LA CRIMINALITÉ EN FRANCE.

Le rapport sur l'administration de la justice criminelle en France, qui

vient d'être publié, concerne l'année 1902.

On y lit que le nombre total des affaires criminelles soumises au jury,

en 1902, est descendu à 2.024, après avoir été de 2.524 en 1899, de

2.283 en 1900 et de 2.103 en 1901.

Dans ce chiffre, la proportion des crimes contre les personnes est de

51% et celle des crimes contre les propriétés est de 49%.

Si l'on considère la période quinquennale 1891-1895, on voit qu'en cinq

ans, la diminution du nombre des crimes a été de 29%, se partageant

ainsi qu'il suit: 35%pour les crimes contre les biens et 27% pour les

crimes contre les personnes.

En 1902, la proportion des accusés, selon le sexe, a été la suivante: 86

hommes et 14 femmes sur 100 accusés; selon l'état civil, 62

célibataires, 32 mariés et 6 veufs ou divorcés.

Abstraction faite des individus qui n'ont pas de profession, c'est la

classe des accusés occupés à des travaux de manutention et de transports

journaliers urbains pour la plupart qui, dans ses rapports avec la

catégorie correspondante d'habitants, présente la proportion la plus

forte (167 sur 100.000).

Au dernier degré de l'échelle criminelle se placent l'agriculture et les

services publics (8 et 7 sur 100.000).

_Mouvement littéraire_

_1815_, tome III, par Henry Houssaye (Perrin, 7 fr. 50 et 3 fr.

50)--_L'Armée moderne et les États-majors_, par Pierre Baudin

(Flammarion, 3 fr. 50).

1815.

Le tome III de M. Henry Houssaye commence après Waterloo et comprend

l'abdication, la rentrée de Louis XVIII et la Terreur blanche. Que

rencontra Napoléon revenant à Paris le 20 juin? L'hostilité de la

Chambre des pairs et du Corps législatif où dominaient les libéraux

comme La Fayette... Un seul moyen lui restait: user de son pouvoir de

prorogation ou de dissolution des Chambres. Il pouvait faire un dix-huit

brumaire légal et s'emparer de la dictature. C'est ce que lui

conseillait Lucien. Mais l'esprit de décision de sa jeunesse et sa

confiance ancienne en son étoile lui manquaient. En vain les fédérés,

les soldats, les ouvriers criaient: Vive l'empereur! devant l'Elysée, il

ne crut pas, dans la situation présente, pouvoir, sans les Chambres,

réussir à chasser l'étranger; il craignait pareillement de déchaîner les

foules révolutionnaires.

Trahi par Fouché, il abdique en faveur de son fils et se laisse

persuader de quitter Paris pour s'établir, en attendant les événements,

à la Malmaison (25 juin). De là il eut encore pu s'échapper; les

tambours et les vivats des soldats qui passaient lui réveillaient toutes

ses humeurs guerrières; il demanda à la commission exécutive, composée

de cinq membres, avec Fouché comme président, de prendre le commandement

des troupes, ce qui lui fut refusé. Fouché intriguait avec Vitrolles et,

sans désirer nettement les Bourbons, se ménageait, dans la prévision de

leur retour. Aussitôt après la nouvelle du désastre, Louis XVIII s'était

acheminé de Gand vers la France. Après s'être arrêté à Cambrai, il en

était parti le 30 juin sur l'avis de Wellington et, le 8 juillet,

faisait son entrée solennelle dans Paris. En échange de ses bons

offices, le général anglais lui imposa Talleyrand dont il savait

l'habileté, et l'engagea à signer la nomination de Fouché comme ministre

de la police. Etait-il possible de se passer de cet homme, un régicide,

mais qui tenait dans ses mains le pouvoir et tous les fils de toutes les

intrigues?

Que devient l'empereur, lequel, dans ces circonstances, est si loin de

l'énergie première? Il se rend à Rochefort, afin de s'embarquer, sur une

frégate française, pour les États-Unis. Mais, craignant la croisière

ennemie et comptant sur la noblesse du peuple anglais, il se livre à

Maitland, commandant du _Bellérophon_.

Rien de plus lamentable que l'état de la France pillée, incendiée et

violée par les alliés. De plus, le parti vainqueur dresse ses listes de

proscription. Des massacres illégaux comme, à Avignon, celui de Brune,

dont le cadavre est traîné dans les rues et précipité dans le Rhône, se

mêlent aux exécutions juridiques de La Bédoyère de Ney et des frères

Faucher.

La Chambre introuvable élue, Fouché ne pouvait rester au pouvoir. On le

nomme ministre de France à Dresde. Atteint, au commencement de 1816, par

la loi contre les régicides relaps, il mourut en exil, l'an 1830.

Avec une belle éloquence toute littéraire et des documents précis et

nombreux, M. Henry Houssaye nous a représenté ces mois si dramatiques.

Il s'arrête à la chute de Talleyrand et au ministère du duc de Richelieu

(25 septembre) qui signa les préliminaires de paix avec les quatre

puissances.

L'Armée moderne et les États-majors.

M. Pierre Baudin, dans ses études, examine l'ancienne armée avec le

remplacement et les sept ans; l'armée de M. Thiers, sans homogénéité,

prétend-il, avec les cinq ans et le volontariat; l'armée de trois ans

avec les dispenses; enfin l'armée nouvelle avec la loi de deux ans et

la suppression des dispenses. Pour le première fois, dit M. Baudin,

nous aurons, comprenant toutes les forces intellectuelles, la nation

armée en laquelle il se sent plein de confiance pour le: luttes

futures ou pour maintenir fermement la paix autour de nos frontières.

Mais ce qu'il faut surtout considérer c'est l'état-major qui prend

toutes les dispositions pour les guerres possibles. En Allemagne, il est

peu nombreux et de sélection très étroite. Il ne comprend pas plus de

deux cent quarante-huit officiers, débarrassés de tout formalisme

administratif et de toute paperasserie. Chez nous, les officiers

d'état-major sont au nombre colossal de sept cents--la Russie n'en

compte que six cents--et s'occupent beaucoup trop d'administration

minutieuse, en même temps qu'un certain nombre sont employés comme

officiers d'ordonnance. Il les faudrait renfermer dans les questions

techniques et stratégiques et dans les rapports sur les armées

étrangères. C'est une critique sérieuse que fait de notre état-major,

dont il reconnaît du reste les grandes qualités, M. Pierre Baudin. Dans

son patriotisme, il le voudrait aussi parfait qu'il le désire. Son

examen de l'état-major russe, composé de six cents officiers et son

regard sur les causes des désastres en Extrême-Orient sont fort curieux.

Au fond, je retrouve là ce que j'avais lu dans le livre d'un homme fort

compétent, le général Zurlinden.

_(Souvenirs de 1870)._ A l'Académie de guerre de Saint-Nicolas, les

commandants russes n'ont pas appris la guerre napoléonienne, la guerre

d'attaque, toute en mouvement; ils font la guerre de position comme au

dix-huitième siècle et comme nos généraux de 1870; ils cherchent les

postes avantageux et y attendent l'ennemi. Or, avec les troupes de

première ligne, il s'agit, dans les luttes modernes, de précipiter les

chocs, d'aborder l'adversaire et de le culbuter, réservant, pour achever

l'action ou pour les actions ultérieures, les troupes de seconde ou de

troisième ligne, les réserves. Ce qui a réduit les Russes à la

désastreuse guerre de position, ce n'est pas seulement leur enseignement

militaire, mais leur peu de préparation. Pour l'agression et pour le

mouvement, il ne faut pas des bandes ramassées rapidement, sans cohésion

suffisante, mais une armée si une qu'elle ne paraisse que comme une

seule force, et presque comme un seul homme. Dans les batailles, il est

pareillement nécessaire de tout prévoir. Napoléon, d'avance, se rendait

compte des forces et des projets de l'ennemi. Il semblait avoir assisté

au conseil de ceux qui se tenaient en face de lui. Rien de plus lucide

et de plus vigoureux que le livre militaire de M. Pierre Baudin. E.

LEDRAIN.

Ont paru:

_La Vie à Paris_, 1904, par Jules Claretie. 1 vol. in-18, Fasquelle, 3

fr. 50.--_La Faillite du Bèce_, par Poinsot et Normandy. 1 vol. in-18.

Fasquelle, 3 fr. 50.--_Suzannah_, par Valentin Maudelstamm. 1 vol.

in-18, Fasquelle, 3 Fr. 50.--_Dans la paix des campagnes_, par Maurice

Montégut. 1 vol. in-18, Ollendorff, 3 fr. 50.--_Réflexions sur l'escrime

en général_, par H. Hissaid. 1 vol., A. Maloine, 1 fr. 50.--_Manuel de

Ski_, par le docteur W. Paulke, traduction par F. Achard. 1 vol.,

Berger-Levrault. 2 fr. 50.--_La Marine russe dans la guerre

russo-japonaise_, par le capitaine M.-L. Clado, traduction par René

Marchand. 1 vol. in-12, Berger-Levrault, 3 fr. 50.--_L'Eupanto-phone_,

roman scientifique, par Henri Austroy. 1 vol in-18, Flammarion, 3 fr.

50.--_La Cour et le règne de Paul 1er_, par le comte Fedor Golovkine. 1

vol. in-8º, Plon-Nourrit et Cie. 7 fr. 50.--_Micheline Brémont_, par

Félix Marigot. 1 vol., Victor Havard et Cie, 3 fr. 50.--_Les Trois

Demoiselles_, par Georges de Peyrebrune. 1 vol., Félix Juven, 3 fr.

50.--_Au Siam_, journal de voyage de M. et de Mme Emile Jottrand. 1 vol.

in-16, Plon-Nourrit Cie, 4 fr. La traduction des _Sonnets portugais_

d'Elisabeth Browning, dont nous avons annoncé la publication chez

Guilmoto, est de M. Fernand Henry, qui avait déjà traduit en vers

français les _Sonnets de Shakespeare_ et les _Rubdiyât_ d'Omar Kheyyâm,

le poète astronome de la Perse.

[Illustration: Les deux interprètes de Miss Helyett: Mlle Biana Duhamel

qui créa le rôle en 1890 et Mlle Eve Lavallière qui vient de le

reprendre en 1905.--Phot. Paul Boyer.]

L'Illustration, No. 3240, 1 Avril 1905 · 第 21 / 30 题