures, puis porté au gibet de Paris.
IV
DIX-SEPTIÈME SIÈCLE: ORDONNANCE DE POLICE, (JUILLET 1629,)
ORDONNANT AUX FILLES DE QUITTER PARIS.—SENTENCE DU CHATELET (6
JUILLET 1663).—LETTRE DE LA REINE ANNE D'AUTRICHE.—LA FILLE
HUÉ (1679).—CRIMES CONTRE NATURE, DE 1640 A 1660, DANS LE
RESSORT DU PARLEMENT DE PARIS.
Ordonnances de police des 19 juillet 1629 et de septembre 1644,
prescrivant aux filles débauchées, aux vagabonds, de vuider la ville de
Paris, dans 24 heures, à peine de prison.
Défendant aux propriétaires de louer leurs maisons, en tout ou en
partie, à gens de mauvaise vie, filles débauchées, à peine de cent
livres parisis d'amende, et de confiscation des loyers, pour trois ans,
au profit de l'Hôtel-Dieu, pour la première fois, et pour la seconde,
de pareille amende, et de voir les maisons murées pour autant de
temps[47]. Enjoignant à tous propriétaires et principaux locataires des
maisons où existent telles sortes de gens, de les en faire vuider, dans
trois jours[48].
Par dépêche du 28 juin 1657, adressée au gouverneur et maire de
Compiègne par Anne d'Autriche, mère du Roy; il leur est ordonné de
recevoir Marguerite Bourlet, de ladite ville, ayant mené jusqu'à
présent une vie fort libertine, où Dieu a été offensé, et de la faire
mettre en lieu où elle ne puisse continuer à faire du mal, et lui faire
donner la nourriture nécessaire et proportionnée à la pénitence qu'elle
doit faire de ses offenses, pour y demeurer jusqu'à nouvel ordre,
et qu'il ait été pourvu à la faire vivre, comme elle doibt. (Donné
à Lafère, Anne.)—Voir aux Archives de la ville de Compiègne et à la
Préfecture de police les lettres de cachet (1721, 1789), ainsi que les
registres d'écrou des prisonniers, en vertu d'ordres du Roi, pour Paris
et les provinces (1728, 1792). _Le Bailliage du Palais._—_Les Communes
et la Royauté_ (Willem, éditeur, 1877).
Une sentence du Châtelet de Paris (6 juillet 1663) intervenue sur le
réquisitoire du procureur du Roi au Châtelet prescrit de mettre les
scellés rue du Fouarre, sur une maison occupée par la[49] nommé Hue,
dite Godefroy, déjà condamnée en plusieurs amendes, mesme par arrêt de
la Cour du Parlement, à estre fustigée, ayant un chapeau de paille sur
la teste, avec écriteau portant ces mots: _Maquerelle publique_, et
bannie de la prévosté et vicomté de Paris, laquelle, au mépris desdites
sentences, n'aurait gardé son bien, se serait maintenue en ladite
maison, sans la vouloir vuider, et continue d'y tenir, plus que jamais,
bordel public, hanté par quantité de filles et femmes de mauvaise vie,
qui se disputent, jour et nuit, de quoi se plaignent les voisins,
bourgeois en ladite rue.
Le prévôt de Paris ordonne que sera ladite Hue, dite Godefroy, prise au
corps et ses meubles inventoriés, puis mis sous scellés, et défense à
la dame Foucault de louer la maison, dont elle est propriétaire, sinon
à des gens d'honneur.
En 1679, ceux qui se trouvent à l'hôpital attaqués du mal vénérien
ou qu'on y enverra, ne seront reçus qu'à la charge d'être sujets à
correction, avant toutes choses, et fouettés, ce qui sera certifié par
leurs billets d'envoi.
Bien entendu, à l'égard de ceux qui auront gagné ce mal par leur
désordre et débauche, et non de ceux qui l'auront contracté, comme
une femme par son mari et une nourrice par l'enfant. (Archives de
l'Assistance publique de Paris, citées par le directeur, M. Armand
Husson, de l'Institut.)
Au dix-septième siècle, un arrêt du Parlement de Paris, sur les
conclusions conformes de l'avocat général, repoussa une demande, afin
de congrès, motivée pour cause d'impuissance contre un mari, âgé de
soixante ans!
L'âge parut à Messieurs de la Cour une suffisante excuse, une
circonstance atténuante, au moins, comme on dit aujourd'hui.
Ce n'est pas seulement la prostitution qui gagne du terrain, s'étend,
ravage la ville et appelle l'attention de l'autorité.
De nombreux attentats à la pudeur contre nature étaient commis
autrefois.
Dans le ressort du[50] Parlement de Paris, composé de l'Ile-de-France,
la Beauce, le Berry, la Sologne, l'Auvergne, le Forez, le Beaujolais,
le Nivernais, l'Anjou, l'Angoumois, la Champagne, la Brie, le Maine, la
Touraine, le Poitou, l'Aunis et le Rochelois, nous trouvons (de 1540 à
1692) 49 condamnations au feu, à la corde[51], au bannissement.
Sommes-nous en progrès?
V
DIX-HUITIÈME SIÈCLE: D'ARGENSON ET LA FEMME BAUDOUIN (12
NOVEMBRE 1703).—MESURES PRISES POUR L'ARRESTATION DES
FILLES.—PRISONS D'ÉTAT.—STATISTIQUE FAITE DES RELIGIEUX
SURPRIS CHEZ DES FILLES.
Le 12 novembre 1703, d'Argenson demande au ministre (qui la lui
refuse) l'autorisation de faire enfermer au Refuge une jeune femme,
âgée de seize ans, dont le mari se nomme Baudouin; elle publie
hautement qu'elle n'aimera jamais son mari, qu'il n'y a pas de loy qui
l'ordonne, et que chacun est libre de disposer de son cœur et de son
corps, comme il luy plait, mais que c'est une espèce de crime de donner
l'un sans l'autre.
Suivant ces principes, elle va coucher chez sa mère, où elle trouve,
dit-on, un ami, tantôt chez un autre amant.
Quoique depuis plusieurs années habitué aux discours impudents et
ridicules, je n'ai pu m'empêcher d'être surpris des raisonnements dont
cette femme appuie son système, regardant le mariage, comme un essai,
ajoutant qu'il n'y a rien de fait, quand l'inclination ne s'accorde pas
avec le contrat. (George Sand, _Indiana_,—Alexandre Dumas, _Antony_,—A.
Dumas fils, _la Question du Divorce_; le R. P. Didon.)
Sur la plainte de madame veuve de Fresquesne, dont le mari était
mort président à mortier, au Parlement de Rouen, d'Argenson propose
de renfermer à l'Hôpital général la fille Bressaux, qui avait fait
dépenser au fils de Fresquesne, lequel voulait l'épouser, plus de vingt
mille livres. (_Bibl. nat._, Fr. 8125.)
En vertu de commission du Roi, de lettres de cachet ou de mandats
du lieutenant de police, l'inspecteur délégué opérait, de nuit,
l'enlèvement des contrevenantes, dont l'arrestation était opérée par
des exempts, accompagnés de fiacres escortés par des soldats de la
maréchaussée. Je possède un précieux tableau du temps, attribué au
peintre Jaurat, représentant l'audience du lieutenant de police, devant
lequel étaient traduites les filles, déposées d'abord à la prison[52]
Saint-Martin, puis au Châtelet.
A cette audience publique sur le vu du procès-verbal, le procureur du
Roi ouï, le lieutenant de police condamnait, depuis un jusqu'à six mois
d'hôpital ou bien renvoyait les inculpés.
Ces femmes étaient amenées dans une voiture fermée, au bas de
l'escalier du Châtelet, et de là menées dans le prétoire, encombré de
seigneurs, placés derrière la cour, de public mêlé et d'étrangers.
Pendant le trajet de Saint-Martin au Châtelet, et, dès leur entrée
dans la salle d'audience, malgré la majesté du lieu et la présence des
gardes armés et des sergents à verge, ces filles criaient, menaçaient,
provoquaient les spectateurs, les témoins.
Quelques-unes riaient, pleuraient tour à tour, se déchiraient les
robes; d'autres se découvraient avec indécence, bravant, par leur
attitude, leurs propos, les magistrats qui allaient prononcer la
sentence, devant d'autres filles perdues, des badauds et des libertins
d'elles connus.
Outre les filles ainsi enlevées, il en était d'autres que l'on ne
pouvait arrêter qu'en vertu d'ordre du Roi, parce qu'elles étaient
domiciliées et dans leurs meubles.
Celles-là n'étaient pas menées à l'audience, mais directement conduites
dans les prisons d'État, désignées sur la lettre de cachet.
Ces prisons étaient: le château de Saumur, Pierre-Encise, le mont
Saint-Michel, le château Trompette, Ham, les îles Sainte-Marguerite,
Angers, Nancy, Rouen, Toul, Amboise, Armentières, le fort Brehon,
Bicêtre, Saint-Lazare, la Bastille, Lille, Romans, Cadillac, Pontorson,
Poitiers, Château-Thierry.
Les femmes avaient pour prison, et souvent pour tombeau: le Refuge,
à Dijon; les Annonciades, à Clermont; la Madeleine, à la Flèche;
Notre-Dame de Guingamp, les Ursulines de Chinon, les Hospitalières de
Gomont, Sainte-Pélagie à Paris et le château de Valdonne.
En février 1714, dans une assemblée tenue chez M. le premier Président,
il est arrêté que les femmes vagabondes, qui ne sont de Paris, seront
assignées et contraintes à vider la ville. Celles de Paris[1], sans
domicile, en cas qu'elles désavouent et qu'elles soient réclamées,
devront élire domicile dans le lieu de leur résidence actuelle, avec
défense d'en changer sans avoir prévenu le commissaire de police du
quartier.
Le 3 décembre 1729, sentence de M. Hérault, lieutenant général de
police, condamnant[53] Scipion Toussaint à être attaché au carcan, dans
la place du Palais-Royal, vis-à-vis de l'Opéra, pendant trois jours de
spectacles consécutifs, ayant écriteaux, devant et derrière, portant
ces mots: Domestique violent envers les gardes de l'Opéra, et en neuf
années de bannissement. (_Bibl. Nat._, département des manuscrits,
collection Delamare. Fr. 21625.)
Sur une médaille en bronze, possédée par l'érudit baron O. de
Wateville, on lit cette inscription aux armes de la ville de Rouen:
_Proxénète juré_. Cette pièce devait se porter au col de son
propriétaire.
Dans un tableau de la débauche, à Paris, relevé au dix-huitième siècle,
les religieux des différents ordres sont inscrits, dans l'ordre
suivant[54]: Cordeliers 12, Bernardins 5, Carmes 3, Dominicains 5,
Capucins 3, Récollets 2, Picpus 1, Minimes 1, Feuillants 1, Augustins
7, Mathurins 2, Religieux de la Mercy 1, Prémontrés 3, Pénitents de
Nazareth 1, Théatins 2, Bénédictins 2, Clunistes 1, Célestins 2,
Religieux de la Charité 2, Oratoriens 4, Jésuites 1, Chanoines de
Sainte-Geneviève 8 (_Trésor judiciaire de la France._ _Curiosités des
anciennes justices_, p. 204, Plon, éditeur). Les rapports de police
étaient, pour distraire les favorites, communiqués à la
Pompadour et à la Dubarry (Déclaration royale de juillet 1713; Ord. des
6 novembre 1778, 8 novembre 1780.)
En 1739, de grands criminels, condamnés pour meurtres et vols, prièrent
la justice de ne pas les faire exécuter en même temps que d'autres,
reconnus coupables de crimes contre nature, faveur qui leur fut
accordée.
Dans cette même année, à Harlem, en Hollande, les noms des condamnés
pour sodomie[55], furent publiquement affichés et, sur le vu de
l'arrêt, leurs femmes devinrent libres de se remarier, de reprendre
leurs noms de famille, leurs armoiries et livrées personnelles.
Une déclaration du roy Louis XVI[56], donnée à Marly, le 26 juillet
1713, règle les formalités, qui doivent être observées pour la
correction des femmes et filles de mauvaise vie. Le 8 décembre 1713, le
Parlement de Paris, sur la requête du
Procureur général du roy, ordonne que la Grand-Chambre connaîtra
des appellations, interjetées par les filles et femmes, prévenues de
débauche publique et de vie scandaleuse, tant en vertu de sentence du
lieutenant général de police que par suite d'information, suivies de
décrets, prescrivant, même par provision, que les inculpées seront
conduites à l'Hôpital général, ce qui ne pourra être exécuté que si,
par la cour, il a été ordonné.
Dès 1755, monseigneur[57] l'archevêque de Paris voulant refréner le
libertinage des ecclésiastiques, s'était adressé à M. le lieutenant
au Châtelet de Paris. Il fut entendu qu'on serait averti, dès qu'un
prêtre, moine ou individu portant l'habit, entrerait chez une fille,
le procès-verbal, transmis en minute au magistrat, serait communiqué,
en double copie, au roi et au prélat. Plusieurs de ces procès-verbaux
furent publiés et conservés en 1789.
Pour étudier le prix de la débauche, ses trafics et marchés, au
dix-huitième siècle, il faut lire les rapports de police sur les jeunes
seigneurs, les riches étrangers, entretenant les actrices en renom,
les filles à la mode ou même entretenus, par elles.
On les nommait alors greluchons, aujourd'hui on dit souteneurs. (_Bibl.
Nat., manuscrits Fr. 1357-1360_).
André de Clermet, chanoine de Beauvais, est trouvé, le 29 avril
1755, rue des Vieilles-Étuves-Saint-Honoré, dans la chambre de la
Montpellier, femme du monde.
Jean Jolibert, prêtre de la cure de Bicêtre, quarante-deux ans, est
surpris, chez la Donde, femme du monde, avec Marie Dupont, vingt-deux
ans, native de Reims.
Chez Aubry, marchand de vins, rue Froid-manteau, le R. P. Gérard
(Jean-Baptiste) de l'ordre de Saint-François, est surpris avec les
filles de débauche Moulinard et Voitoux, âgées de seize ans.
Un inspecteur de police était à Paris, chargé du service général des
prostituées, il disposait arbitrairement, à son gré, des personnes,
de la liberté de ces femmes, placées hors la loi, et dont il étendait
le cercle maudit à d'autres, qui ne l'avaient pas encore franchi.
Sur toutes, il prélevait, à son profit, des impôts, des redevances
variables dont elles se rachetaient par des présents en argent ou
en nature, comme si l'ordonnance du 23 octobre 1425 n'eût pas déjà
expressément défendu au prévôt de Paris d'appliquer à son profit les
ceintures, joyaux, habits, vestemens ou paremens défendus aux fillettes
et femmes amoureuses et dissolues. (Châtelet de Paris.)
Les religieux surpris en débauche, signent les procès-verbaux
suivants: Honoré Regnard, cinquante-trois ans, chanoine de l'ordre de
Saint-Augustin, procureur de la maison de Sainte-Catherine, reconnaît
que, le 26 octobre 1755, il a été trouvé, par le sieur Morer, chez la
Saint-Louis, rue des Figuiers, chez laquelle il est venu de son gré,
pour s'amuser avec la Félix, qu'il a fait déshabiller, qu'il a touchée
avec la main, enveloppée dans le bout de son manteau, en jouant avec la
Julie et la Félix, sa compagne, lesquelles lui ont ôté ses vêtements
religieux. Elles m'ont, ajoute-t-il, mis en femme, avec des mouches
et du rouge, l'inspecteur a surpris les groupes, en cet état, le
religieux avoue que, depuis plusieurs années, il avait telle fantaisie,
qu'il n'avait pu satisfaire plus tôt. Le curé Champion, du diocèse de
Soissons, logé au Palais-Royal, chez son oncle, M. Petit, médecin de
monseigneur le duc d'Orléans, est trouvé[58] le 10 avril 1755 à huit
heures du soir chez la Mitronne, fille du monde, avec Marie-Louise
Blage, âgée de dix-neuf ans.
VI
AU DIX-HUITIÈME SIÈCLE, ORDONNANCE DU 6 MAI 1778 POUR RÉPRIMER
L'AUDACE DES FILLES.—DIVERSES PRATIQUES DES COUPABLES POUR
COMMETTRE DES ATTENTATS AUX MŒURS.
Les désordres signalés, les découvertes faites, les scandales
retentissants devaient naturellement inspirer aux écrivains quelques
ouvrages, de nature à attirer l'attention publique.
Bien qu'il fût difficile à cette époque de se procurer les documents
nécessaires pour toucher du doigt le mal, révéler les choses laissées
dans l'ombre et chercher profondément le remède, il n'était pas
impossible, tout au moins, de se livrer à quelques investigations, à
certaines constatations.
C'est ainsi que l'ouvrage de Pierre Manuel, _la Police de Paris
dévoilée_, fut rédigé, sur les registres secrets des inspecteurs des
mœurs, sous Louis XV, enlevés lors de la prise de la Bastille et
transportés à la Commune de Paris, dont Manuel était un administrateur.
L'ordonnance du 6 novembre 1778 portait: sur ce qui nous a été remontré
par notre Procureur du Roi que le libertinage est aujourd'hui porté à
un point que les filles et femmes publiques, au lieu de cacher leur
infâme commerce, ont la hardiesse de se montrer, pendant le jour, à
leurs fenêtres, d'où elles font signe aux passants pour les attirer;
de se tenir, le soir, sur leurs portes, et même de courir les rues,
où elles arrêtent les personnes, de tout âge et de tout état; qu'un
pareil désordre ne peut être réprimé que par la sévérité des peines
prescrites par les lois, et capables d'imposer, tant aux filles et
femmes de débauche, qu'à ceux qui les soutiennent et favorisent,
pourquoi, il requiert y être, par nous pourvu en conséquence: _Article
1^{er}_: Faisons très expresses inhibitions et défenses à toutes femmes
et filles de débauche, de raccrocher dans les rues, sur les quais,
places et promenades publiques, et sur les boulevards de cette ville
de Paris, même par les fenêtres, le tout sous peine d'être rasées et
enfermées à l'Hôpital, même en cas de récidive, de punition corporelle,
conformément aux dites ordonnances, arrêts et règlements.
La loi municipale du 19 juillet 1791 n'étant pas applicable aux filles
publiques, le Directoire exécutif, par son message de l'an IV, avait
demandé une loi spéciale, mais il n'en a été rendu aucune.
M. Debelleyme, devenu de Procureur du Roi à Paris (1826, juillet),
préfet de police, avait tenté de défendre aux filles de se montrer
sur la voie publique, en dehors des habitations où elles étaient
tolérées[59].
L'article 330 du Code pénal et l'article 334 devraient être appliqués,
à défaut de l'ordonnance de 1778, dont les dispositions demeurent
implicitement abrogées.
Dès 1269, le Parlement de Paris condamnait à la peine de mort une
femme, qui donnait à ses victimes des breuvages pour les endormir
et les[60] dévaliser ainsi plus facilement, pendant leur sommeil.
(_Archives nationales._ Procès criminels, vol. LIV.)
On voit que l'innovation, en cette matière, n'a heureusement pas fait,
jusqu'à nous, grands progrès, malgré le magnétisme et l'hypnotisme.
L'emploi des narcotiques pour endormir les victimes était, au
dix-huitième siècle, connu[61] et pratiqué, comme nous l'apprend la
série des procédures, suivies en la Chambre de l'Arsenal, constituée
par ordonnance royale, pour l'expédition des crimes d'empoisonnement et
autres cas énormes.
Pendant le long règne de Louis XIV, dit le Grand, il y eut quatre
procès, qui préoccupèrent le roi et toute la nation: la procédure
suivie contre le surintendant Fouquet, lequel meurt subitement en la
forteresse de Pignerol (avril 1680), l'affaire concernant le chevalier
de Rohan, enfin ces décès si rapides, si nombreux, que les poisons,
apportés de l'Italie ou fabriqués dans des laboratoires inconnus,
rendaient dans toutes les familles foudroyants et mystérieux. _La
poudre de succession_ était répandue partout, non seulement dans les
mets d'un souper joyeux, mais dans les parfums subtils d'un bouquet,
dans les gants mis pour un bal, dans les perles d'un collier, placé sur
les épaules.
Si Reich de Penautier, receveur général du clergé, fut acquitté, faute
de preuve, de la prévention d'avoir empoisonné son prédécesseur, la
Chambre de l'Arsenal prononça, de 1679 à 1682, 36 sentences de mort,
226 accusés appartenant à toutes les conditions sociales, étaient
traduits devant elle, et les prisons d'État ensevelirent dans leur
ombre, ceux qui ne furent pas condamnés. C'était plus que la mort,
c'était l'oubli dans une tombe ignorée.
La Brinvilliers avait été brûlée en place de Grève, le 16 juillet 1676,
et M. le premier président Lamoignon avait dit au prêtre qui assistait
cette grande coupable: Nous avons intérêt pour le public que ses crimes
meurent avec elle, et qu'elle prévienne, par une déclaration de ce
qu'elle sait, toutes les suites qu'ils pourraient avoir. (_Pierre
Clément._—_La Chambre de l'arsenal_, 1864.—_Le gouvernement de Louis
XIV._—_Le procès de La Voisin._ Bibliothèque nationale, _manuscrits
français_, 7608.—Archives nationales.—_Bibliothèque du Corps législatif
et bibliothèque nationale_, recueil Bouilland, _manuscrit S. F._ 997.)
Malgré les supplices édictés par cette lente et rigoureuse justice, dès
le 21 septembre 1677, un billet anonyme, trouvé dans un confessionnal
de l'église des jésuites de la rue Saint-Antoine, révélait le projet
d'empoisonner le roi et le dauphin. Des soupçons s'élevèrent contre
quelques gentilshommes de l'Artois, mais ils tombèrent n'étant étayés
d'aucune preuve.
Il est curieux de lire les rapports des chirurgiens jurés experts,
reçus à Saint-Côme, qui visitent les victimes, les reconnaissent
atteintes de la crystalline, tumeur qu'il leur est expressément défendu
de panser et médicamenter. (Arrêt rendu, pour crimes contre nature, par
le lieutenant général de police, Réné Hérault, lieutenant de police,
contre Nicolas Deschauffours, le 25 mai 1726, le condamnant à être
brûlé en Grève, avec la minute de l'arrêt, puis, ce fait, les cendres
jetées et semées au vent, les biens confisqués au profit du Roy, après
prélèvement de trois mille livres d'amende.)
Il était de tradition, parmi tous les médecins[62], depuis cent ans,
de considérer comme appartenant au domaine de la jonglerie et de
la mystification tous les phénomènes, qui rentraient dans ce qu'on
appelait le magnétisme animal ou somnambulisme provoqué. D'après la
communication faite au congrès de Reims par le docteur Richet[63], il
faut beaucoup rabattre de cette opinion.