Puis en avril 1424, par lettres patentes d'Henri, roi d'Angleterre,

occupant alors la France, adressées au prévôt de Paris, lui ordonnait

de faire vuider d'un lieu, appelé _Baillehoë_, proche l'église

Saint-Merry, les femmes de vie dissolue qui y tiennent clapier et

bordel public, ce lieu étant un chemin, par lequel plusieurs habitants

venaient à ceste église. (_Registre du Châtelet, livre noir._)

A Londres, comme en Espagne, en Italie, ce pays des belles et célèbres

courtisanes, que Montaigne n'admirait pas pourtant, la prostitution

s'exerce librement. Elle y est réprimée seulement, comme tous les

autres délits, lorsque, dans la rue, en public, elle s'exhibe et

trouble l'ordre, la morale; on lui abandonne ses quartiers réservés,

ses franchises, ses victimes mêmes.

Le mal de Naples a déjà fait son entrée en France et le Parlement de

Paris, prévoyant pour le printemps (6 mars 1496), un progrès de la

contagion, ordonne que, de par le roy, il sera fait cry que les forains

hommes et femmes, attaqués de la dite maladie, sortiront de Paris, dans

les vingt-quatre heures, sous peine de la hart[44].

III

SEIZIÈME SIÈCLE: LES FILLES A DIJON, A PÉRONNE.—(1518)

LETTRES PATENTES DE FRANÇOIS I^{er} SUPPRIMANT LE BORDEAU DE

GLATIGNY.—(1556) ÉDIT DE HENRI II SUR LES FILLES AYANT CELÉ

LEUR GROSSESSE.

Jehan Auxeau, sergent de la mairie de Dijon, afferme de 1510 à 1511,

moyennant 30 livres, la maison commune où se tiennent les filles

publiques, et il lui est fait remise du prix du loyer, à cause du _Mal

de Naples_, qui a régné et eu cours, pourquoi plusieurs n'ont fréquenté

en la dite maison (_Comptes de la ville de Dijon_). On agissait là en

bon père de famille, envers un locataire malheureux.

A Péronne, le 28 janvier 1518 et 11 février 1519, «il est fait

commandement à toutes les filles de se retirer dans le lieu public,

à l'usage d'estuves, pour elles édifié, et ne soient si osées ne

hardies coucher, ne tenir résidence, hors du dit lieu, si ce n'est

de jour, pour boire, manger, honnestement et sans bruit, scandale ou

confusion[45]. Défense aux hosteliers, taverniers, cervoisiers de

Péronne, vendant vin ou victuailles, de retirer les dites filles,

sur peine de bannissement, si ce n'est pour maladie ou aultres cas

pitoyables.» Que les temps sont changés!

La débauche troublait et inquiétait, par ses désordres, les âmes

pieuses. En 1518, à la prière de la reine Claude, le roi François

I^{er} signa des lettres patentes, prescrivant la destruction du

bordeau de Glatigny, situé derrière l'église de Saint-Denis de la

Chartre, à cause des impuretés qui s'y commettaient, par chascun jour.

En démolissant lesdites maisons y furent trouvés les squelettes de

trois hommes et le lendemain, qui était dimanche, par ordonnance de

monsieur l'archevêque de Paris, furent faites processions générales

autour de la Cité (_Journal d'un bourgeois de Paris_).

En 1539, Le Parlement de Paris, chargé de juger et d'administrer en

même temps, ordonne «aux gouverneurs de l'Hôtel-Dieu de pourvoir

l'hôpital Saint-Nicolas, destiné aux pauvres vérolés, de draps, linges,

appareils nécessaires, de sorte que plainte ne vienne.»

L'édit de Henri II contre les filles ayant celé leur grossesse, leur

accouchement, pour faire périr leurs enfants sans baptême, décide

qu'elles seront punies de mort (février, 1556).

Une sentence de mort prononcée est exécutée le 27 septembre 1724,

contre Marie Lordiol, veuve Birat, pendue et étranglée à un poteau au

haut de la rue Mazarine, son corps mort y[46] demeurera vingt-quatre

heures, puis porté au gibet de Paris.

IV

DIX-SEPTIÈME SIÈCLE: ORDONNANCE DE POLICE, (JUILLET 1629,)

ORDONNANT AUX FILLES DE QUITTER PARIS.—SENTENCE DU CHATELET (6

JUILLET 1663).—LETTRE DE LA REINE ANNE D'AUTRICHE.—LA FILLE

HUÉ (1679).—CRIMES CONTRE NATURE, DE 1640 A 1660, DANS LE

RESSORT DU PARLEMENT DE PARIS.

Ordonnances de police des 19 juillet 1629 et de septembre 1644,

prescrivant aux filles débauchées, aux vagabonds, de vuider la ville de

Paris, dans 24 heures, à peine de prison.

Défendant aux propriétaires de louer leurs maisons, en tout ou en

partie, à gens de mauvaise vie, filles débauchées, à peine de cent

livres parisis d'amende, et de confiscation des loyers, pour trois ans,

au profit de l'Hôtel-Dieu, pour la première fois, et pour la seconde,

de pareille amende, et de voir les maisons murées pour autant de

temps[47]. Enjoignant à tous propriétaires et principaux locataires des

maisons où existent telles sortes de gens, de les en faire vuider, dans

trois jours[48].

Par dépêche du 28 juin 1657, adressée au gouverneur et maire de

Compiègne par Anne d'Autriche, mère du Roy; il leur est ordonné de

recevoir Marguerite Bourlet, de ladite ville, ayant mené jusqu'à

présent une vie fort libertine, où Dieu a été offensé, et de la faire

mettre en lieu où elle ne puisse continuer à faire du mal, et lui faire

donner la nourriture nécessaire et proportionnée à la pénitence qu'elle

doit faire de ses offenses, pour y demeurer jusqu'à nouvel ordre,

et qu'il ait été pourvu à la faire vivre, comme elle doibt. (Donné

à Lafère, Anne.)—Voir aux Archives de la ville de Compiègne et à la

Préfecture de police les lettres de cachet (1721, 1789), ainsi que les

registres d'écrou des prisonniers, en vertu d'ordres du Roi, pour Paris

et les provinces (1728, 1792). _Le Bailliage du Palais._—_Les Communes

et la Royauté_ (Willem, éditeur, 1877).

Une sentence du Châtelet de Paris (6 juillet 1663) intervenue sur le

réquisitoire du procureur du Roi au Châtelet prescrit de mettre les

scellés rue du Fouarre, sur une maison occupée par la[49] nommé Hue,

dite Godefroy, déjà condamnée en plusieurs amendes, mesme par arrêt de

la Cour du Parlement, à estre fustigée, ayant un chapeau de paille sur

la teste, avec écriteau portant ces mots: _Maquerelle publique_, et

bannie de la prévosté et vicomté de Paris, laquelle, au mépris desdites

sentences, n'aurait gardé son bien, se serait maintenue en ladite

maison, sans la vouloir vuider, et continue d'y tenir, plus que jamais,

bordel public, hanté par quantité de filles et femmes de mauvaise vie,

qui se disputent, jour et nuit, de quoi se plaignent les voisins,

bourgeois en ladite rue.

Le prévôt de Paris ordonne que sera ladite Hue, dite Godefroy, prise au

corps et ses meubles inventoriés, puis mis sous scellés, et défense à

la dame Foucault de louer la maison, dont elle est propriétaire, sinon

à des gens d'honneur.

En 1679, ceux qui se trouvent à l'hôpital attaqués du mal vénérien

ou qu'on y enverra, ne seront reçus qu'à la charge d'être sujets à

correction, avant toutes choses, et fouettés, ce qui sera certifié par

leurs billets d'envoi.

Bien entendu, à l'égard de ceux qui auront gagné ce mal par leur

désordre et débauche, et non de ceux qui l'auront contracté, comme

une femme par son mari et une nourrice par l'enfant. (Archives de

l'Assistance publique de Paris, citées par le directeur, M. Armand

Husson, de l'Institut.)

Au dix-septième siècle, un arrêt du Parlement de Paris, sur les

conclusions conformes de l'avocat général, repoussa une demande, afin

de congrès, motivée pour cause d'impuissance contre un mari, âgé de

soixante ans!

L'âge parut à Messieurs de la Cour une suffisante excuse, une

circonstance atténuante, au moins, comme on dit aujourd'hui.

Ce n'est pas seulement la prostitution qui gagne du terrain, s'étend,

ravage la ville et appelle l'attention de l'autorité.

De nombreux attentats à la pudeur contre nature étaient commis

autrefois.

Dans le ressort du[50] Parlement de Paris, composé de l'Ile-de-France,

la Beauce, le Berry, la Sologne, l'Auvergne, le Forez, le Beaujolais,

le Nivernais, l'Anjou, l'Angoumois, la Champagne, la Brie, le Maine, la

Touraine, le Poitou, l'Aunis et le Rochelois, nous trouvons (de 1540 à

1692) 49 condamnations au feu, à la corde[51], au bannissement.

Sommes-nous en progrès?

V

DIX-HUITIÈME SIÈCLE: D'ARGENSON ET LA FEMME BAUDOUIN (12

NOVEMBRE 1703).—MESURES PRISES POUR L'ARRESTATION DES

FILLES.—PRISONS D'ÉTAT.—STATISTIQUE FAITE DES RELIGIEUX

SURPRIS CHEZ DES FILLES.

Le 12 novembre 1703, d'Argenson demande au ministre (qui la lui

refuse) l'autorisation de faire enfermer au Refuge une jeune femme,

âgée de seize ans, dont le mari se nomme Baudouin; elle publie

hautement qu'elle n'aimera jamais son mari, qu'il n'y a pas de loy qui

l'ordonne, et que chacun est libre de disposer de son cœur et de son

corps, comme il luy plait, mais que c'est une espèce de crime de donner

l'un sans l'autre.

Suivant ces principes, elle va coucher chez sa mère, où elle trouve,

dit-on, un ami, tantôt chez un autre amant.

Quoique depuis plusieurs années habitué aux discours impudents et

ridicules, je n'ai pu m'empêcher d'être surpris des raisonnements dont

cette femme appuie son système, regardant le mariage, comme un essai,

ajoutant qu'il n'y a rien de fait, quand l'inclination ne s'accorde pas

avec le contrat. (George Sand, _Indiana_,—Alexandre Dumas, _Antony_,—A.

Dumas fils, _la Question du Divorce_; le R. P. Didon.)

Sur la plainte de madame veuve de Fresquesne, dont le mari était

mort président à mortier, au Parlement de Rouen, d'Argenson propose

de renfermer à l'Hôpital général la fille Bressaux, qui avait fait

dépenser au fils de Fresquesne, lequel voulait l'épouser, plus de vingt

mille livres. (_Bibl. nat._, Fr. 8125.)

En vertu de commission du Roi, de lettres de cachet ou de mandats

du lieutenant de police, l'inspecteur délégué opérait, de nuit,

l'enlèvement des contrevenantes, dont l'arrestation était opérée par

des exempts, accompagnés de fiacres escortés par des soldats de la

maréchaussée. Je possède un précieux tableau du temps, attribué au

peintre Jaurat, représentant l'audience du lieutenant de police, devant

lequel étaient traduites les filles, déposées d'abord à la prison[52]

Saint-Martin, puis au Châtelet.

A cette audience publique sur le vu du procès-verbal, le procureur du

Roi ouï, le lieutenant de police condamnait, depuis un jusqu'à six mois

d'hôpital ou bien renvoyait les inculpés.

Ces femmes étaient amenées dans une voiture fermée, au bas de

l'escalier du Châtelet, et de là menées dans le prétoire, encombré de

seigneurs, placés derrière la cour, de public mêlé et d'étrangers.

Pendant le trajet de Saint-Martin au Châtelet, et, dès leur entrée

dans la salle d'audience, malgré la majesté du lieu et la présence des

gardes armés et des sergents à verge, ces filles criaient, menaçaient,

provoquaient les spectateurs, les témoins.

Quelques-unes riaient, pleuraient tour à tour, se déchiraient les

robes; d'autres se découvraient avec indécence, bravant, par leur

attitude, leurs propos, les magistrats qui allaient prononcer la

sentence, devant d'autres filles perdues, des badauds et des libertins

d'elles connus.

Outre les filles ainsi enlevées, il en était d'autres que l'on ne

pouvait arrêter qu'en vertu d'ordre du Roi, parce qu'elles étaient

domiciliées et dans leurs meubles.

Celles-là n'étaient pas menées à l'audience, mais directement conduites

dans les prisons d'État, désignées sur la lettre de cachet.

Ces prisons étaient: le château de Saumur, Pierre-Encise, le mont

Saint-Michel, le château Trompette, Ham, les îles Sainte-Marguerite,

Angers, Nancy, Rouen, Toul, Amboise, Armentières, le fort Brehon,

Bicêtre, Saint-Lazare, la Bastille, Lille, Romans, Cadillac, Pontorson,

Poitiers, Château-Thierry.

Les femmes avaient pour prison, et souvent pour tombeau: le Refuge,

à Dijon; les Annonciades, à Clermont; la Madeleine, à la Flèche;

Notre-Dame de Guingamp, les Ursulines de Chinon, les Hospitalières de

Gomont, Sainte-Pélagie à Paris et le château de Valdonne.

En février 1714, dans une assemblée tenue chez M. le premier Président,

il est arrêté que les femmes vagabondes, qui ne sont de Paris, seront

assignées et contraintes à vider la ville. Celles de Paris[1], sans

domicile, en cas qu'elles désavouent et qu'elles soient réclamées,

devront élire domicile dans le lieu de leur résidence actuelle, avec

défense d'en changer sans avoir prévenu le commissaire de police du

quartier.

Le 3 décembre 1729, sentence de M. Hérault, lieutenant général de

police, condamnant[53] Scipion Toussaint à être attaché au carcan, dans

la place du Palais-Royal, vis-à-vis de l'Opéra, pendant trois jours de

spectacles consécutifs, ayant écriteaux, devant et derrière, portant

ces mots: Domestique violent envers les gardes de l'Opéra, et en neuf

années de bannissement. (_Bibl. Nat._, département des manuscrits,

collection Delamare. Fr. 21625.)

Sur une médaille en bronze, possédée par l'érudit baron O. de

Wateville, on lit cette inscription aux armes de la ville de Rouen:

_Proxénète juré_. Cette pièce devait se porter au col de son

propriétaire.

Dans un tableau de la débauche, à Paris, relevé au dix-huitième siècle,

les religieux des différents ordres sont inscrits, dans l'ordre

suivant[54]: Cordeliers 12, Bernardins 5, Carmes 3, Dominicains 5,

Capucins 3, Récollets 2, Picpus 1, Minimes 1, Feuillants 1, Augustins

7, Mathurins 2, Religieux de la Mercy 1, Prémontrés 3, Pénitents de

Nazareth 1, Théatins 2, Bénédictins 2, Clunistes 1, Célestins 2,

Religieux de la Charité 2, Oratoriens 4, Jésuites 1, Chanoines de

Sainte-Geneviève 8 (_Trésor judiciaire de la France._ _Curiosités des

anciennes justices_, p. 204, Plon, éditeur). Les rapports de police

étaient, pour distraire les favorites, communiqués à la

Pompadour et à la Dubarry (Déclaration royale de juillet 1713; Ord. des

6 novembre 1778, 8 novembre 1780.)

En 1739, de grands criminels, condamnés pour meurtres et vols, prièrent

la justice de ne pas les faire exécuter en même temps que d'autres,

reconnus coupables de crimes contre nature, faveur qui leur fut

accordée.

Dans cette même année, à Harlem, en Hollande, les noms des condamnés

pour sodomie[55], furent publiquement affichés et, sur le vu de

l'arrêt, leurs femmes devinrent libres de se remarier, de reprendre

leurs noms de famille, leurs armoiries et livrées personnelles.

Une déclaration du roy Louis XVI[56], donnée à Marly, le 26 juillet

1713, règle les formalités, qui doivent être observées pour la

correction des femmes et filles de mauvaise vie. Le 8 décembre 1713, le

Parlement de Paris, sur la requête du

Procureur général du roy, ordonne que la Grand-Chambre connaîtra

des appellations, interjetées par les filles et femmes, prévenues de

débauche publique et de vie scandaleuse, tant en vertu de sentence du

lieutenant général de police que par suite d'information, suivies de

décrets, prescrivant, même par provision, que les inculpées seront

conduites à l'Hôpital général, ce qui ne pourra être exécuté que si,

par la cour, il a été ordonné.

Dès 1755, monseigneur[57] l'archevêque de Paris voulant refréner le

libertinage des ecclésiastiques, s'était adressé à M. le lieutenant

au Châtelet de Paris. Il fut entendu qu'on serait averti, dès qu'un

prêtre, moine ou individu portant l'habit, entrerait chez une fille,

le procès-verbal, transmis en minute au magistrat, serait communiqué,

en double copie, au roi et au prélat. Plusieurs de ces procès-verbaux

furent publiés et conservés en 1789.

Pour étudier le prix de la débauche, ses trafics et marchés, au

dix-huitième siècle, il faut lire les rapports de police sur les jeunes

seigneurs, les riches étrangers, entretenant les actrices en renom,

les filles à la mode ou même entretenus, par elles.

On les nommait alors greluchons, aujourd'hui on dit souteneurs. (_Bibl.

Nat., manuscrits Fr. 1357-1360_).

André de Clermet, chanoine de Beauvais, est trouvé, le 29 avril

1755, rue des Vieilles-Étuves-Saint-Honoré, dans la chambre de la

Montpellier, femme du monde.

Jean Jolibert, prêtre de la cure de Bicêtre, quarante-deux ans, est

surpris, chez la Donde, femme du monde, avec Marie Dupont, vingt-deux

ans, native de Reims.

Chez Aubry, marchand de vins, rue Froid-manteau, le R. P. Gérard

(Jean-Baptiste) de l'ordre de Saint-François, est surpris avec les

filles de débauche Moulinard et Voitoux, âgées de seize ans.

Un inspecteur de police était à Paris, chargé du service général des

prostituées, il disposait arbitrairement, à son gré, des personnes,

de la liberté de ces femmes, placées hors la loi, et dont il étendait

le cercle maudit à d'autres, qui ne l'avaient pas encore franchi.

Sur toutes, il prélevait, à son profit, des impôts, des redevances

variables dont elles se rachetaient par des présents en argent ou

en nature, comme si l'ordonnance du 23 octobre 1425 n'eût pas déjà

expressément défendu au prévôt de Paris d'appliquer à son profit les

ceintures, joyaux, habits, vestemens ou paremens défendus aux fillettes

et femmes amoureuses et dissolues. (Châtelet de Paris.)

Les religieux surpris en débauche, signent les procès-verbaux

suivants: Honoré Regnard, cinquante-trois ans, chanoine de l'ordre de

Saint-Augustin, procureur de la maison de Sainte-Catherine, reconnaît

que, le 26 octobre 1755, il a été trouvé, par le sieur Morer, chez la

Saint-Louis, rue des Figuiers, chez laquelle il est venu de son gré,

pour s'amuser avec la Félix, qu'il a fait déshabiller, qu'il a touchée

avec la main, enveloppée dans le bout de son manteau, en jouant avec la

Julie et la Félix, sa compagne, lesquelles lui ont ôté ses vêtements

religieux. Elles m'ont, ajoute-t-il, mis en femme, avec des mouches

et du rouge, l'inspecteur a surpris les groupes, en cet état, le

religieux avoue que, depuis plusieurs années, il avait telle fantaisie,

qu'il n'avait pu satisfaire plus tôt. Le curé Champion, du diocèse de

Soissons, logé au Palais-Royal, chez son oncle, M. Petit, médecin de

monseigneur le duc d'Orléans, est trouvé[58] le 10 avril 1755 à huit

heures du soir chez la Mitronne, fille du monde, avec Marie-Louise

Blage, âgée de dix-neuf ans.

VI

AU DIX-HUITIÈME SIÈCLE, ORDONNANCE DU 6 MAI 1778 POUR RÉPRIMER

L'AUDACE DES FILLES.—DIVERSES PRATIQUES DES COUPABLES POUR

COMMETTRE DES ATTENTATS AUX MŒURS.

Les désordres signalés, les découvertes faites, les scandales

retentissants devaient naturellement inspirer aux écrivains quelques

ouvrages, de nature à attirer l'attention publique.

Bien qu'il fût difficile à cette époque de se procurer les documents

nécessaires pour toucher du doigt le mal, révéler les choses laissées

dans l'ombre et chercher profondément le remède, il n'était pas

impossible, tout au moins, de se livrer à quelques investigations, à

certaines constatations.

C'est ainsi que l'ouvrage de Pierre Manuel, _la Police de Paris

dévoilée_, fut rédigé, sur les registres secrets des inspecteurs des

mœurs, sous Louis XV, enlevés lors de la prise de la Bastille et

transportés à la Commune de Paris, dont Manuel était un administrateur.

L'ordonnance du 6 novembre 1778 portait: sur ce qui nous a été remontré

par notre Procureur du Roi que le libertinage est aujourd'hui porté à

un point que les filles et femmes publiques, au lieu de cacher leur

infâme commerce, ont la hardiesse de se montrer, pendant le jour, à

leurs fenêtres, d'où elles font signe aux passants pour les attirer;

de se tenir, le soir, sur leurs portes, et même de courir les rues,

où elles arrêtent les personnes, de tout âge et de tout état; qu'un

pareil désordre ne peut être réprimé que par la sévérité des peines

prescrites par les lois, et capables d'imposer, tant aux filles et

femmes de débauche, qu'à ceux qui les soutiennent et favorisent,

pourquoi, il requiert y être, par nous pourvu en conséquence: _Article

1^{er}_: Faisons très expresses inhibitions et défenses à toutes femmes

et filles de débauche, de raccrocher dans les rues, sur les quais,

places et promenades publiques, et sur les boulevards de cette ville

de Paris, même par les fenêtres, le tout sous peine d'être rasées et

enfermées à l'Hôpital, même en cas de récidive, de punition corporelle,

conformément aux dites ordonnances, arrêts et règlements.

La loi municipale du 19 juillet 1791 n'étant pas applicable aux filles

publiques, le Directoire exécutif, par son message de l'an IV, avait

demandé une loi spéciale, mais il n'en a été rendu aucune.

M. Debelleyme, devenu de Procureur du Roi à Paris (1826, juillet),

préfet de police, avait tenté de défendre aux filles de se montrer

sur la voie publique, en dehors des habitations où elles étaient

tolérées[59].

L'article 330 du Code pénal et l'article 334 devraient être appliqués,

à défaut de l'ordonnance de 1778, dont les dispositions demeurent

implicitement abrogées.

Dès 1269, le Parlement de Paris condamnait à la peine de mort une

femme, qui donnait à ses victimes des breuvages pour les endormir

et les[60] dévaliser ainsi plus facilement, pendant leur sommeil.

(_Archives nationales._ Procès criminels, vol. LIV.)

On voit que l'innovation, en cette matière, n'a heureusement pas fait,

jusqu'à nous, grands progrès, malgré le magnétisme et l'hypnotisme.

L'emploi des narcotiques pour endormir les victimes était, au

dix-huitième siècle, connu[61] et pratiqué, comme nous l'apprend la

série des procédures, suivies en la Chambre de l'Arsenal, constituée

par ordonnance royale, pour l'expédition des crimes d'empoisonnement et

autres cas énormes.

Pendant le long règne de Louis XIV, dit le Grand, il y eut quatre

procès, qui préoccupèrent le roi et toute la nation: la procédure

suivie contre le surintendant Fouquet, lequel meurt subitement en la

forteresse de Pignerol (avril 1680), l'affaire concernant le chevalier

de Rohan, enfin ces décès si rapides, si nombreux, que les poisons,

apportés de l'Italie ou fabriqués dans des laboratoires inconnus,

rendaient dans toutes les familles foudroyants et mystérieux. _La

poudre de succession_ était répandue partout, non seulement dans les

mets d'un souper joyeux, mais dans les parfums subtils d'un bouquet,

dans les gants mis pour un bal, dans les perles d'un collier, placé sur

les épaules.

Si Reich de Penautier, receveur général du clergé, fut acquitté, faute

de preuve, de la prévention d'avoir empoisonné son prédécesseur, la

Chambre de l'Arsenal prononça, de 1679 à 1682, 36 sentences de mort,

226 accusés appartenant à toutes les conditions sociales, étaient

traduits devant elle, et les prisons d'État ensevelirent dans leur

ombre, ceux qui ne furent pas condamnés. C'était plus que la mort,

c'était l'oubli dans une tombe ignorée.

La Brinvilliers avait été brûlée en place de Grève, le 16 juillet 1676,

et M. le premier président Lamoignon avait dit au prêtre qui assistait

cette grande coupable: Nous avons intérêt pour le public que ses crimes

meurent avec elle, et qu'elle prévienne, par une déclaration de ce

qu'elle sait, toutes les suites qu'ils pourraient avoir. (_Pierre

Clément._—_La Chambre de l'arsenal_, 1864.—_Le gouvernement de Louis

XIV._—_Le procès de La Voisin._ Bibliothèque nationale, _manuscrits

français_, 7608.—Archives nationales.—_Bibliothèque du Corps législatif

et bibliothèque nationale_, recueil Bouilland, _manuscrit S. F._ 997.)

Malgré les supplices édictés par cette lente et rigoureuse justice, dès

le 21 septembre 1677, un billet anonyme, trouvé dans un confessionnal

de l'église des jésuites de la rue Saint-Antoine, révélait le projet

d'empoisonner le roi et le dauphin. Des soupçons s'élevèrent contre

quelques gentilshommes de l'Artois, mais ils tombèrent n'étant étayés

d'aucune preuve.

Il est curieux de lire les rapports des chirurgiens jurés experts,

reçus à Saint-Côme, qui visitent les victimes, les reconnaissent

atteintes de la crystalline, tumeur qu'il leur est expressément défendu

de panser et médicamenter. (Arrêt rendu, pour crimes contre nature, par

le lieutenant général de police, Réné Hérault, lieutenant de police,

contre Nicolas Deschauffours, le 25 mai 1726, le condamnant à être

brûlé en Grève, avec la minute de l'arrêt, puis, ce fait, les cendres

jetées et semées au vent, les biens confisqués au profit du Roy, après

prélèvement de trois mille livres d'amende.)

Il était de tradition, parmi tous les médecins[62], depuis cent ans,

de considérer comme appartenant au domaine de la jonglerie et de

la mystification tous les phénomènes, qui rentraient dans ce qu'on

appelait le magnétisme animal ou somnambulisme provoqué. D'après la

communication faite au congrès de Reims par le docteur Richet[63], il

faut beaucoup rabattre de cette opinion.

Le crime et la débauche à Paris; Le divorce · 第 2 / 18 段